Trois ans après le premier volet, Peyton Reed est de retour pour la suite des aventures d’Ant-Man, cette fois-ci accompagné de la Guêpe, nouvelle héroïne de la firme Marvel. Trois mois seulement après le cataclysme engendré par Avengers : Infinity war, cet opus apparaît comme une légère respiration dans cette clôture de la troisième phase du MCU.

ANT-MAN ET LA GUÊPE s’inscrit dans l’exacte continuité du premier épisode, le ton reste le même, volontiers proche de la comédie romantique. L’implication de Paul Rudd et la confiance, une nouvelle fois, accordée à Peyton Reed confirme les orientations données à la série des Ant-Man. On retrouve l’humour efficace, parfois irritant, à la sauce Marvel qui a l’avantage de désamorcer certaines tendances à une dramatisation abusive et redynamise en permanence un récit relativement creux. Il faut tout de même noter certaines bonnes idées de mise en scène, les rétrécissements et agrandissements successifs fonctionnent bien, notamment grâce à une utilisation intelligente de la profondeur de champ. Les scènes d’action sont plaisantes et bien rythmées, mais pour un Marvel ça n’est pas une surprise et ça ne suffit plus à faire un bon film…

Photo du film ANT-MAN ET LA GUÊPE

© Marvel Studios 2018

Car si l’on retrouve les bons côtés du premier film de Peyton Reed, on redécouvre dans cette suite les mêmes faiblesses. Les enjeux dramatiques sont vides et ennuyeux, ils peinent à faire décoller l’intrigue et masquent difficilement les rouages narratifs d’une mécanique rouillée. Aborder une notion aussi passionnante que l’intrication quantique pour en faire une blague si navrante, il fallait oser. Le milieu du film est long, rempli de discussions et d’explications stériles censées  rappeler des objectifs aussitôt oubliés. ANT-MAN ET LA GUÊPE passe son temps à cabotiner jusqu’à son dénouement qui nous sauve de justesse de la somnolence prolongée. Les personnages se débattent, malgré eux, dans une caractérisation assez classique et prévisible, pour ne pas dire clichée.

L’arrivée de Ghost (Hannah John-Kamen) dans la franchise était pourtant intéressante, un antagoniste intrigant mais gâché par sa psychologisation de comptoir expédiée en moins de deux et qui laisse très vite entrevoir son itinéraire prévisible. Michael Peña, Randall Park et T.I endossent des rôles de personnages secondaires pittoresques dans la pure tradition des bouffons Disney. Ils servent de faire-valoir et font respirer le récit en envoyant des punchlines calibrées pour le fan-service. Seule Hope Van Dyne/La Guêpe (Evangeline Lilly), parvient à tirer son épingle du jeu en s’émancipant de sa fonction subalterne pour s’imposer comme le protagoniste principal du film. Néanmoins, on est encore loin de la super-héroïne féministe louée un peu partout dans les conférences de presse, pour le pendant Marvel de Wonder Woman il faudra visiblement attendre Captain Marvel prévu pour mars 2019.

Photo du film ANT-MAN ET LA GUÊPE

© Marvel Studios 2018

Mais le plus exaspérant chez Marvel, et plus largement avec l’ensemble des films estampillés Disney, c’est que même lorsqu’ils assurent le service minimum en livrant un produit décevant, celui-ci réalise tout de même des scores astronomiques. Un phénomène qu’ils doivent à leur politique de production de masse mise en place depuis dix ans. Si l’on se concentre uniquement sur l’année en cours, qui s’ouvre avec la sortie de Black Panther le 14/02, Disney réalise environ 1.3 milliards de dollars de recettes au box office mondial. En France, le film dépasse le million d’entrées dès sa première semaine d’exploitation. Deux mois plus tard c’est au tour d’Avengers : Infinity War d’enter en jeu, le film totalise environ 2 milliards de dollars au box office monde pour environ 5 millions d’entrées en France. Avec Solo : A Star Wars Story, sorti le 16/05, Disney connait son plus gros flop de l’année avec ses 384 millions de dollars de recettes. Ce qui n’empêche pas le film de se placer à la première place du box office France pendant ses deux premières semaines d’exploitation… Ce qui nous conduit aux Indestructibles 2 sorti le 15/06 aux USA, le film est en tête du box-office dès sa première semaine et rapporte 180 millions en un week-end. Il sort le 11/07 en France et cumule déjà 1.8 millions d’entrées. ANT-MAN ET LA GUÊPE comptabilise, avant même sa sortie française, 283.7 millions de dollars ! Alors vous dire que notre avis compte… À ce jour, les recettes de Walt Disney Studios, pour l’année 2018, avoisinent les 4 milliards de dollars. La stratégie est simple, saturer l’espace cinématographique en enchaînant les sorties et si possible alterner les franchises pour diversifier l’offre. Avec ce maillage impressionnant, il y a presque toujours un film Disney en tête du box office monde. Une hégémonie qu’il est urgent d’interroger.

Photo du film ANT-MAN ET LA GUÊPE

© Marvel Studios 2018

Il serait intéressant d’analyser l’impact de ce matraquage sur notre imaginaire de spectateur et la manière dont il bouleverse notre rapport à la cinéphilie. Cette tendance au formatage des objets filmiques et l’interchangeabilité des univers, des personnages, et des intrigues pose la question du conditionnement à l’univers Disney. En déclinant à l’infini une logique stéréotypée, ces films nous imposent une lecture passive commandée par une consommation compulsive. Bien loin d’une lecture sémantique ou d’une invitation à la dialectique, la mécanique du film travaille à notre place pour nous servir une morale prémâchée et des poncifs dangereusement infantilisants. La vacuité du discours est masquée par un fan-service insupportable pensé pour flatter les émotions du spectateur. Transformer les films en parcs d’attractions dématérialisés où seule l’expérience sensorielle compte, pour s’adresser exclusivement à notre cerveau reptilien. De son côté la firme aux grandes oreilles continue de s’accaparer le paysage hollywoodien puisque Disney vient de quasiment racheter la 21st Century Fox pour 71.3 milliards de dollars. Avec ce deal Mickey met la main sur des franchises importantes tels que X-Men, Deadpool, L’Age de glace, Kingsman ou encore Taken. Un empire qui s’étend et qui n’est pas prêt de s’épuiser…

Aurélien Milhaud

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ANT-MAN ET LA GUÊPE, une comédie familiale faiblarde - Critique
Titre original : Ant-Man and The Wasp
Réalisation : Peyton Reed
Scénario : Chris McKenna, Erik Sommers, Andrew Barrer, Paul Rudd, Gabriel Ferrari
Acteurs principaux : Paul Rudd, Evangeline Lilly, Michael Douglas, Michelle Pfeiffer, Laurence Fishburne, Hannah John-Kamen
Date de sortie : 18 juillet 2018
Durée : 1h58min
1.5Navrant
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ANT-MAN ET LA GUÊPE, une comédie familiale faiblarde – Critique

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