Lucien Jean-Baptiste (La première étoileDieuMerci!) raconte souvent des histoires en lien avec les sujets liés aux problèmes de la diversité et à la place de l’homme noir dans la société. Il expliquait au Festival du Film Francophone d’Angoulême assumer tout à fait de casser les codes et d’être estampillé « réalisateur noir ». Plutôt que d’y aller frontalement, il préfère mener ce combat avec bienveillance et poésie. Mais surtout, sa marque de fabrique, c’est l’humour. Et même Aïssa Maïga, qui l’accompagne à l’écran, estime d’ailleurs que le rire crée une détente physiologique, permettant au public d’être plus réceptif et cueilli dans l’émotion. IL A DÉJÀ TES YEUX n’échappe pas à la règle et est plutôt réussi.

Photo du film IL A DÉJÀ TES YEUX

Sali et Paul, joyeux adoptants.Le réalisateur, qui a porté ce projet pendant plus de dix ans, évite son travers habituel, à savoir les bons sentiments qui dégoulinent. Le ressort comique lié au racisme inversé de ce petit blanc qui débarque dans une famille de noirs est indéniable et donne du rythme au film. Si la panoplie de toutes les réactions possibles face à cette situation est un peu exagérée et le trait un peu forcé, on sait gré au réalisateur et à ses co-scénaristes Sébastien Mounier et Marie-Françoise Colombani  de ne pas avoir sombré dans le pathos de l’adoption – on est bien loin de l’osé et dérangeant 100% Cachemire de Valérie Lemercier. Le couple formé par Lucien Jean-Baptiste (Paul) et Aïssa Maïga (Sali) ne se réduit pas à l’attente de l’adoption, celle-ci leur arrivant comme une cerise sur le gâteau de leur vie épanouie, ce qu’a justement apprécié la comédienne.

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IL A DÉJÀ TES YEUX aborde donc avec habilité plusieurs sujets en lien avec l’adoption : l’amour parental, la transmission, la filiation, l’héritage, la tradition. Il fait ainsi réfléchir sur la façon dont se construit le lien avec l’enfant, incluant les grands-parents. Cette partie est réjouissante, puisque les parents de Sali ne vivent pas très bien la situation. L’actrice y a d’ailleurs vu une résonance intime avec sa propre histoire familiale et a été encouragée par le réalisateur – qui reconnaît « ne pas avoir écrit du Shakespeare » -, à participer aux dialogues. Apportant sa propre expérience africaine, elle a notamment inspiré une jolie scène à propos du racisme transfrontalier entre sénégalais et congolais.

Car il s’agit bien de déjouer les préjugés face à l’accueil de la différence de couleur, d’origine et même de religion. Le regard extérieur (pédiatre, nounous) n’est pas en reste. Mais le pire, c’est celui de Madame Mallet, l’une des assistantes sociales coincée et bornée du Bureau de l’Aide Sociale à l’Enfance. C’est Zabou Breitman qui s’y colle et ne tarit pas d’idées pour prouver qu’elle a raison de s’opposer à cette adoption. IL A DÉJÀ TES YEUX frise alors le drame, mais se rattrape de justesse.

Photo du film IL A DÉJÀ TES YEUX

Le casting réussi de IL A DÉJÀ TES YEUX

Le casting est évidemment pour beaucoup dans la réussite du film. Outre les deux acteurs principaux, très justes, Vincent Elbaz (Manu) surprend par son réel potentiel comique et révèle des talents jusque là inexploités. Dans un vrai rôle de composition, il apparaît en débonnaire gaffeur mais bonne pâte. Rien ne manque ; grosses lunettes, chicots, eczéma, et voix nasillarde complètent, sans trop le charger, le portrait du parrain.

On rit franchement de bon cœur avec IL A DÉJÀ TES YEUX, émouvant plaidoyer pour le vivre ensemble. Et bien sûr, puisque c’est une comédie, on sait que l’amour va triompher. Lucien Jean-Baptiste ayant cette tendance un peu naïve à faire confiance à l’intelligence de l’être humain et à sa capacité à apprendre de ses erreurs. Mais il l’assume totalement. Car pour lui, parvenir à ouvrir les yeux d’une personne, c’est déjà ça de gagné. On attend la suite !

Sylvie-Noëlle

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