Les quartiers huppés du Connecticut où PUR-SANG prend place, sont des lieux épouvantables ennuyeux. Heureusement on y rencontre les sublimes Anya Taylor-Joy et Olivia Cooke.

Avant toute chose, il y a deux actrices. Deux énergies qui cohabitent à l’image, deux êtres de cinéma dont les magnétismes s’accordent le temps d’un film, quand on aurait craint qu’ils s’entre-dévorent. Anya Taylor-Joy, figure de sphinx taillé dans du marbre blanc, fait face à Olivia Cooke, un morceau d’enfance égaré dans un monde d’adultes. Le regard fauve de la première tente de percer les mystères du visage candide de la seconde. Celle-ci soutient le regard, emplit ses yeux de poupée d’abîmes aussi noirs que ceux de sa partenaire, et cherche à son tour à résoudre l’énigme de cet étrange cygne aux allures hautaines et à la grâce si fragile. La confrontation entre les deux comédiennes est d’autant plus troublante que PUR-SANG a été tourné 2016, nous portant à croire que le cinéaste Cory Finley avait prédit que les deux jeunes femmes apparaîtraient aujourd’hui comme les deux actrices les plus prometteuses de leur génération. Anya Taylor-Joy a mis son regard inquiétant au service de The VVitch et Split ; Olivia Cooke a enrichi Golem, le tueur de Londres de ses sourires désarmants. Dans les deux cas, leur ambiguïté nous a fascinés et nous étions partants pour vingt ans de thriller en compagnie des deux merveilles.

S’il est guidé par un récit criminel, le film de Cory Finley apparaît cependant moins comme un thriller que comme un conte cruel. Le recours à l’homicide est l’enjeu moral principal de PUR-SANG, autant qu’il est le révélateur des natures humaines de ses deux personnages principaux. Mais si enjeu moral il y a et s’il s’agit de rendre, si ce n’est attachant, du moins vraisemblable le comportement des deux adolescentes pas si monstrueuses que ça, le réalisateur-scénariste choisit néanmoins d’appliquer à son récit, un traitement froid et détaché qui rend cet univers de pauvres petites riches d’autant plus exécrable. Le but de Finley n’est pas de prendre de haut ce microcosme doré sur tranche et de lui infliger un jugement moraliste sans nuance, il s’agit plutôt d’y appliquer une couche de mise en scène sournoisement abrasive, à la façon d’une étude de milieu signée Brett Easton Ellis. A la différence des romans de la Génération X, dans ces immenses maisons du Connecticut filmées par Finley, où les cabines à UV jouxtent les reproductions de peintures impressionnistes, on se viole pas les uns les autres, on ne fait pas d’overdose ou de coma éthylique. On se contente de s’ennuyer à mourir sur un canapé, et ça n’est déjà pas mal comme démonstration de la vacuité d’une vie inerte et anesthésiée.Cet ennui suffit-il à justifier qu’une pensée meurtrière puisse se développer en passage à l’acte chez nos deux adolescentes ? C’est là tout l’intérêt des interactions du duo où chacune profite de la part sombre de l’autre, au point où l’on ne sait plus vraiment qui a commencé à manipuler l’autre la première, et qu’on peine à en déduire qui sera en mesure de tirer profit de la situation au final. Finley a eu l’intelligence et la finesse de ne pas envisager ce redoutable duo comme l’alliance de caractères très opposés, portant une dynamique caricaturale, de celles qui emprunte ouvertement aux Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955) la formule leader déterminée/ partenaire peu sûre d’elle, comme on oppose souvent dans la même logique, la couleur de cheveux des deux caractères de la formule.

Finley a choisi deux profils psychologiques intéressants qui se complètent sans avoir besoin de s’opposer de manière manichéenne. L’étrange impression qu’elles vivent dans deux mondes différents tout en habitant le même décor, nous invite immédiatement à nous demander comment elles vont se rapprocher et ce qu’elles pourront partager. PUR-SANG travaille ainsi sur le paradoxe de la relation entre les deux jeunes monstres : celle atteinte de psychose blanche agit-elle délibérément par empathie pour celle qui l’utilise à ses fins égoïstes ? L’égoïste a-t-elle besoin de commettre cet acte violent et immoral pour trouver quelqu’un qui la comprenne et qu’elle finit presque par comprendre ? Et s’il reste une part d’incompréhension, une distance, une différence fondamentale entre les profils psychologiques, l’acte qui résulte de cette histoire cynique et malsaine n’est-il pas paradoxalement à considérer comme l’expression la plus saisissante de l’amitié ? Troublante affaire.

Arkham

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PUR-SANG, on achève bien les chevaux – Critique
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Titre original :Thoroughbreds
Réalisation :Cory Finley
Scénario :Cory Finley
Acteurs principaux :Olivia Cooke, Anya Taylor-Joy et Alton Yelchin
Date de sortie :le 27 juin 2018
Durée : 1h32min
3.0Note finale
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PUR-SANG, on achève bien les chevaux – Critique

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