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MIGNONNES, naissance d’une cinéaste – Critique

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Après son César du meilleur court-métrage en 2017 pour Maman(s), Maïmouna Doucouré présente MIGNONNES son premier long-métrage, lauréat du prix de la meilleure réalisation à Sundance ainsi que d’une mention spéciale à la Berlinale.

Pour ce premier long-métrage, la réalisatrice choisit un personnage qui entre dans l’adolescence, ce moment de chamboulements intimes et de quête identitaire hasardeuse. Alors qu’Amy connait une situation familiale compliquée, son père s’apprête à rentrer du Sénégal avec une nouvelle femme, la jeune fille de 11 ans se lie d’amitié avec une bande de danseuses. Fascinée par l’assurance dont elles font preuve à travers des chorégraphies sensuelles, Amy trouve là un exutoire pour échapper aux angoisses qui la traversent. Tout dans le quotidien de cette jeune fille est placé sous le signe du changement, propice aux questionnements, à l’heure où s’affirme maladroitement une identité nouvelle. Deux chemins s’offrent à elle, avec d’un côté le modèle de sa mère et des traditions, quand de l’autre, l’exubérante Angelica apparaît libre et émancipée. Alors qu’elle se cherche et tente de définir son identité, l’itinéraire de la jeune Amy est tiraillé entre ces deux mondes.

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Mais à travers cette illusoire épiphanie, c’est de l’hyper-sexualisation des petites filles dont il est réellement question. Car lorsqu’elles copient les attitudes et les mouvements aperçus dans les clips de rap, les Mignonnes n’ont absolument pas conscience ni de l’image qu’elles renvoient, ni de la réelle signification des postures qu’elles adoptent. Elles reproduisent, malgré elles, une certaine image de la femme hyper-sexualisée que leur renvoie la société. En nous exposant frontalement à ces corps juvéniles courbés dans des postures lascives, Maïmouna Doucouré confronte notre regard et questionne notre responsabilité collective.

L’autre figure féminine, c’est celle de la mère enchaînée au poids des traditions. Dans son introduction, une scène de prêche nous rappelle le rôle de la femme musulmane au sein du foyer et de la cellule familiale. Énoncé programmatique pour appréhender le déterminisme social auquel la jeune fille semble promise. D’un côté comme de l’autre, il s’agit d’injonctions faites aux femmes et ce dès le plus jeune âge. Deviens une mère ou deviens une putain, l’image de la femme condamnée dans cette représentation bipolarisée. MIGNONNES est résolument féministe, le film trace son sillon entre ces deux voies qui sont en réalité deux corridors.

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La narration s’articule constamment autour de cette notion de dualité que l’on retrouve dans le rapport entre les espaces extérieurs et les espaces intérieurs, le domaine du privé contre celui du public. Bien entendu les réseaux sociaux s’infiltrent dans cette délimitation des territoires pour tout faire voler en éclat. MIGNONNES parvient à mettre en évidence le bouleversement structurel qu’ils entraînent dans la vie de ces pré-adolescentes, faisant se confondre vie intime et vie sociale.

La jeune réalisatrice sait comment filmer ce groupe, composé de fortes singularités qui s’accordent extrêmement bien une fois réunies. Cet aspect de la mise en scène peut parfois rappeler le Bande de filles de Céline Sciamma dont Maïmouna Doucouré revendique l’influence. Les jeunes actrices sont toutes remarquables, et même si elle capte avec justesse une certaine vérité de la jeunesse, toute cette partie du film prend parfois des allures de campagne de prévention, notamment à cause de son intrigue un poil prévisible. Par ailleurs, la seconde moitié, récit intime de cette mère et sa fille, est relativement bouleversante. Le point de vue de la petite fille est toujours finement appréhendé. Amy refuse l’affront que sa mère consent avec dignité. Sans oublier l’absence pesante du père qui, par ses choix, trouble l’équilibre de cette famille. Une figure maternelle bafouée qui, à elle seule, illustre tout l’engagement féministe de son autrice.

Maïmouna Doucouré confirme les espoirs placés en elle, le cinéma français compte un visage de plus pour incarner cette nouvelle génération de réalisatrices. Son film, quant à lui, possède un fort potentiel rassembleur, grand public et film d’auteur, il s’adresse à tous les âges. À la fois drôle, touchant et subtilement engagé, MIGNONNES semble réunir tous les ingrédients pour faire revenir un grand nombre de spectateurs dans les salles, une semaine avant la sortie de vous savez quoi…

Hadrien

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Titre original : Mignonnes
Réalisation : Maïmouna Doucouré
Scénario : Maïmouna Doucouré
Acteurs principaux : Fathia Youssouf, Esther Gohourou, Ilanah, Médina El Aidi-Azouni, Myriam Hamma, Maïmouna Gueye
Date de sortie : 19 août 2020
Durée : 1h35min
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touchant

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