Trente-cinq ans après sa caméra d’or pour Stranger Than Paradise, trente-trois ans après Down By Law, vingt ans après Ghost Dog et trois ans depuis sa dernière apparition Cannoise, est de retour sur la croisette pour ouvrir la compétition officielle avec THE DEAD DON’T DIE.

Après s’être intéressé aux vampires dans Only Lovers Left Alive, le réalisateur Américain se penche cette fois-ci sur les zombies. Mais quand Jarmusch utilise le genre c’est toujours pour mieux le détourner et le ramener à l’essence de son cinéma. Si Dead Man était un anti-western, Ghost Dog un anti-film de mafieux, THE DEAD DON’T DIE suit la même logique.

Tout au long de sa filmographie, le réalisateur s’est évertué à ralentir la cadence. À contre-courant de la vitesse du monde moderne, il érige la lenteur, voire plutôt la langueur, en arme du réenchantement. C’est avec cette même démarche que le cinéaste aborde son film de zombies, évacuant toute trace de spectaculaire. Tous logés à la même enseigne, vivants et morts-vivants avancent au même rythme, celui qui le caractérise tant.

Photo du film THE DEAD DON'T DIE

, et © 2019 Image Eleven Productions, Inc.

Jarmusch prend le temps de construire son décor, de composer ses personnages. Une petite bourgade Américaine semblable à Paterson ou aux banlieues middle class de Broken Flowers peuplée par une galerie de personnages iconiques. C’est comme si toute la filmographie de Jim Jarmusch s’était donnée rendez-vous à Centerville pour une apocalypse cinéphilique. Le réalisateur se cite, se moque de tout et surtout de lui-même, désacralisant une oeuvre qui pèse déjà bien lourd. Toute la faune Jarmuschienne est là, ermite mystique incarné par Tom Waits, Zack et Jack ressuscités en hipsters énervants (c’est l’underground avalé et digéré par la pop-culture), Bill Murray, , le café, le samouraï et son Hagakure, les minorités etc…

Tout est rassemblé pour être détruit. Jarmusch fait resurgir son cinéma pour mieux le brûler, se débarrasser du fétichisme avant qu’il ne vampirise totalement l’oeuvre. Car derrière l’humour se cache une pointe d’amertume, une crainte, ou peut-être seulement une ligne de conduite intransigeante. Jarmusch est un réalisateur du présent, aucune nostalgie ne peut subsister. Dans Only Lovers Left Alive il faisait ressortir ses doutes de créateur face à l’érosion du temps, la pertinence de son travail, l’avant-garde, THE DEAD DON’T DIE vient prolonger cette réflexion.

Photo du film THE DEAD DON'T DIE

© 2019 Image Eleven Productions, Inc.

Une fois l’univers installé, Jim Jarmusch peut faire opérer sa magie vaudou tel le chaman qu’il a toujours été. Les morts sortent de terre pour hanter le décor crépusculaire qui se répand sur la ville. Les zones pavillonnaires ressemblent alors aux ruines de Stranger Than Paradise, Down By Law et Mystery Train. Le monde moderne s’engloutit lui même, à force de consumérisme qui annihile à jamais toute possibilité de vivre ensemble. THE DEAD DON’T DIE lance la compétition cannoise sous les meilleurs auspices, avec flamboyance et panache, sans oublier l’élégance qui caractérise tant le chantre du cinéma indé made in America.

Aurélien Milhaud

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, Jim Jarmusch et son apocalypse zombie - Critique
Titre original : The Dead Don't Die
Réalisation : Jim Jarmusch
Scénario : Jim Jarmusch
Acteurs principaux : Bill Murray, Adam Driver, Chloë Sevigny, Tilda Swinton, , Danny Glover, Iggy Pop, Selena Gomez,
Date de sortie :
Durée : 1h43min
3.5crépusculaire
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