Annoncé pour janvier 2020, le nouveau film de Fabrice Du Welz a été présenté ce mois-ci dans le cadre de L’Étrange Festival, au Forum des Images. Un festival qui fait la part belle part aux œuvres dérangeantes et subversives, ce qui n’a pas empêché la poésie d’ de se frayer un chemin dans la programmation.

Dans un premier temps, on pourrait presque croire à un conte naturaliste. L’immobilité d’un été, le calme d’une forêt font résonner les absences à l’image. Paul joue seul, trouve un refuge affectif dans un oiseau blessé, ce n’est encore qu’un enfant qui s’adonne à des jeux d’enfants. Du monde, il ne connait que ces arbres qui délimitent le parc de l’institut psychiatrique où travaille sa mère. Il ne sait pas encore qu’il est un personnage de conte, enfermé dans un univers clos et qu’il n’existe que pour chercher la liberté. Cette quête de liberté, c’est Gloria qui va la déclencher, elle aussi c’est une enfant, mais elle semble en connaître davantage sur ce qui se trouve par-delà les bois, sur ce monde plein d’adultes.

En nous embarquant dans leur fugue, Paul et Gloria nous font d’abord partager leur exaltation. L’exaltation de deux amoureux qui construisent leur propre histoire, sans boussole ni garde-fou. Une seule consigne : il faut rester près de l’eau, suivre son cours pour tenter de garder le fil de cette histoire, de ne pas se perdre dans cette aventure déraisonnable, et peut-être insensée. Puis progressivement, il se dégage l’impression d’avancer vers l’inéluctable ; qu’en transparence de l’espérance, se dessine déjà les contours d’un deuil, un deuil immense, disproportionné pour ces deux petits êtres fragiles. Le deuil du présent innocent qui devra bien vite faire place à un avenir condamné par la folie.

Dans une interview pour FilmoTV en 2018, Fabrice Du Welz annonçait ADORATION comme une sorte de « nouveau premier film », lui qui en avait déjà signé cinq, dont une œuvre de commande aux USA, MESSAGE FROM THE KING. A l’évidence, ADORATION présente les envies et les besoins bruts qu’un cinéaste laisse habituellement transparaître dans un premier film : un dispositif technique modeste au service des performances de deux comédiens prometteurs, un Benoit Poelvoorde bouleversant, une photographie de Manu Dacosse, taillée dans la lumière estivale pour élaborer un spectre lumineux allant de la transparence solaire à la brume qui envahit progressivement ce monde désenchanté.

Probablement mu par le besoin de se ressourcer, de créer une parenthèse de grâce au milieu d’une carrière mouvementée et passionnante, Du Welz ne cherche cependant pas à s’assagir, à en croire cette proposition cinématographique dans laquelle une petite balade intimiste prend progressivement l’ampleur d’une odyssée démente à la AGUIRRE. Dans un parti-pris semblable à celui de Werner Herzog, le cinéaste belge ne représente ni la marginalité, ni la maladie mentale comme des anomalies, des éléments détonnant dans l’univers que parcourent les personnages. Au contraire, cet univers visuel et plus largement sensoriel, apparaît comme le réceptacle de cette folie, et la forêt comme le sanctuaire de cet amour fou. Par le jusqu’auboutisme de ses récits (dictant déjà les trajectoires de CALVAIRE et de ALLELUIA), le cinéma de Du Welz porte à croire que nous avons affaire à l’un des grands romantiques de notre époque.

Arkham

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ADORATION, ruisseaux et torrents - Critique
Titre original : Adoration
Réalisation : Fabrice Du Welz
Scénario : Fabrice Du Welz, Vincent Tavier et Romain Protat
Acteurs principaux : Thomas Gioria, Fantine Harduin et Benoit Poelvoorde
Date de sortie : le 22 janvier 2020
Durée : 1h38min
4.0Note finale
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