Archive 81
Crédit : Netflix

ARCHIVE 81, le retour de l’horreur en VHS – Critique

Adaptation d’un podcast créé par Marc Sollinger et Daniel Powell, Rebecca Sonnenshine reprend avec ARCHIVE 81 des principes déjà connus de VHS et found footage dans ce thriller horrifique au fil du temps.

Série horrifique n’ayant que très peu bénéficié de publicités et autre mise en avant de la part de Netflix, ARCHIVE 81 s’est rapidement hissé dans le haut des classements de la plateforme. Un renouveau pour le found footage, devenu populaire dans les années 2000 grâce à Cloverfield, Le Projet Blair Witch ou encore REC, et qui s’appuie sur des codes déjà fondés mais aussi sur une horreur plus sociale mais toujours viscérale.

Archiviste pour un musée de cinéma de New York, Dan Turner (Mamoudou Athié) se retrouve engagé par une mystérieuse entreprise pour restaurer et numériser des cassettes vidéos datant de 1994. Il découvre les images de Melody Pembras (Dina Shihabi), étudiante décidée à constituer sa thèse autour de l’historique immeuble Visser. Les cassettes révèlent peu à peu de sombres secrets remettant en question le sort funeste de la jeune femme et l’origine de l’incendie de l’immeuble quelques années auparavant.

Photo de la série ARCHIVE 81
Crédit : Netflix

Ambiance et sens du drame

Les premiers épisodes de ARCHIVE 81 sont excellents en tant qu’introduction à l’intrigue. D’un côté, on ressent l’atmosphère lourde et solitaire de Dan, dans le présent, et de l’autre l’univers sombre et encore incompris dans lequel se lance Melody, univers que l’on découvre par fractions à travers les vidéos. On sent dès le début un grand contrôle dans la dimension artistique et toute la production en général, ce qui n’est pas étonnant venant d’une série réalisée par Rebecca Sonnenshine (The Boys) et coproduite par le maître de l’horreur James Wan (Conjuring, Insidious). Un sentiment de paranoïa s’instaure peu à peu grâce à notamment un montage sonore très soigné.

Le fait de revivre le passé par le biais de ces vidéos à l’aspect granuleux inquiète ; il suscite l’effroi car il n’y a jamais de certitude complète sur ce que l’on voit, l’imagination faisant le reste. En complétant ces bandes-vidéos par une partie visuelle classique, la narration gagne en fluidité et l’histoire peut rester compréhensible au moins pendant une bonne partie du récit. Le souci c’est qu’en s’éloignant des cassettes, on ne sait plus exactement ce qu’elles montrent, on ne sait plus précisément ce que Dan découvre derrière son écran, et c’est là que l’ensemble commence à perdre en cohérence.

Un concept qui montre vite ses limites

La dualité entre passé et présent, ainsi que la volonté de vouloir montrer que les deux sont liés, prend trop vite trop de place dans le récit. Hormis les deux premiers épisodes, l’aspect visuel du récit et le cadre, pourtant anxiogène dans lequel évolue les deux protagonistes quasiment en huis clos, sont très rapidement mis de côté pour laisser la place à la trame de l’intrigue. C’est un vrai manqué de ce côté, car un traitement visuel plus poussé aurait permis de mieux dissimuler les rebondissements et autres secrets que dissimulent l’immeuble Visser. Au lieu de cela, il manque terriblement de cohérence et d’identité, la faute à une mise en scène ayant complètement oublié la gestion des espaces. Forcément, difficile d’être inquiet pour un personnage quand on ne sait pas où il se trouve… 

Photo de la série ARCHIVE 81
Crédit : Netflix

L’horreur de ARCHIVE 81 est relative et la série prend vraiment son temps en faisant primer la psychologie des personnages. Elle tient grâce à une sensation générale de malaise, une ambiance oppressante s’intensifiant progressivement. On sursaute face à quelques jump scares auditifs alors que ceux visuels ont plutôt tendance à faire rire. Quant au principe de found footage, il montre rapidement ses limites avec un matériau de base rébarbatif qui sait tout de même rester convaincant grâce à la performance de Dina Shihabi

Point plus positif, la musique créée par Ben Salisbury et Geoff Barrow est quasiment un sans-faute. À la fois envoûtante et sinistre, elle crée à elle-seule l’angoisse en venant compléter une partition sonore déjà très travaillée. Dans les scènes d’enquête comme de rituels occultes, la justesse de la bande-son est saisissante et joue un grand rôle dans le caractère horrifique de la série.

Photo de la série ARCHIVE 81
Crédit : Netflix

Surenchère scénaristique

Si l’histoire reste prenante et tient en haleine pendant bon nombre d’épisodes, il est évident qu’elle s’éparpille au fil des épisodes. Le rythme lent permet l’instauration d’un grand nombre de détails qui pour une partie s’avèrent totalement inutiles. À vouloir trop en mettre, on se demande si Rebecca Sonnenshine n’a pas été trop audacieuse pour une série ne comportant que 8 épisodes. Sorcellerie, rituels occultes, voyages dans le temps, et autres thématiques fantastiques sont évoquées au goutte à goutte pour aboutir à une résolution plate. À la place du climax attendu, le dénouement se contente de dénouer de façon grossière les nœuds abstraits du scénario et laisse présager une suite à cette première saison.

ARCHIVE 81 emprunte aussi beaucoup aux références du genre et n’est pas sans reprendre ces clichés alimentant quelques facilités scénaristiques. De The Ring en passant par Shining, ARCHIVE 81 reste encore en quête de clarté et d’identité. Elle captive par son ambiance sombre et pesante, mais se perd très vite dans son exercice narratif prédominant et bancal. Un gâchis regrettable pour une série qui avait matière à rivaliser avec les meilleures séries horrifiques de Netflix à l’image de The Haunting of Hill House et Bly Manor

Paul Gréard

Note des lecteurs3 Notes
Titre original : Archive 81
Créateur.rice.s : Rebecca Sonnenshine
Acteurs : Mamoudou Athie, Dina Shihabi, Martin Donovan
Date de sortie : Janvier 2022
Durée des épisodes : 60 minutes
3
Impersonnel

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