Le mois d’octobre est pour tout cinéphile lyonnais qui se respecte un mois de grande effervescence. Alors que les feuilles tombent des arbres et que la grisaille pointe le bout de son nez, les salles de cinéma s’animent au rythme du Festival Lumière, instauré depuis 2009 à Lyon. Chaque année depuis 8 ans, la capitale des Gaules célèbre une personnalité du cinéma pour l’ensemble de sa carrière et sa contribution exceptionnelle au 7ème art. Ainsi se sont succédés dans l’ordre Clint Eastwood, Milos Forman, Gérard Depardieu, Ken Loach, Quentin Tarantino, Pedro Almodovar et enfin Martin Scorsese l’an passé. Cette année, c’est la grande actrice qui recevra le Prix Lumière vendredi 14 octobre lors de la cérémonie.

Mais ce qui fait le festival, ce sont les films proposés. Accroissant le nombre de films et de rétrospectives, les salles de cinéma de la métropole lyonnaise proposent des films en copie restaurés, le plus souvent projetés en 35mm. Le spectateur peut ainsi aller (re)voir Quai des Brumes de Marcel Carné, puis faire un détour par The Driver du trop méconnu Walter Hill, avant de découvrir l’oeuvre de la cinéaste Dorothy Azner. Du samedi 8 au dimanche 16 octobre, nous vous proposons de nous suivre au fil de nos découvertes.

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Comme d’accoutumée, le Festival Lumière est lancé lors de la grande soirée d’ouverture à la Halle Tony Garnier de Lyon. Après quelques heures d’attente, les invités entrent enfin dans la salle un par un, retransmis en direct sur l’écran géant. On peut ainsi mesurer la popularité des artistes présents selon la durée et la virulence des applaudissements. Pour Laurent Gerra, chouchou du Festival ou pour Lambert Wilson, aucun problème. C’est plus compliqué pour le réalisateur polonais Jerzy Skolimowski, qui vient présenter son film Deep End, dont le visage est tout aussi inconnu que ses films par le public lyonnais. Taquin, ce-dernier bousculera quelque peu l’entrée d’une personnalité politique dont nous tairons le nom. Heureusement l’humeur se radoucit tout de suite après avec l’entrée de Line Renaud. Une fois la ronde des personnalités terminée, le directeur du Festival Lumière peut enfin prendre la parole.

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S‘ensuivent une heure et demie de présentation des séances. On retiendra surtout la diffusion du court-métrage d’Agnès Varda Les Fiancés du Pont MacDonald, petit hommage au genre du burlesque où la réalisatrice se moque gentiment de Jean-Luc Godard et de ses éternelles lunettes noires, et que l’on retrouve dans son film Cléo de 5 à 7. Pas grand chose d’autre à se mettre sous la dent, malgré la tentative de Thierry Frémaux de faire chanter en karaoké On ira tous au Paradis.

On est tout de même heureux de voir Bertrand Tavernier revenir sur scène et annoncer sa victoire contre la maladie, qui l’avait contraint à s’éloigner du Festival l’an passé. Très bavard, Bertrand Tavernier en profite d’ailleurs pour expliquer comment la célèbre réplique « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » d’Arletty dans Hôtel du Nord a été écrite par un Henri Jeanson agacé par le metteur en scène Marcel Carné qui lui demandait de rajouter de l’atmosphère aux scènes. Son immense érudition sera à retrouver dans Voyage à travers le cinéma français, en salles mercredi prochain.

quentintarantinofestivallumiere201Le film qui suit la cérémonie d’ouverture est présenté par le plus connu des cinéphiles : Quentin Tarantino. Depuis sa venue en 2013, le réalisateur de Pulp Fiction s’est pris d’amour pour le festival, et se fait donc un plaisir de venir sur scène présenter le film d’ouverture : Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill. Le choix n’est pas anodin : Quentin Tarantino est à l’origine d’une rétrospective toute particulière cette année puisqu’il a demandé à projeter des films tous sortis dans l’année 1970. Le réalisateur explique combien cette année là est l’occasion d’une rupture dans le cinéma. Sorti en 1969, le film de George R. Hill est nommé aux Oscars 1970, année où enfin le Nouvel Hollywood renverse les codes, selon l’invité d’honneur de la soirée. Trop peu reconnu selon lui, il considère George R. Hill plus comme un raconteur d’histoires qu’un inventeur de formes, et remarque que ses héros sont soit des rêveurs soit des menteurs. Ici, c’est Butch Cassidy le rêveur, interprété par Paul Newman.

Suite à la présentation de Quentin Tarantino, un peu anecdotique, le film peut commencer. Le Festival Lumière a démarré, nous sommes dans un véritable voyage dans le passé. La salle de 4400 places de la Halle Tony Garnier rappelle les anciens cinémas comme pouvait l’être le Gaumont-Palace. Plusieurs défauts nous font imaginer comment pouvaient être les projections de l’époque : des sièges en bois qui font mal, la tête levé vers l’écran à se faire mal au cou, le son réglé beaucoup trop fort pour une grande salle. Mais la passion cinéphile reprend le dessus lorsque le public découvre la copie de Butch Cassidy et le Kid projeté en 35mm, dans une copie visiblement non-restauré. Dès le début, de nombreuses rayures sont visibles sur la copie, en plus du grain. Certaines scènes vont même jusqu’à être en assez mauvaise qualité parfois. Mais quel charme ! Je suis pour ma part émerveillé de découvrir ce film culte dans une version vraiment authentique. En bonus, le générique du film consiste en une fausse projection de vieux films des héros, avec le bruit du projecteur. Ambiance garantie.

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En résumé, le Festival Lumière permet de revoir des films dont certains sortis en 1970 témoignent d’une certaine avancée dans le cinéma, et notamment le film de la soirée, Butch Cassidy et le Kid, dont les deux personnages sont rattrapés par leur passé. Joyeux méli-mélo, qui voit réuni à l’écran un duo d’acteurs emblématiques : Paul Newman et Robert Redford, que l’on croirait rétrospectivement être des parents éloignés de Woody Harrelson et de . Butch Cassidy et le Kid est comme l’a décrit Quentin Tarantino un western en rupture avec le genre. D’abord le film consiste en un mélange presque constant d’humour et de nostalgie. Le jeu de Robert Redford, quasi-stoïque, pourrait presque faire penser à celui de Buster Keaton, l’homme qui ne rit jamais, non pas par sa gestuelle (il n’est pas question ici de burlesque) mais bien par son inadaptation aux situations dans lequel il se met. De même Paul Newman le beau parleur se sort de ces mêmes situations par sa ruse. En témoigne l’hilarante scène du braquage espagnol qui tourne les deux compères en ridicule alors que la scène aurait été traditionnellement sérieuse. Il y a dans cette même scène une tendresse à l’encontre des héros, une compassion pour leur maladresse et leur inadaptation. Ces légendes vivantes dont le simple nom fait peur se retrouvent lors de l’attaque d’un train la cible de chasseurs de primes. Jusqu’à la fin ils ignorent qui les poursuit, ce qu’ils savent, c’est qu’ils doivent fuir. Ils doivent fuir parce qu’ils sont bloqués dans un passé et dans leurs habitudes, incapables de trouver une autre activité que de voler une banque. Le dernier plan mémorable qu’utilise George R. Hill est à libre interprétation : Butch Cassidy et Sundance Kid rejoignent les mémoires, celle de l’histoire et celle du cinéma.

Alexandre Léaud

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Le Festival Lumière, aura lieu du 8 au 16 octobre 2016, dans tous les cinémas du grand Lyon.
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