LA CHRONIQUE DES BRIDGERTON, une série qui se cherche encore – Critique

LA CHRONIQUE DES BRIDGERTON avait tout d’une série à succès : un contexte historique, un décor chatoyant, des personnages diversifiés, une intrigue intéressante… Pourtant, la série n’atteint pas la grandeur des productions qui ont fait le succès du studio ShondaLand. 

L’un est un duc célibataire et terriblement convoité. L’autre est une jeune débutante qui fait ses débuts dans la société à la quête d’un bon parti. Ensemble, ils constituent le couple le plus en vue de la saison. Pourtant, ils n’ont rien d’Elizabeth Bennet ou de Fitzwilliam Darcy si ce n’est l’apparat et les tenues d’époque. Adapté non pas d’un roman de Jane Austen mais d’une série de livres romantiques de l’autrice américaine Julia Quinn, LA CHRONIQUE DES BRIDGERTON transporte ses spectateurs au temps de la Régence anglaise : une époque où le statut social et l’argent étaient au cœur de tout. C’est peut-être la raison pour laquelle l’arrivée des chroniques de Lady Whistledown, une socialite à la langue bien pendue, perturbe rapidement ce microcosme à une de ses périodes les plus cruciales : la saison des mondanités. 

Lady Whistledown accorde notamment une attention particulière au bijou de la saison : la jeune Daphne Bridgerton (Phoebe Dynevor) qui subit de plus en plus de pression pour se marier. Mais les prétendants ne se bousculant pas, elle décide alors de lier un pacte avec le célibataire le plus en vue de la saison : Simon Basset, duc de Hastings (Regé-Jean Page). Tandis que la jeune femme devient de plus en plus populaire, lui parvient à éloigner les prétendantes un peu trop envahissantes. Entre valses et petits fours, le couple va évoluer sous les yeux de la bonne société londonienne.

Dès le départ, LA CHRONIQUE DES BRIDGERTON ne réussit malheureusement pas à éviter les clichés en construisant sa narration autour d’un couple d’« enemies to lovers ». Lui est autant traumatisé par son père. Elle est innocente et reste insensible à son charme. Pourtant, le jeu de rôles qu’ils jouent deviendra rapidement une réalité difficile à éviter. Autour d’eux évoluent de nombreux personnages tout aussi clichés à l’instar du frère moralisateur mais peu moral (Anthony Bridgerton, Jonathan Bailey), la sœur indépendante et féministe (Éloïse Bridgerton, Claudia Jessie), les voisins en mauvaise posture sociale (la famille Featherington) ou encore la romantique (Penelope Featherington, Nicola Coughlan). Pourtant, malgré la richesse potentielle de ces personnages, les intrigues restent prévisibles et vides de sens. 

Mais, en dépit de ces nombreux clichés, la série se voulait résolument moderne à l’instar des autres productions du studio ShondaLand à qui le public doit Grey’s Anatomy ou encore Scandal. Ainsi, il est difficile de ne pas se laisser emporter par les ré-interprétations de chansons modernes puisque Taylor Swift, Billie Eilish et Ariana Grande donnent le ton dans de nombreux bals d’époque.

Aussi, la série affiche une diversité qui est souvent caractéristique des productions de ShondaLand. Il y a des années, Shonda Rhimes avait notamment marqué un tournant dans l’histoire du petit écran en créant Scandal et en donnant le rôle principal à une femme noire : une première pour une série en diffusée en prime time sur une chaîne de network. Cet exploit mérite d’autant plus d’être soulignée qu’Olivia Pope (Kerry Washington) avait réussi à s’imposer dans le Panthéon des rares personnages féminins forts et indépendants. Néanmoins, la diversité affichée par LA CHRONIQUE DES BRIDGERTON reste superficielle alors que la société dans laquelle évoluent les personnages semble être dénuée de racisme. La question de la couleur de peau n’étant elle-même évoquée qu’une seule fois concernant les opportunités ouvertes par le mariage du roi avec la reine Charlotte de Mecklembourg-Strelitz.

Mais avant tout, les productions de Shonda Rhimes se sont régulièrement distinguées par leur traitement de la sexualité. La showrunneuse ayant notamment redoré le blason de la sexualité féminine en l’imposant sur les chaînes publiques grâce à Grey’s Anatomy, Scandal ou encore How to Get Away with Murder. Ainsi, entre Daphne et Simon, s’il n’y a qu’un pas entre la haine et l’amour, il y a surtout beaucoup de sexe. Or, une scène se distingue de toutes les autres puisque LA CHRONIQUE DES BRIDGERTON montre une scène de viol, mais ne la représente pas en tant que telle. Une partie de l’intrigue de la série repose sur le manque de clarté entre « ne pas pouvoir » et « ne pas vouloir » des enfants ainsi que sur la méconnaissance de Daphné de la sexualité. Or, celle-ci clarifie ces sujets en violant Simon. Décidée à avoir des enfants contre la volonté de ce dernier, la jeune femme prend le dessus lors d’un rapport sexuel et se positionne afin qu’il ne puisse pas se retirer. Lorsqu’il se rend compte du piège, Simon, alarmé, essaie de s’éloigner et crie à Daphné de s’arrêter. Mais elle, ne s’arrête pas.

Un consentement, aussi mal exprimé soit-il, ne justifie pas de relations sexuelles non consensuelles. Et priver Simon de son consentement à la fois au sexe et à la paternité est un viol.

Le problème est que les scénaristes ne considèrent absolument pas cette scène comme telle et fonde la narration de l’épisode sur la trahison et la rage. Et non pas celles de Simon envers Daphné mais l’inverse. Celle-ci étant furieuse des mensonges du duc. Avec cette scène, LA CHRONIQUE DES BRIDGERTON sape toute sa crédibilité concernant la sexualité et remet en question les limites du consentement. 

En plus, il serait possible d’évoquer l’esthétique un peu fausse de la série, les costumes étranges ou encore les canons de beauté. Ainsi, comme a pu le remarquer Jennifer Padjemi, pour la première fois à la télévision, le physique de la femme (Daphne) est plus « accessible » que celui de l’homme (Simon) qui est objectivement très beau. Mais cela n’arrivera pas à faire oublier aux spectateurs que malgré toutes ses promesses, LA CHRONIQUE DES BRIDGERTON n’est qu’un divertissement assez pauvre mais juste assez sexy pour faire oublier la réalité pendant huit heures. 

Sarah Cerange

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Titre original : Bridgerton • Réalisation : Chris Van Dusen • Acteurs : Adjoa Andoh, Jonathan Bailey, Phoebe Dynevor, Regé-Jean Page, Luke Newton, Claudia Jessie, Nicola Coughlan •Date de sortie : 25 décembre 2020• Durée : 8x52-72 min
3
Addictif
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