À l’occasion de la sortie prochaine d’ÉTERNITÉ (voir la prometteuse bande-annonce), on avait envie de revenir sur la filmographie du réalisateur franco-vietnamien Tran Anh Hung.
Nous tenterons sur cette page, de dresser un portrait de l’auteur à travers la chronique progressive de ses différents films :

– L’odeur de la papaye verte 
Cyclo
– À la verticale de l’été
 I come with the rain
– La ballade de l’impossible
Et enfin ÉTERNITÉ, à partir du 7 septembre 2016.

 

TRAN ANH HUNG – LES FILMS

L’odeur de la papaye Verte – 1993

Le premier long-métrage de Tran Anh Hung possède cette singularité qui même 20 ans après, reste très palpable. Il y a dans ce film, une sensibilité aux petites choses. En s’attachant à les observer et les écouter avec énormément de patience et de délicatesse, Tran Anh Hung parvient, in fine, à dresser quelques très beaux portraits féminin. La technique,très aboutie, permet  alors de renforcer cette sensibilité, mais aussi de rendre d’autant plus stimulante notre décryptage des indices laissés par le film, sur des personnages d’une profondeur finalement assez surprenante.  Toutefois, il incombe au spectateur de s’immerger intégralement dans cet univers, sous peine de passer à coté.

LA CRITIQUE

L'odeur de la papaye verte (4)

Cyclo – 1995

Cyclo marque une cassure nette avec L’odeur de la papaye verte; tout y est différent. De l’expression de la sensibilité, au rythme, jusqu’au décor (Ho Chi Minh-ville) et la façon de le capter, très cinéma-réalité. La dimension sociale se fait très présente, de même qu’un recentrage sur la figure masculine. Enfin, à notre grande surprise, Cyclo pioche allègrement dans le genre polar et se crée une petite mythologie très intéressante. il s’agit d’un polar. Toutefois, malgré ce brouillage de pistes, le film de Tran Anh Hung s’inscrit dans la lignée du précédent par l’intelligence de sa mise en scène sachant conjuguer de façon cohérente, tous ces aspects.

LA CRITIQUE

Cyclo (9)

À la verticale de l’été – 2000

Retour avec À la verticale de l’été, à l’hypnotique charme du non-événement que nous avions tant apprécié dans L’odeur de la papaye verte. Une nouvelle « histoire de bonnes femmes » (à l’inverse de l’ « histoire de bonhommes » qu’était Cyclo), toujours racontée par le prisme de la sensibilité et de la délicatesse de l’auteur.
Cela-dit, en termes d’écritures de personnages, il y a un équilibre : les hommes sont tout aussi présents et amoureux que les femmes, mais simplement moins expansifs, plus secrets, ce qui rend les rares démonstrations de leurs sentiments d’autant plus troublantes. Ainsi, à travers trois histoires de couples ou chacun possède des intentions très distinctes, Tran Anh Hung constitue une sorte de cartographie du sentiment amoureux chez la femme et l’homme vietnamiens. Inceste, adultère et avortement se confrontent sans tabous ni gène, aux réalités de la routine et du quotidien, de l’amour qui s’essouffle, ou d’une condition sociale inappropriée. Trois femmes, trois hommes, mais un seul point commun : les compromissions et les désirs impossibles à refouler.

LA CRITIQUE

Photo du film À LA VERTICALE DE L'ÉTÉ (2000)

I COME WITH THE RAIN – 2009

Au vu de son quatrième film, on pourrait dire que le cinéma de l’auteur est fait d’alternances. Son premier long métrage, L’odeur de la papaye verte (1993) était un masterpiece technique doublé d’un film délicat et sensible centré presque exclusivement sur des figures féminines… LorsqueCyclo (1995) fut un film plus viril, plus masculin, mais néanmoins tout aussi délicat et sensible, en filigrane. A la verticale de l’été (2000) renouait avec le cinéma de bonnes femmes ou toutefois, les hommes avaient largement leur place, tandis que I COME WITH THE RAIN nous raconte à nouveau, une histoire d’hommes. Un polar viril, musclé, malade et mélancolique, une affaire de contrastes servi non pas par son récit comme on aurait pu l’attendre, mais par une fascinante étude théologico-émotionnelle de l’âme humaine, ou la violence est le catalyseur ou l’exutoire de personnages rongés par les doutes et l’inadaptation au monde.

LA CRITIQUE

I come with the rain (1)

LA BALLADE DE L’IMPOSSIBLE – 2011

Conformément à son style, TAH traduit par la réalisation sa propre idée des émotions des personnages. Mélancolie et amours donc, qui passent presque exclusivement par cette fameuse délicatesse du traitement qu’il appliqua jusqu’ici à des genres aussi distincts que la chronique naturaliste d’instants de vies vietnamiennes (L’odeur de la Papaye Verte et À la verticale de l’été), ou ces polars urbains et malades que sont Cyclo et I come with the rain.

LA BALLADE DE L’IMPOSSIBLE est ainsi un objet techniquement puissant et indéniablement délicat, parcouru par quelques émotions très fortes (sensualité, envoûtement, émerveillement) correspondant à autant d’idées de réalisation, et dont on retiendra surtout la folle liberté de la caméra dans ses cadres ou ses mouvements, l’utilisation du son organique (vent, pluie, bruit de la nature) comme révélateur des émotions enfouies, la mise en scène des femmes et leur beauté, ou encore cette reconstitution minutieuse de l’ambiance du Japon des 60’s en proie à la percée de la culture occidentale. En somme, un parfum unique se dégage de cette exotique histoire d’amours impossibles, ainsi que l’impression d’être plongé dans l’un de ces vertigineux et décisifs moments ou se construit la personnalité d’un homme, dans l’indécision et l’incompréhension de la figure féminine.

LA CRITIQUE

ÉTERNITÉ – 2016

Nous avons, avant le visionnage d’ÉTERNITÉ, consacré une rétrospective à son réalisateur Tran Anh Hung.

À travers la chronique de ses cinq films précédents, L’odeur de la papaye verte, Cyclo, À la verticale de l’été, I Come With The Rain et La ballade de l’impossible, nous avons donc pu extraire quelques motifs et thèmes clés de son cinéma, nous permettant de mieux envisager son dernier film. En parallèle, nous avons lu La Ballade de l’impossible de Haruki Murakami et L’élégance des veuves d’Alice Ferney pour mieux jauger de la qualité de leur adaptation cinématographique par ce passionnant auteur qu’est Tran Anh Hung.

Notre verdict, que nous nous permettons de proposer parce que nous nous sommes dotés d’une vision relativement exhaustive de l’oeuvre, est qu’Éternité EST une fantastique adaptation du livre original qui se situe parfaitement dans la continuité du travail précédent du réalisateur.

En toute objectivité, nous reconnaissons toutefois au film une certaine inaccessibilité pour qui n’aurait lu le livre, qui n’aurait exploré l’oeuvre de Tran Anh Hung, ou pour qui s’attendrait simplement au classique film d’époque, entre guillemets “vendu” par la promotion du film. Entre guillemets, car l’affiche donnait en effet un indice clair: ÉTERNITÉ est à rapprocher d’une oeuvre comme Tree of life, dont il serait en quelque sorte l’extrapolation d’un des aspects, celui de l’inexorabilité de l’existence.

Inévitablement, se posent donc les questions:

– Une adaptation comme celle-ci devrait-elle intégrer son spectateur QUEL QU’IL SOIT dans son processus créatif, quitte à perdre la substance de l’oeuvre originale ?
– Un film doit-il se suffire à lui même ?

Nous avons donc tenté au mieux d’expliciter sa démarche, pour permettre aux potentiels spectateurs qui ne la connaîtraient pas de mieux envisager le film. Et au delà… Engager à lire L’élégance des veuves et à découvrir les autres passionnants films de Tran Anh Hung.

LA CRITIQUE

Pour compléter cet article, ce petit reportage sur Tran Anh Hung explicite certains thèmes et motifs de son cinéma.

À VOIR ÉGALEMENT: La femme mariée de Nam Xuong – court métrage de 23min  (1992)

Pour commencer, nous vous proposons de visionner ci-dessous le tout premier court-métrage de Tran Anh HungLa femme mariée de Nam Xuong. Le film est sans sous-titres, mais ce n’est pas grave car il est presque muet et le dialogue y est absolument fonctionnel.

L’occasion d’y voir un portrait de femme, mais aussi et surtout, une jolie sensibilité. Tran Anh Hung y filme magnifiquement l’histoire d’une femme dont le mari est “parti”.
Il y a une attention particulière aux petites choses, aux sons et objets du quotidien (on y compte cet enfant), exprimant une absence, un manque. Il y a une capacité à représenter la douleur, l’allégorie. Le dialogue (quasi absent) est fonctionnel – ce n’est pas lui qui exprime les choses, mais bien les regards, les gestes. Déjà, c’est beau, simple, et délicat.

TRAN ANH HUNG : analyses de ses films et portrait

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