Photo du film DOLLY
Crédits : Witchcraft Motion Picture Company

Dolly, poupée de cire, poupée de sang

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3
IMDb5.2/10Letterboxd2.5/5Metacritic46/100Rotten Tomatoes61%

Conte de fées qui vire au cauchemar, Dolly peine à trouver son équilibre entre la satire du récit enfantin et ses références appuyées au survival. Il n’empêche que s’il ne brille pas par son écriture, il contient nombre de scènes brutales et malsaines, qui suffisent à marquer les esprits.

Deuxième adaptation de court-métrage pour Blackhurst

Connu essentiellement pour ses réalisations true crime et pour le fade Blood for Dust, Rod Blackhurst est aussi le co-réalisateur du prometteur Night Swim de 2014, et le scénariste de l’affreuse adaptation en long-métrage sortie en 2024. Si elle ne paraît pas remarquable, la carrière de Blackhurst repose néanmoins sur deux beaux succès de plateforme : les documentaires John Wayne Gacy : Autoportrait d’un tueur et Amanda Knox. Loin d’être mauvaises, ces précédentes réalisations ne témoignent pas pour autant d’une grande audace, puisqu’elles répondent en tout point à leur strict cahier des charges.

Néanmoins, derrière ce parcours entre fiction et docu, se cache une société de production indépendante, Witchcraft Motion Picture, menée par Blackhurst et son complice, Noah Lang. Et l’envie de produire du film d’horreur semble assez vivace chez les deux comparses. On leur doit notamment le sympathique Swallowed de Carter Smith sorti en 2022. Ils s’avèrent, de même, à l’origine du projet d’adaptation de Night Swim, vendu à Atomic Monster et Blumhouse, les boîtes de production de James Wan et Jason Blum. D’où certainement la mise en chantier de Dolly, conçu sur le même modèle.

Fairy survival

En effet, avec Dolly, Rod Blackhurst adapte son propre court-métrage de 2022, Babygirl. Pas si faiblard, ce court souffrait d’une photo grisâtre et d’un rendu cheap, mais témoignait d’un attrait pour le survival, avec le mérite de créer une boogeywoman iconique en moins de 5 minutes de durée. Cette même boogeywoman que l’on retrouve aujourd’hui sous les traits de Dolly, visiblement victime de maltraitances et enfermée dans ce rôle de petite fille avide de jouer à la poupée… en grandeur nature. Une antagoniste conçue comme une créature de conte de fées, qui apparaît comme la plus grande réussite du film.

En effet, l’aspect gigantesque de Dolly, son masque de porcelaine, sa violence brutale et son lourd passif, en font un personnage qui suscite autant l’effroi que l’empathie… à la manière de Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Une référence du survival assez évidente, citée parmi de nombreuses autres, dont un surprenant clin d’œil à Détour Mortel. Parmi ses inspirations, le réalisateur évoque également Haute tension d’Alexandre Aja et Calvaire de Fabrice du Welz. Un assortiment varié, passé néanmoins à la moulinette du conte de fées.

Des scènes crues, une violence terriblement vicieuse

Et c’est malheureusement là que le bât blesse. À trop vouloir s’amuser avec son référentiel, Dolly oublie qu’il tente également de raconter un conte pervers. Si l’intention reste noble, l’aspect survival brut demeure trop prégnant pour que la dimension surréaliste de certaines scènes soit comprise. S’endormir dans les bras de maman Dolly, puis s’en échapper à pas feutrés sonne effectivement comme une péripétie de conte enfantin, mais n’apparaît pas comme telle, une fois placée dans un survival horror filmé à la Hooper. Cependant, ce défaut d’écriture n’empêche pas Dolly de convaincre sur d’autres aspects.

Remarqué à Sitges et au PIFFF, le film de Rod Blackhurst se démarque effectivement comme un joli produit de festival. Ceci, en raison de scènes particulièrement crues et d’une violence terriblement vicieuse. Dans le rôle de la poupée humaine de Dolly, Fabianne Therese souffre tous les maux, et il est difficile de ne pas compatir à sa détresse, tant sur le plan physique que moral. En effet, le film regorge d’imagination en termes de torture et d’effets pratiques. Et même si ces effets sentent fort le latex et le bidon de faux sang, à l’ère de l’IA et du tout-numérique, on ne peut que saluer la démarche.

— Lilyy NELSON

Auteur·rice

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