Les cinéastes ne possèdent pas toujours les moyens nécessaires à leurs ambitions. Si le public peut saisir la poésie ou la vérité d’un film d’auteur à la mise en scène brute et à la direction artistique épurée; à budget égal il aura tendance à se montrer plus exigeant envers un film fantastique, attendant certainement de sa part que le rendu visuel soit parfaitement au service de l’atmosphère, et que les effets spéciaux que requiert souvent ce genre de récits, soient assez réussis pour marquer notre imaginaire. Peu motivés à l’idée de devoir faire le tri entre les productions sans cachet ni ambition, où l’incompétence de l’équipe technique rivalise avec l’indigence du scénario, certains spectateurs finissent de guerre lasse par associer les termes « films à petits budgets » et « nanars », et préfèrent se rabattre sur les productions plus prestigieuses, estimant un peu trop hâtivement que leurs envergures technique et commerciale suffissent à garantir leur qualité artistique. Pour tous ceux-la, et pour tous les curieux intéressés par les œuvres sorties des sentiers battus, voici une liste de dix films, séries B voire Z, qui compensent leurs petits budgets par de grandes idées.

 

EXTRACTED

Sorti en 2013, réalisé par Nir Paniry, avec Sasha Roiz, Jenny Mollen et Dominic Bogart
Tom Jacobs a inventé une machine permettant de visiter les souvenirs. Il s’introduit dans l’esprit d’un drogué accusé de meurtre pour élucider le crime.
Variation minimaliste du voyage à l’intérieur d’un esprit tourmenté (à l’inverse du flamboyant The Cell), Extraced profite de son absence de décorum technologique (à l’inverse du laborieux Transcendance) pour gagner en réalisme, et concentrer ses effets dramatiques sur les interactions entre « l’intrus » et « l’hôte ». Faute d’effets spéciaux tape-à-l’œil, l’ambiance fantastique est portée par des effets de montages et une utilisation des décors magistrales.

 

DEMENTIA

Sorti en 1955, réalisé par John Parker, avec Adrienne Barrett, Bruno VeSota et Ben Roseman
Le cauchemar éveillé d’une femme gagnée par la folie.
Osons la formule, c’est du David Lynch avant l’heure. Ce film nimbé de mystères, autant pour ses conditions de tournage que son réalisateur quasiment inconnus, apparaît comme un ovni dans le cinéma des années cinquante, puisqu’il semble être un héritier indirect du cinéma expressionniste d’avant-guerre, avec lequel il partage une absence de paroles et un noir et blanc radical. Difficile de résumer ce moyen-métrage où la déambulation de l’héroïne, et les rencontres étranges qu’elle provoque, n’explicitent jamais vraiment les enjeux de l’intrigue. Le traitement des effets sonores et des jeux de lumières, préfigurant ceux de maître Lynch, relève donc de l’avant-gardisme.

 

PONTYPOOL

Sorti en 2008, réalisé par Bruce McDonald, avec Stephen McHattie, Lisa Houle, et Georgina Reilly
Trois animateurs d’une station de radio située à isolée par le blizzard, reçoivent des informations concernant des scènes de carnage inexpliquées. Il s’avère qu’un virus se transmettant par l’Anglais transforme en les habitants de la ville.
Vous me direz, à juste titre, que les zombies, on en a soupé ces dix dernières années. Oui mais, Pontypool vaut sérieusement le détour grâce à son concept épousant avec pertinence son terme politique, et peut prétendre à l’ascendance de George Romero. Le réalisateur et son scénariste, l’écrivain Tony Burgess, ont eu l’intelligence de ne pas choisir le point de vue de survivants insipides, pour mieux centrer l’action dans le huis-clos de la station radio, avec comme protagoniste charismatique un vieux briscard des ondes, dont la personnalité gouailleuse sert de miroir à l’intrigue basée sur le langage.

 

AMER

Sorti en 2010, réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani, avec Marie Bos, Charlotte Eugène Guibeaud et Cassandra Forêt
Ana est confrontée à la peur et au désir à trois moments clefs de sa vie. Un voyage charnel entre réalité et fantasmes oppressants où plaisir et douleur s’entrecroisent.
Premier film d’un couple de poètes visuels, est une perle rare dans le cinéma fantastique français. Découpé en trois actes exprimant chacun une sensualité et une atmosphère envoûtante, la forte personnalité du film s’explique par son hommage aux Giallo, ces polars hyper-stylisés ayant fait les riches heures du cinéma italien. On retrouve ainsi des références, pour ne pas dire des citations explicites, aux maîtres du genre tels Mario Bava ou Dario Argento. Une sorte de fan-film, oui mais réalisé par des orfèvres.

 

FATHER’S DAY

Sorti en 2011, réalisé par Astron-6, avec Adam Brooks, Matthew Kennedy et Conor Sweeney
Depuis le meurtre atroce de son père, Ahab vit reclus en marge de la société. Traumatisé, il est depuis obsédé par la traque du tueur, un dénommé Fuchman, serial killer aux centaines de morts qui sévit chaque année à l’occasion de la Fête des Pères.
En acceptant la proposition du pape du cinéma bis Llyod Kaufman d’élaborer une suite à sa première production Mother’s Day, trente ans après la fondation de la firme Troma, le collectif Astron-6 a parfaitement compris qu’il fallait laisser libre court à un délire potache, coloré d’une patine post-moderne à la façon des grindhouses de Quentin Tarantino et Rodriguez. Chacun son tour les Astron écrivent et réalisent leur segment, formant ainsi un jeu de marabout-bout de ficelle qui ne s’interdit aucune références ou parodies.

 

SPIDER BABY

Sorti en 1964, réalisé par Jack Hill, avec Lon Chaney Jr, Carol Ohmart et Sid Haig
Les trois enfants de la famille Merrye sont atteints d’un syndrome de dégénérescence. Les trois vivent à la campagne dans une maison isolée, jusqu’au jour où ils apprennent l’arrivée d’autres membres de leur famille.
Échappé de l’écurie Roger CormanJack Hill signe ici une comédie d’ inattendue dans laquelle on retrouve à la fois l’interprète du Loup-garou de la Universal et celui du capitaine Spaulding de Devil’s rejects (curieux raccourci spatio-temporel). Avec son générique en cartoon et son ambiance quelque part entre Freaks et la Famille Addams, ce film passé inaperçu à sa sortie, annonce pourtant les prochains méfaits des psychopathes dégénérés sur grand écran, tel ceux de Massacre à la tronçonneuse ou de La Maison des 1000 morts.

 

TIME DEMON

Sorti en 1996, réalisé par Richard J. Thomson, avec Laurent Dallias, Elodie Chérie et Elisabeth Henriques.
Un petit acteur mégalomane, Jack Gomez, est poursuivi par des nazis utilisant une machine à remonter le temps… car Jack est le descendant d’un conquistador, possesseur d’un talisman magique.
Oui j’ose citer cette série Z tournée pour moins de dix-mille euros, dans lequel se croisent des actrices porno et des journalistes de Mad Movies. Car si son réalisateur français galère depuis vingt ans pour financer ses projets et les concrétiser avec des équipes professionnelles, on ne peut que saluer son travail d’amateur foutraque, porté par une réelle énergie et une autodérision salutaire. Si des producteurs de comédie ou de films d’horreurs prêtaient un peu plus de crédit aux idées de Thomson, ils trouveraient peut-être là un Edgar Wright français.

 

THE SIGNAL

Sorti en 2007, réalisé par David Bruckner, Dan Bush et Jacob Gentry, avec Anessa Ramsey et A.J Bowen.
Destins croisés autour d’un phénomène étrange : la transmission des programmes radiophoniques et télévisés transforment les individus en meurtriers sanguin.
Il faut faire la différence entre film de zombies et film d’infectés; ici nous avons affaire à un film d’infectés partageant une critique acide de la société américaine avec son aîné The Crazies du maestro Romero. A l’instar de Father’s Day, est une oeuvre collective où chacun des trois réalisateurs signe un segment du film, possédant chacun une approche de l’ réaliste et un ton différent.

 

THE MAN FROM EARTH

Sorti en 2007, réalisé par Richard Schenkman, avec David Lee Smith, John Billingsley et Tony Todd
Un scientifique à l’aube de la retraite dévoile sa véritable identité : il est un immortel âgé de plus de 14 000 ans. Une révélation qui va remettre en cause toutes les croyances de son assistance.
Adaptation d’une nouvelle de Jerome Bixby, un des auteurs de science-fiction les plus prolifiques de la télévision américaine, The Man from Earth possède un concept suffisamment fort pour que toute la tension et l’émotion passent par les dialogues. Son réalisateur utilise les codes du théâtre davantage que ceux du cinéma, notamment par l’unité de lieu et le jeu de ping-pong verbal entre les personnages représentant chacun un point de vue différent. L’idée de l’immortalité et du parcours messianique est ainsi parfaitement exploitée par les approches dialectiques des différents scientifiques réunis dans la même pièce : l’anthropologue, l’historien, le psychanalyste…

 

THE INCIDENT

Sorti en 2011, réalisé par Alexandre Courtes, avec Rupert Evans, Dave Legeno et Anna Skellern
En attendant que connaître la gloire grâce à leur groupe de rock, trois amis travaillent comme cuisiniers dans un asile psychiatrique. Un soir, le système de sécurité tombe en panne et les patients profitent de l’occasion pour fuir de leurs cellules. Les trois cuisiniers se retrouvent alors face à un danger de mort.
Les années 2000 nous ont apporté une vague de films d’horreur français, plus précisément des survival horrors où les spectateurs vivaient à chaque fois une heure et demie de calvaire, en empathie avec les personnages principaux. Si propose peu ou prou le même programme, pour comprendre en quoi il se différencie de ses aînés, il faut rappeler qu’Alexandre Courtes est un des clippers les plus courtisés du monde, ayant déjà officié pour Justice, U2 ou The White Stripes. Il met ici sa conception homogène du son et de l’image pour élaborer un cauchemar sensoriel digne des classiques du genre.

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