Le retour de Michel Blanc derrière la caméra ? Décevant. 16 ans après Embrassez Qui Vous Voudrez, sa suite VOYEZ COMME ON DANSE est une comédie peu inspirée, aux situations faciles, trop sages, et sans regard neuf. Patatras !

Que c’est nul ! Contrairement à son titre, VOYEZ COMME ON DANSE n’a vraiment rien d’entraînant. Michel Blanc signe là un film décevant, lui qui n’avait pas mis les pieds derrière une caméra depuis voilà bien 16 ans, avec Embrassez Qui Vous Voudrez. VOYEZ COMME ON DANSE est d’ailleurs la suite de ce petit succès de 2002 : 1,3 million de personnes s’étaient rameutées dans les salles obscures pour suivre le quotidien soudainement mouvementé de divers couples à l’écran. Mais que ceux qui n’ont pas vu le premier volet se rassurent, Michel Blanc a souhaité que son nouveau bébé soit regardable par tous et l’a donc construit en évitant de penser à une suite. De ce côté-là, l’objectif est rempli, et c’est plutôt cool.

Mais qu’à cela ne tienne ! Du tri entre les deux films, il y en a eu. À la poubelle les personnages de Denis Podalydès, de Clotilde Courau ou de Mélanie Laurent, même s’il reste encore de quoi faire une belle omelette. Charlotte Rampling et Jacques Dutronc forment le couple à jamais soudé dans la vie malgré les épreuves du quotidien et cette terrible nouvelle : pleins aux as, ils risquent dans ce film de tout perdre. Karin Viard, de retour également dans ce deuxième numéro, est toujours aussi pauvre que dans le premier volet, quand son amie Carole Bouquet est faite cocue par son mec, le Jean-Paul Rouve un peu bouffon qui psychote à donf’, à croire qu’un gars le suit partout.

L’acteur fait d’ailleurs partie du wagon des nouvelles têtes dans lequel on y trouve aussi Jeanne Guittet (la fille de Karin Viard dans le film, qui tombe enceinte à 17 ans) et l’excellent William Lebghil (le copain, toujours à la fac). Des départs, des arrivées et des piliers solides… Voilà la manière efficace pour ne pas faire ronronner la machine et offrir une intrigue toute fraîche ! C’est en tout cas ce que Michel Blanc a laissé entendre lors de sa rencontre avec les spectateurs bordelais, le 21 septembre dernier.Photo du film VOYEZ COMME ON DANSEEt pourtant, le réalisateur de Grosse Fatigue semble avoir eu du mal à trouver quoi leur faire faire, et quoi leur faire dire. Cela se ressent, Michel Blanc a subi une réelle difficulté, au moment de l’écriture du film, à se sortir sans dégâts ni souffrances de toute la complexité d’un film-chorale, de construire une évolution solide pour chaque personnage, de croiser leurs chemins habilement.

L’acteur-réalisateur-dialoguiste-scénariste, connu pour ses talents d’écriture, nous ferait-il le coup de la panne ? Le point de départ est en tout cas bien maigrichon : une jeune fille de 17 ans apprend à sa mère qu’elle est enceinte. Allez, pourquoi pas après tout… Ce postulat vu, vu, vu et revu au cinéma (et dépassé en 2018 ?) ne serait pourtant pas un problème si les autres « péripéties » n’étaient pas du même calibre : trop sages et trop faciles.

Et ce que l’on regrette par dessus-tout, c’est ce manque lourdingue de regard neuf sur ces situations certes déjà mille et une fois traitées, mais toujours actuelles au fond. Les soucis financiers, la recherche de boulot, les tromperies ou les accidents de parcours au moment de l’adolescence… Autant de thèmes mal exploités (et trop classiques ?) dans ce film où il ne se passe pas grand chose, si ce n’est du blabla mou du genoux, et des “gags” aussi rares que faiblards (ne regardez pas la bande-annonce avant d’avoir vu le film, vous risqueriez d’être déçus en sortant de la salle).

Le constat est donc cruel. On sait bien que faire un film facile n’était pas l’objectif premier, on comprend bien la volonté de mettre un paquet de dérision dans ces portraits de gens aux nombreux défauts, mais le résultat est si loin des intentions qu’on a l’impression de regarder un film sur les petits problèmes de riches parisiens qui mangent des graines et vont voir ailleurs, dans lequel on devrait rire des femmes sans le sous qui font le ménage chez leur meilleure amie. Les minuscules 88 minutes (largement suffisantes) alignent les défauts : absence de situations pulsées par le comique, dialogues pas folichons, et fin maladroite. La folie, ou ne serait-ce que la surprise, ont également oublié de squatter la pellicule. Et le public se fout éperdument de ce qui bien arriver à ces personnages, tant le manque d’empathie est fort. VOYEZ COMME ON DANSE, c’est bien simple : c’est la petite intrigue de cour sans grand intérêt, dans laquelle les personnages ne semblent pas si bousculés que ça dans leur bonne petite vie au cadre idylliquement parisianiste.Photo du film VOYEZ COMME ON DANSEEt le casting 5 étoiles n’y change pas grand chose. Les acteurs pataugent dans la semoule. La formidable Karin Viard, César de la meilleure actrice dans un second rôle pour le premier volet !, surjoue à en devenir agaçante. Les autres cabotinent aussi sec, quand Jacques Dutronc fait de la figuration. Un rôle qui méritait bien plus d’ampleur face à une Charlotte Rampling qui ne se foule pas trop avec le rôle traditionnel (et usé) de la vieille potiche anglaise maniérée de la Haute. Jean-Paul Rouve est le gars qui s’en sort le mieux dans la peau de l’arroseur arrosé un peu bêta : lui qui croit berner sa femme et sa maîtresse termine par être royalement berné par sa femme et sa maîtresse. Le seul parcours véritablement intéressant dans ce film.

Michel Blanc fait donc un retour bien difficile derrière la caméra. Était-ce une si bonne idée de revenir avec des personnages oubliés depuis 2002…? Le prochain film, avec du 100% inédit, sera en tout cas à la hauteur de son talent. En attendant, allons danser ailleurs.

Yohann Sed

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VOYEZ COMME ON DANSE, le faux-pas de Michel Blanc - Critique
Titre original : Voyez Comme On Danse
Réalisation : Michel Blanc
Scénario : Michel Blanc
Acteurs principaux : Karine Viard, Jean-Paul Rouve, Charlotte Rampling, Carole Bouquet
Date de sortie : 10 octobre 2018
Durée : 1h28min
1.5Facile
Avis des lecteurs 30 Avis

VOYEZ COMME ON DANSE, le faux-pas de Michel Blanc – Critique

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