Marchant ostensiblement sur les plats-de-bandes de Jack L’Éventreur, GOLEM, LE TUEUR DE LONDRES dépasse sa simple formule de thriller victorien, en installant son intrigue dans le monde du music-hall.

Curieux cas que celui de GOLEM, LE TUEUR DE LONDRES, adaptation d’un roman de Peter Ackroyd par Juan Carlos Medina, à qui on doit déjà le remarqué Insensibles. Le projet semble être d’abord métatextuel, puisque l’aura d’un illustre récit plane sur ce thriller victorien, à savoir l’affaire Jack L’Éventreur accompagnée de son atmosphère gothique et son décorum d’un Londres Capharnaüm. Alors, me direz-vous, à quoi bon reprendre des éléments thématiques et des motifs propres à Jack L’Eventreur, même s’il s’agit de les disposer différemment ? Eh bien, c’est là tout l’intérêt du travail de Medina et de sa scénariste Jane Goldman, ne pas se contenter d’une réécriture d’une histoire mainte fois comptée qui passerait dès lors pour un simple effet cosmétique, mais plutôt tirer du roman d’Ackroyd une peinture du Londres de 1880 avec au centre, un portrait de femme auquel la jeune et prometteuse Olivia Cooke fait parfaitement honneur.

Si l’angle de l’enquête policière est choisi pour conduire l’intrigue, GOLEM, LE TUEUR DE LONDRES en garantit le côté haletant par le télescopage de deux affaires. Ainsi le compte à rebours d’un procès conditionne le rythme d’une autre affaire toujours en cours. Se développe alors une relation entre le policier et l’accusée qui, tout en portant son lot de tensions, d’émotions et de détails sur la nature humaine, évite l’écueil des types de relations classiques au cinéma. Il n’est pas question d’une banale attirance hétérosexuelle, pas plus de substitut de protection paternelle, ni même d’une démarche héroïque du juste au secours de l’opprimée, du gentilhomme vers la déshéritée. Si la relation entre les personnages de Bill Nighy et d’Olivia Cooke nous touche sincèrement, c’est qu’elle participe d’une véritable empathie d’un humain vers un autre, dans un monde qui semble se déshumaniser.

L’autre particularité du film vient de sa manière de convoquer des personnalités ayant réellement existé pour donner davantage de corps au contexte historique. Si la présence de ce bon vieux Karl Marx parmi les suspects de l’affaire trouve difficilement sa place dans le récit, celle de Dan Leno, star du music-hall londonien, est à contrario des plus justifiées. Leno personnifie le monde du théâtre, mettant ainsi en relief la loi qui régit l’univers de GOLEM, LE TUEUR DE LONDRES, à savoir la représentation. Qu’elle soit scénique ou sociale, la représentation apparaît ici comme un exercice que l’on s’inflige ou que l’on embrasse parfois volontairement quand on ne peut l’éviter. Lizzie, l’héroïne, cherche ainsi à se faire croire qu’elle a choisi les regards des autres sur elle, puisqu’elle ne peut éviter d’être regardée, jugée ou convoitée.

Les conventions théâtrales gangrènent sournoisement le récit au point que même lorsqu’il n’y a ni scène, ni public, un élément de la mise en scène de Medina nous rappelle à ce jeu sur les apparences, le travestissement et les dissimulations. Dans le décor lugubre des bas-fonds londoniens, apparaît fréquemment une lumière chaude en arrière-plan dont on peine à justifier la source. Et la répétition du gimmick « Here we are again », évoque la répétition d’une situation, telle les représentations successives d’une comédie cruelle, qui installe progressivement la confusion entre la scène et le monde qui l’entoure. La réussite formelle du film tient donc en grande partie de cette impression globale que Londres est une communauté reliée par un air du temps, par les rumeurs de la rue, les unes des journaux et les punchlines entendues au music-hall.Pas étonnant de voir un script comme celui-ci signé par Jane Goldman une star de la télévision britannique, qui a auparavant officié pour les tabloïds. Que ce soit du côté de la police qui rêve de la une des journaux annonçant la résolution de l’enquête qui redorera son blason, ou du côté du tueur qui laisse des messages sur ses scènes de crime pour les rendre plus mémorables, le besoin de notoriété est omniprésent dans GOLEM, LE TUEUR DE LONDRES. Pour dépeindre ce monde malsain, le film peut compter sur ses excellents dialogues où, sans jamais laisser tomber totalement leurs masques, les personnages trahissent leurs parts d’ombres. L’horreur est d’abord un choc, une aberration, puis elle devient un spectacle, un ressort cynique, pour finalement redevenir l’horreur lorsqu’on comprend qu’elle n’est plus simplement un acte graphique, une outrance et une anomalie, mais qu’elle est l’expression profonde d’une âme humaine.

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[CRITIQUE] GOLEM, LE TUEUR DE LONDRES
Titre original :The Limehouse Golem
Réalisation :Juan Carlos Medina
Scénario :Jane Goldman, d'après un roman de Peter Ackroyd
Acteurs principaux :Bill Nighy, Olivia Cooke et Douglas Booth
Date de sortie :le 23 janvier 2018 en VOD,
Durée : 1h43min
3.5Note finale
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