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POISSONSEXE, portrait d’un mâle amer en mal d’amour – Critique

À la croisée des genres, cette romance dépeint avec tendresse la solitude contemporaine dont souffrent ceux qui ne rentrent pas dans les cases.

Dans un futur proche, les océans se sont vidés de leurs poissons. Seuls subsistent Miranda, la dernière baleine de la planète, et quelques spécimens de laboratoire. Daniel, scientifique à la barbe hirsute et dévoreur de donuts, a pour objectif de redonner à ces derniers l’envie de copuler. Un défi de taille, surtout quand lui-même désespère de trouver l’amour et de fonder une famille. Il faut dire qu’à Bellerose, une petite ville côtière sans histoire, les occasions se font rares. Mais lorsqu’il tombe nez à nez avec un drôle d’amphibien rescapé, son quotidien se retrouve bouleversé : l’esprit cartésien se prend à nouveau à rêver.

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Peut-on encore réellement croire en la force de l’amour dans un monde aussi détraqué ? Voici en substance la question que pose le dernier film d’Olivier Babinet. Naïve en apparence, elle se révèle toutefois pertinente : à l’heure où de plus en plus de jeunes refusent d’avoir des enfants pour des motifs écologiques, elle interroge la survie même de l’espèce. Dans le futur imaginé dans POISSONSEXE, les animaux marins sont déjà quasiment condamnés, mais ce triste constat n’est qu’une toile de fond permettant de mieux exposer la solitude des êtres humains. Eux-aussi semblent perdus dans l’immensité de l’océan, incapables de nouer des liens malgré les prouesses des nouvelles technologies.

Notre critique de SWAGGER, de Olivier Babinet

Pour que Daniel se rapproche de Lucie, une vendeuse de station service aux cheveux rose pâle, il ne faudra pas moins qu’un axolotl. Cette créature à mi-chemin entre le poisson et le lézard, aussi intrigante qu’attachante, scellera le début d’une relation fragile. Car tous deux doivent encore cicatriser d’un passé douloureux et trouver les mots à la hauteur de leurs attentes apparaît trop complexe. Daniel, « vieux morse trop fatigué pour prendre la mer », préfère se réfugier dans la boisson ou étudier le langage des piranhas, plutôt que d’ouvrir son cœur sur son désir impérieux d’avoir des enfants.

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Gustave Kervern, parfait en ours penaud et mal léché, parvient à rendre son personnage presque aussi touchant que son nouvel animal de compagnie. Quant à India Hair, bien trop peu sollicitée depuis sa nomination au César du meilleur espoir féminin pour Camille redouble, elle apporte une fraîcheur épatante. Au final, le duo évoquerait presque Les Émotifs Anonymes, le charme délicat en moins. Malgré quelques dialogues sombrant dans le pathos et une bande originale un poil trop larmoyante, la tendresse qui émane de ces êtres esseulés ne peut qu’émouvoir.

Notre critique de CAMILLE REDOUBLE

Science-fiction, romance, drame… POISSONSEXE navigue habilement entre les genres, et se permet même, à bon escient, une dose d’humour potache. Des répliques loufoques, telles qu’un « Rendez-moi mon sperme ! » scandé à pleins poumons, ponctuent les moments plus sérieux, et insufflent une bouffée d’air marin à l’ensemble. Une preuve que les films français qui misent sur l’originalité ne sont pas encore, pour leur part, en voie de disparition.

Valentin

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Titre original : Poissonsexe
Réalisation : Olivier Babinet
Scénario : Olivier Babinet, David Elkaim
Acteurs principaux : Gustave Kervern, India Hair, Alexis Manenti
Date de sortie : 26 août 2020
Durée : 1h29min
3
Tendre

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