Le Festival a décidé de mettre en avant les acteurs et actrices du cinéma mondial. En témoigne la remise du prix Lumière à Catherine Deneuve, mais également la rétrospective « Cité des femmes » qui se concentre sur les plus grandes actrices de l’âge d’or hollywoodien. Pour ce lundi, les trois films vus sont, encore une fois par le plus grand des hasards, l’occasion de voir trois grandes figures du cinéma américain dans trois décennies différentes.

Jerry Schatzberg - Lumière 2016

Jerry Schatzberg

Le premier de ma journée se trouve être le plus récent. Panique à Needle Park est tourné en 1971, sous la direction de Jerry Schatzberg, avec l’un des premiers rôles de , juste avant qu’il ne soit consacré avec Le Parrain. L’ancien photographe de mode passé derrière la caméra est venu lui-même présenter son film, âgé de 89 ans (bien qu’il en paraisse 20 de moins). Pour son deuxième long-métrage, il raconte qu’il voulait absolument Al Pacino dans ce rôle-ci, l’imposant contre l’avis des producteurs et allant même jusqu’à se brouiller avec Robert de Niro pour ne pas l’avoir pris. L’histoire, c’est celle de Helen et Bobby, deux jeunes amoureux héroïnomanes. Ils traînent à Needle Park, où se retrouvent tous les camés du coin. La « panique », c’est lorsque le manque d’héroïne se fait sentir dans toute la ville. La relation de Bobby et Helen vire au cauchemar, alternant périodes d’attirance et de désespoir, toujours biaisé par le manque. Manque d’argent, manque de drogue mais aussi manque d’amour, la trajectoire du couple est dramatique. Sur l’écran Al Pacino et Kitty Winn sont criants de vérité, tant on sent qu’ils sont investis dans leur rôle. L’acteur italo-américain dans son deuxième film honore sa réputation dans des scènes de tensions mémorables, là où la jeune actrice reste fragile et touchante. Les traits tirés, les passages à vide de planage sont captés par la caméra de Jerry Schatzberg avec une précision quasi-chirurgicale. La composition est toujours impeccable, et on a presque l’impression d’être dans un documentaire tant les images sont crues : une longue scène nous détaille la préparation de l’héroïne, du mélange des poudres au tamisage. Panique à Needle Park fait partie de ces films discrets qui ont permis au Nouvel Hollywood de se mettre en forme (dans tous les sens du terme) mais aussi très certainement de découvrir Al Pacino, qui a la carrière que l’on connaît.

Lumière 2016

Jerry Lewis, toujours burlesque

Retour en arrière avec, dans un autre registe, la présentation à l’Institut Lumière du documentaire Jerry Lewis, clown rebelle de Grégory Monro. Si l’on a un peu oublié Jerry Lewis, il fut l’un des plus illustres comiques du burlesque américain, ayant réalisé ses plus grands films dans les années 60. D’abord en duo avec Dean Martin (Dude dans Rio Bravo), Jerry Lewis sort son film le plus connu en 1963 : Dr Jerry et Mister Love. Le documentaire de Grégory Monro a l’avantage de réussir à présenter le comique américain par le biais de nombreuses archives mais aussi de prestigieuses interviews, entre autres Pierre Etaix, Jonathan Rosenbaum et Martin Scorsese. Moins connu que ses maîtres Chaplin et Keaton, Jerry Lewis a longtemps été ignoré par la critique américaine, jusqu’à une certaine reconnaissance avec le film de Martin Scorsese, La Valse des Pantins, où Lewis surprend dans un rôle dramatique. Mais bien avant cela, la critique française et en particulier Robert Benayoun a défendu Jerry Lewis, considérant la comédie comme un art bien plus difficile que la tragédie. Ludique et malicieux, Jerry Lewis, clown rebelle entrecoupe les interventions par les meilleurs moments des sketchs de Jerry Lewis, non sans parfois s’autoriser quelque fantaisies, toujours dans l’esprit du maître. Un hommage juste à celui qui fit rire des milliers de personnes.

L'héritière, vu à lumière 2016

L’héritière, avec Olivia de Havilland et Montgomery Clift

Enfin, ma journée s’achevait la projection L’Héritière de William Wyler, réalisé en 1949. Je ne m’attendais pas à tomber sur un tel film dans la petite salle du CNP Terreaux. Les deux actices à l’honneur sont Olivia de Havilland et Miriam Hopkins. La première, plus connue pour son rôle de Mélanie Hamilton dans Autant en emporte le vent, joue une jeune héritière qui n’intéresse pas les garçons, sauf Morris Townsend. Toute la première partie du film est très drôle, avant de basculer dans un registre plus tragique vers le milieu du film. Comme l’a très bien décrit le jeune Niels Schneider qui venait présenter la soirée, l’actrice se métamorphose complètement, arborant un visage plus dur en deuxième partie mais ô combien plus imposant, dans une sorte de Dorian Grey inversé : le mal qui naît en elle la magnifie au lieu de la défigurer. Son partenaire de jeu Montgomery Clift, une autre légende, fascine par son jeu candide et toujours ambigü, « opaque » dira Niels Schneider (qui fait décidémment une analyse assez fine du jeu des acteurs.) L’Héritière est un chef d’oeuvre du cinéma classique américain tant tout est parfaitement exécuté dans les règles de l’art. Les cadrages ultra-traditionnels ne sont pas pour autant dénués de sensibilité et sons soulignés par l’excellente musique de Aaron Copland, récompensé d’un Oscar, tout comme le fut l’actrice principale. Le seul défaut de cette projection fut la qualité du DCP, dont la restauration n’est selon moi pas complètement aboutie, d’après les rayures que j’ai pu y voir. Heureusement, cela ne suffit pas à gâter mon enthousiasme pour ce film et pour ces trois générations d’acteurs qui m’a fait voyager du classicisme hollywoodien aux nouvel Actor’s Studio, en passant la réinvention du burlesque.

Alexandre Léaud

JOUR 4 >>

Le Festival Lumière 2016, aura lieu du 8 au 16 octobre, dans tous les cinémas du grand Lyon.
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