Le premier long-métrage d’Aris Aster est un incontestable succès critique, dont beaucoup le considèrent comme déjà culte. Difficile de passer à côté de ce film d’horreur réussi à l’ambition prometteuse.

Lorsqu’Ellen, la matriarche de la famille Graham, décède, les secrets ressurgissent pour faire vaciller le socle familial. Si HEREDITE parvient à toucher sa cible et nous terrifie autant c’est parce qu’il joue sur nos plus profondes angoisses. En s’intéressant à la cellule familiale, Aris Aster compose un mythe psychanalytique moderne construit sur une structure de tragédie grecque. A l’aide d’une incroyable maîtrise formelle, le réalisateur installe avec minutie une ambiance anxiogène qu’il fera lentement croitre à mesure que le film avance.  Les effets horrifiques se cachent dans une science millimétrée de la composition des cadres, la durée des plans qui s’étirent jusqu’à l’angoisse et le montage parfois incisif qui vient rompre un rythme préétabli. Le jeune metteur en scène sait parfaitement utiliser le hors champ et créer la menace dans l’ombre des arrières plans. Il nous ménage constamment afin de mieux nous imposer des visions psychotiques sortis de nos plus obscurs cauchemars.L’idée de la tragédie est clairement exposée lors du premier plan du film alors que la caméra s’avance lentement vers la maison miniature, dans un jeu de mise en abyme, le cadre entre dans la chambre de Peter qui est en train de dormir. L’argument est équivoque, les personnages ne sont que de simples jouets à la merci d’un démiurge omniscient. L’issue ne nous est annoncée que pour mieux nous maintenir dans une attente glaciale avec laquelle le metteur en scène sait parfaitement jouer. Le récit est jalonné d’éléments prophétiques (le motif récurant des têtes coupées) censés décrire la mécanique infernale qui mène inéluctablement à l’éclatement de la cellule familiale. Tout est joué d’avance et le spectateur assiste, impuissant, à l’élaboration d’un plan macabre qui trouve sa résolution dans une violente catharsis. Le claquement de langue de la petite Charlie qui revient de manière cyclique, nous surprend puis nous effraie, il n’est pas sans rappeler le tic-tac d’une aiguille d’horloge renvoyant au temps qui passe et nous rapproche fatalement d’une fin diabolique. Derrière cette aiguille c’est l’image de l’engrenage maléfique qui referme son piège sur les protagonistes. La mise en scène extrêmement stylisée adopte le point de vue du démiurge qui observe ses pions se débattre. La symétrie qui compose les cadres est installée uniquement pour mieux être détruite et glisser vers un déséquilibre abyssal.Encore une fois, l’utilisation du genre donne au récit des allures de conte horrifique pour servir de métaphore à un discours psychanalytique. La reproduction d’un schéma familial, les rapports de filiation où les secrets et les drames peuvent être le socle comme la ruine d’une famille. Dès lors, Aris Aster nous présente l’hérédité comme une tragédie voire une malédiction qui se transmet de manière inéluctable de génération en génération. Il décortique ainsi les relations parents/enfants où les névroses des uns contaminent irrémédiablement le comportement des autres. Le film conclut en posant la question de la masculinité et sa construction au sein de la famille, entre affirmation, négation et injonctions sociales.Le caractère psychologique du discours, le microcosme familial et la mise en image par un formalisme stylistique placent le premier long-métrage d’Aris Aster dans un héritage assumé de Shining. L’émergence par le film d’horreur d’un réalisateur remarqué dès son premier film pour ses ambitions de mise en scène rappelle également David Robert Mitchell et son It Follows. Il est évident que HEREDITE inscrit son réalisateur dans la short list des cinéastes à surveiller, quant à savoir si l’on peut le ranger dans la catégorie des films cultes, seul le temps pourra le dire.

Aurélien Milhaud

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HÉRÉDITÉ, l'enfer de la famille - Critique
Titre original : Hereditary
Réalisation : Ari Aster
Scénario : Ari Aster
Acteurs principaux : Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro
Date de sortie : 13 juin 2018
Durée : 2h06min
4.0Surprenant
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