Photo du film MOI QUI T'AIMAIS
Crédits : New Light Films

MOI QUI T’AIMAIS, de Montand et Signoret à Yves et Simone | Critique

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4.5

Dans MOI QUI T’AIMAIS, Diane Kurys fait revivre avec beaucoup d’émotion le couple mythique Yves Montand / Simone Signoret, grâce à l’interprétation vertigineuse de Roschdy Zem et Marina Fois.

Raconter l’intimité du couple formé par les monstres sacrés Montand et Signoret est un sacré pari que relève haut la main la réalisatrice Diane Kurys dans MOI QUI T’AIMAIS. D’abord parce que le choix audacieux de Roschdy Zem et Marina Foïs pour les interpréter est très pertinent. Et ce, dès la scène inaugurale de maquillage dans leur loge, qui donne à voir les acteurs se glisser petit à petit dans la peau de leurs personnages. La réalisatrice, rencontrée à Bordeaux aux côtés de ses deux interprètes, « évacue d’emblée l’idée de ressemblance en proposant une connivence au spectateur ». « Offrant ainsi, avec humilité à l’endroit du travail », pour Marina Foïs, « un bout de toutes les questions par lesquelles nous sommes nous-mêmes passés avant de jouer ». 

Photo du film MOI QUI T'AIMAIS
Crédits : New Light Films

Car pour Roschdy Zem (Roubaix, une lumière), « ce qui prime dans ce prologue qui protège de la prétention d’être, c’est l’invitation à un récit dont on interprète à notre façon un Montand et une Signoret et non pas Montand et Signoret ». Et franchement, on y croit ! Tout n’est pas parfait, mais le remarquable travail des acteurs pour façonner la posture, la voix et les tonalités rend en effet un bel hommage à chacun d’entre eux. Roschdy Zem a veillé à éviter le surjeu, reconnaissant que « la frontière avec le jeu est très subjective, et qu’il était moins important de me rapprocher de Montand que de m’éloigner de moi-même ». Et son Montand est cabotin, capricieux et de mauvaise foi à souhait. 

Marina Foïs (L’année du requin) s’est « fait le cadeau de se rapprocher de celle avec qui j’entretiens un dialogue depuis ses 16 ans, grande actrice et grande figure féministe qui a assumé le temps qui passe et décidé de ne pas se soumettre aux injonctions de l’éternelle jeunesse ». Sa Signoret est tranchante, rancunière et la façon dont elle traverse avec courage l’ambiguïté de ses sentiments est touchante. Le film est d’ailleurs parsemé d’archives et de photos, tels des clins d’œil d’autorisation tacite du couple à les voir reprendre vie sous les traits de Marina Foïs et de Roschdy Zem.

On en a du temps pour s’aimer, se désaimer, se connaître, s’en vouloir et se haïr.

Diane Kurys

La seconde raison de la réussite de MOI QUI T’AIMAIS est dans le choix de la réalisatrice de ne pas déployer de biopic académique. Mais bien de concentrer sa narration sur la « période plus crépusculaire » des douze dernières années du couple, entre 1974 et le décès de Simone en 1985. Ce qui est passionnant dans cette condensation du temps, c’est qu’elle permet au spectateur d’entrer de plain-pied dans le quotidien de ce couple qui s’aimait tant. Dans cet envers du décor que le public connaît partiellement, ont déjà été digérés leur coup de foudre, leurs carrières, leur engagement politique et leurs erreurs à propos du communisme, leurs tournages et leurs tournées. 

La réalisatrice donne ainsi à voir les ravages sur Signoret de la si célèbre liaison assumée de Montand avec Marilyn Monroe, marquant son propre déclin. Les mensonges et les liaisons de Montand, en particulier avec sa dernière compagne Carole Amiel (Pauline Cassan), meurtrissent toujours autant Signoret, et leur amour ne suffit parfois plus. Car le film aborde aussi les zones troubles et la violence verbale qui circule entre les deux amants, parfois sous les yeux de leurs amis, Serge Reggiani (Thierry de Peretti), Alain Corneau (Sébastien Pouderoux), François Périer (Vincent Colombe), Jean-Louis Trintignant (Timothée de Fombelle) ou Nadine Trintignant (Léonor Oberson). 

Photo du film MOI QUI T'AIMAIS
Crédits : New Light Films

Si Marina Foïs y voit « l’imperfection de deux personnes qui ne savent pas se défaire de leur relation et se débrouillent comme ils peuvent », il s’agissait pour Diane Kurys de « montrer les différentes facettes de Montand et Signoret, sans rien s’interdire ». Ce qui n’a pas l’heur de plaire à Benjamin Castaldi, petit-fils du couple, qui s’en plaint largement dans la presse, y voyant même « une trahison et une récupération ».  

L’un des thèmes fascinants abordés dans MOI QUI T’AIMAIS est la vie d’un couple d’artistes, dont les sentiments n’empêchent pas la rivalité ou la jalousie. Quand l’un est au sommet, l’autre ne tourne plus. Quand l’une écrit ses mémoires, l’autre refuse que des moments clés de leur vie soient publiés. Et quand l’une gagne un César pour son rôle de Madame Rosa dans La vie devant soi, l’autre n’est pas dans la salle à ses côtés.

Même s’il se comporte comme un enfant un peu crapule, le fait qu’il aime Simone fait que je l’aime quand même.

Roschdy Zem

La rivalité artistique est également présente dans le film via la relation entre Simone avec sa fille Catherine Allegret, qui a quant à elle validé l’idée du scénario et des interprètes. Marina Foïs reconnaît la « difficulté à se faire une place dans le cinéma en étant la fille d’une telle icône, femme puissante à la pensée ultra rapide et imparable ». Le film offre ainsi une réflexion puissante sur la difficulté d’exister, autant au cœur de ses proches que dans le monde artistique, et à quel point se faire une place dans sa propre famille peut être un défi.

MOI QUI T’AIMAIS revient aussi subtilement sur l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en 1981, et les questions posées sur l’habilité du couple à continuer à être de gauche tout en ayant de l’argent. Marina Foïs adhère à l’idée de Simone, que « l’expression « gauche caviar » rendait dingue, qu’avoir de l’argent et du pouvoir ne fait pas que les gens s’arrêtent de penser, mais les incite plutôt à réfléchir à comment les utiliser ».

Diane Kurys et sa coscénariste Martine Moriconi ont donc réussi à merveille à rendre leurs Montand et Signoret très attachants, autant par leurs qualités que par leurs imperfections. Les spectateurs qui les ont connus seront sincèrement heureux de les voir se rappeler à leurs bons souvenirs et cueillis par l’émotion, notamment dans la scène de l’anniversaire de Simone. Quant à lui, le jeune public découvrira, comme le résume très bien Marina Foïs, « des figures connues et un peu oubliées qui font partie du patrimoine culturel et politique d’une époque, dont la parole portait dans le monde ». Et tous auront envie de (re)voir leurs films, (ré)écouter Montand chanter ou (re)lire « La nostalgie n’est plus ce qu’elle était » de Signoret.

Sylvie-Noëlle

Auteur·rice

Ne pas fermer les yeux – Tribune

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