Derrière le cocktail explosif de la nouvelle sensation de Canal+, une galerie de personnages captivants et obstinés, prêts à tout pour protéger les leurs.

Don Minu, parrain italien sur le déclin, veut revenir sur le devant de la scène. Pour convaincre ses ennemis que les années n’ont pas écorné sa réputation, il avance un argument de taille : cinq tonnes de cocaïne extra pure. Emma et son frère Chris, à la tête d’une entreprise de fret maritime, sont chargés d’acheminer la marchandise depuis la ville mexicaine de Montserrey, où les barons de la drogue règnent en maîtres. Mais Stefano, le petit-fils de Don Minu qui lui voue secrètement une haine sans borne, mettra tout en œuvre pour que la cargaison n’arrive jamais à destination.

Roberto Saviano n’a pas fini d’inspirer le monde du cinéma. Les récits du journaliste et écrivain italien, célèbre pour avoir dépeint avec une précision inégalée les rouages de la mafia de son pays, ont déjà été plusieurs fois portés à l’écran. Outre le convaincant Piranhas, sorti en salles pas plus tard qu’en juin dernier, les adaptations de son roman Gomorra ont particulièrement marqué les esprits. Le film éponyme, signé Matteo Garrone (Dogman, Pinocchio), a décroché en 2008 le Grand Prix du festival de Cannes. Quant à la série du même nom, en cours depuis 2014, elle s’offre à chaque saison une très belle réception critique, grâce au talent de son réalisateur Stefano Sollima.

Photo de la série ZEROZEROZERO

Derrière ZEROZEROZERO, on retrouve le même duo : Sollima aux commandes, qui s’empare à nouveau de l’œuvre de Saviano. Manque d’originalité ? Déjà-vu décevant ? Rien de tout ça. Si les bandes organisées et le trafic de cocaïne justifient la trame de la série, elles font seulement office de toile de fond. Le sujet est balayé par ses personnages saisissants, qui luttent avec acharnement contre une fatalité implacable, qui forgent eux-mêmes leur propre chemin. Maladie ou religion, gangs ou djihadistes, les ennemis prennent des formes diverses, mais ne parviennent jamais à stopper la détermination de ces anti-héros maudits, condamnés mais jamais vaincus.

Plus que le pouvoir, l’argent ou l’honneur, la famille est placée tout en haut de leurs échelles de valeurs. Quels que soient les liens qui les unissent, génétiques ou non, ils sont prêts à montrer les crocs lorsque l’on touche aux leurs. Des quartiers défavorisés de Montserrey aux montagnes de Calabre, en passant par le désert du Sahara, les différents camps s’affrontent, collaborent, entrechoquent leurs destinées. Les moments de complicité comme les étreintes brisées suffisent à justifier les plus grands sacrifices. Finement nouées les unes aux autres, les intrigues auraient presque pu fonctionner de manière indépendante, pour former trois mini-séries, aussi noires que leur cocaïne est blanche.

Photo de la série ZEROZEROZERO

La force des personnages tient beaucoup à l’excellent casting de la série, porté par Andrea Risborough (Oblivion, Black Mirror) et Dane DeHaan (Chronicle, Valérian). Elle parvient à transmettre les peurs et les colères d’Emma à travers un regard hypnotique, lui se sert de sa mâchoire pour exprimer toute la frustration de Chris face à sa maladie dégénérative. Stefano, Don Minu et Manuel, un militaire mexicain à l’ambition démesurée, ne sont pas en reste ; leurs interprètes livrent chacun des performances remarquables.

En seulement huit épisodes, ZEROZEROZERO instaure une tension dramatique puissante tout en décrivant en filigrane les ravages de notre société mondialisée. Le dénouement laisse à penser qu’une deuxième saison pourrait être envisagée. De quoi nous rendre, nous aussi, complètement accros.

Valentin

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ZEROZEROZERO, carambolage de destinées dans un trafic mondialisé - Critique
Titre original : ZeroZeroZero
Créateur.rice.s : Stefano Sollima
Acteurs : Andrea Riseborough, Dane DeHaan, Harold Torres
Date de sortie : Février 2020
Durée des épisodes : 52 minutes
3.5Captivant
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ZEROZEROZERO, carambolage de destinées dans un trafic mondialisé – Critique

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