L’OISEAU DE PARADIS est une première dans bien des domaines : premier long métrage de Paul Manate, premier film tourné à Tahiti en langue tahitienne avec des acteurs tahitiens autour de trois acteurs professionnels. Et c’est une première véritablement réussie !

L’OISEAU DE PARADIS est plus qu’un film, c’est une expérience sensorielle, organique et mystérieuse, à la manière d’un film de Terrence Malick. Un film qui parvient à provoquer des sensations à fleur de peau et à laisser le champ libre à l’émotion à l’état pur, sans donner d’explications rationnelles. Un film qui, au travers de ses deux personnages charismatiques, Teivi (Sebastian Urzendowsky, croisé dans Jessica Forever) et Yasmina (Blanche-Neige Huri, dont c’est le premier rôle à l’écran), parvient à immerger complètement le spectateur empathique dans un récit incroyable qui mêle habilement thriller et fantastique, traditions et secrets. Mais surtout dans les nuances de la culture polynésienne, comme si le spectateur était un polynésien lui-même.

notre critique de Jessica Forever

Pour son premier long métrage, le réalisateur Paul Manate offre donc une intrigue à la hauteur de ce que représente, pour celui qui y a passé son enfance et pour ses habitants, la Polynésie française, dont l’île de Tahiti, son histoire et ses traditions. Avec sa co-scénariste Cécile Ducrocq, ils donnent à voir une île qui évolue, tout en conservant l’opposition de deux milieux sociaux qui se détestent pour des raisons historiques, d’argent ou de racisme. Celui des riches métis, comme Teivi, jeune assistant parlementaire auprès du député Gilot (Patrick Descamps) et celui des pauvres maoris, comme sa lointaine cousine Yasmina qu’il avait perdue de vue.

Deux milieux qui s’affrontent par le biais d’un projet immobilier touristique défendu par le député Gilot, sur le territoire historique de la population maorie qui refuse de partir. Mais le combat est inégal au-delà d’un dialogue impossible : Teivi, symbole par son métissage d’un pont inachevé entre les deux cultures, emploie des méthodes illégales pour obliger les maoris à partir quand ceux-ci se retranchent derrière le seul mode de communication qu’on leur autorise à avoir, en l’absence d’éducation : leur violence atavique.

L’OISEAU DE PARADIS est plus qu’un film, c’est une expérience sensorielle et organique, qui garde jusqu’au bout sa part de mystère et d’inexpliqué grâce à ses acteurs magnétiques et à sa musique énigmatique

Bien que très différents, autant par leur horizon que par leur caractère, Teivi et Yasmina ont pourtant de nombreux points communs, qui vont les faire se rapprocher à un moment dangereux dans la vie de Teivi. Solitaires, introvertis, observateurs de leur entourage, parfois sans gêne dans leur approche au monde, ils se sont tous deux construits en portant chacun un lourd fardeau familial et culturel. Élevés par deux êtres emblématiques décédés, Teivi et Yasmine ont très bien compris qu’ils n’arriveront jamais à la hauteur de leur réputation. Et qu’ils ne seraient jamais dignes de cette pression. Ainsi le père de Teivi était-il à la fois poète et député très apprécié et sa mère, malade d’Alzheimer, est désormais complètement à sa charge, aux côtés de sa sœur Cécilia.

La mère de Yasmina était une femme reconnue pour ses grands pouvoirs magiques, dont Yasmina semble avoir hérité, mais sans avoir eu le temps d’apprendre à bien les utiliser. Ce sont surtout les autres qui la craignent pour ce fameux don, malgré ses visions qui ne sauvent pas toujours du danger ceux qu’elle a prévenus. Son propre père étant défaillant, Yasmina se retrouve sous la tutelle de sa tante qui l’exploite, va au lycée sans parvenir à s’intégrer, essaye de travailler dans l’hôtel dans lequel Teivi l’a pistonnée. Yasmina est une jeune femme qui a le mérite d’essayer de trouver sa place, trop souvent ramenée malgré elle à ce qu’elle cherche le plus à fuir.

Mais ce qui sauve Yasmina, ce sont les légendes qu’elle raconte à ses cousins et ses nièces, et qui prennent vie à l’écran, participant à l’atmosphère mystérieuse du film. Et ce qui donne de l’oxygène à Teivi, c’est son pouvoir de séduction et son plaisir de danser dans la boite de nuit Paradise Night. Lieu dans lequel se perdent les jeunes pour oublier d’où ils viennent et leurs difficultés à s’extraire de leur milieu d’origine. Lieu dans lequel le film commence et là où il finit. Comme un tour rebelle du destin. L’OISEAU DE PARADIS se révèle donc un beau film, qui garde jusqu’au bout sa part de mystère et d’inexpliqué grâce à ses acteurs magnétiques et à sa musique énigmatique.

Sylvie-Noëlle

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L'OISEAU DE PARADIS, le poids de la famille - Critique
Titre original : L’oiseau de paradis
Réalisation : Paul Manate
Scénario : Paul Manate, Cécile Ducrocq
Acteurs principaux : Sebastian Urzendowsky, Blanche-Neige Huri, Patrick Descamps
Date de sortie : 24 mai 2020
Durée : 1h29 min
3.5Hypnotique
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L’OISEAU DE PARADIS, le poids de la famille – Critique

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