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Crédits : Bruno Calvo / Netlix

BIGBUG, mauvais téléfilm signé Jean-Pierre Jeunet – Critique

Premier long-métrage depuis près de dix ans, BIGBUG a été discrètement diffusé sur Netflix sans festival ni couverture presse. Un constat qui en dit long sur la qualité de ce nouveau film de Jean-Pierre Jeunet.

Connu pour ses films publicitaires et ses clips, Jean-Pierre Jeunet a gagné sa réputation de cinéaste mondialement reconnu grâce à ses œuvres originales et audacieuses comme Delicatessen (1991) et Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (2001). Presque dix ans après son dernier film (L’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, 2013), le réalisateur est de retour avec BIGBUG, une comédie futuriste en huis-clos diffusée sans annonce par Netflix.

Après avoir plongé à plusieurs reprises son public dans le passé, Jean-Pierre Jeunet propose cette fois-ci une ambitieuse immersion dans le futur avec BIGBUG. Le réalisateur situe son histoire en l’an 2045 quand l’intelligence artificielle a envahi nos quotidiens en offrant des réponses à tous les désirs de l’humanité. Mais lorsque des androïdes décident de prendre le contrôle du monde, quatre robots domestiques décident soudainement de prendre en otage leurs maîtres pour les protéger. Dans cette banlieue résidentielle, les membres d’une famille recomposée doivent alors apprendre à cohabiter ensemble ainsi qu’avec leur voisine et son robot sexuel pour le moins étrange.

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Crédits : Bruno Calvo / Netlix

Avec BIGBUG, Jean-Pierre Jeunet propose une énième version d’un sujet déjà traité en long et en large dans le septième art. Peu ambitieuse cette fiction prend vie dans un monde qui oscille entre un univers vintage et un futur aux faux airs de Bienvenue chez les Robinson (Stephen J. Anderson, 2007). Néanmoins, bien loin de cette atmosphère plutôt bon enfant, le cinéaste français plonge son public dans une satire où tout n’est réellement que vulgarité et désespoir. Malgré un excellent casting comprenant Elsa Zylberstein, Isabelle Nanty, Stéphane De Groodt et Alban Lenoir, BIGBUG tient fébrilement avec des personnages excentriques qui évoluent dans un décor de studio aussi réaliste qu’une scénographie de Scènes de ménages.

En plus d’être insipides et plutôt détestables, ces individus sont tellement caricaturaux qu’ils en deviennent ridicules. Derrière cet univers défraîchi, Jean-Pierre Jeunet essaie vainement de critiquer la dépendance à la technologie. BIGBUG porte un regard simpliste sur une époque inaccessible pour un réalisateur qui semble désabusé au point de ne plus savoir filmer sa réalité. Avec des plans répétitifs, des transitions grossières et des arcs narratifs aussi navrants que prévisibles, BIGBUG se perd dès les premières minutes. Après plusieurs années loin de la réalisation, Jean-Pierre Jeunet semble s’être perdu à tel point qu’il a récemment avoué s’être démené pour que le film sorte en salles. « J’ai frôlé la dépression, j’étais très déprimé à l’idée de ne pas pouvoir tourner », a-t-il confié à l’AFP. Finalement, faute de distributeurs et de producteurs, BIGBUG n’a pu voir le jour que grâce à Netflix, qui a mis en ligne le long-métrage mais de façon discrète.

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Crédits : Bruno Calvo / Netlix

Seul point positif de ce film, Einstein est l’un des robots construits par Pascal Molina, superviseur animatronique. À côté de Decker (le robot nettoyeur inspiré de Wall-E) et de Tom (le robot jouet), ce personnage a été créé de toutes pièces par l’ingénieur qui avait déjà travaillé avec Jean-Pierre Jeunet sur la main en bois de Michel Vuillermoz dans Un long dimanche de fiançailles (2004). Avec plus de 80 moteurs et un système fonctionnant par reconnaissance faciale, Einstein est l’invention la plus fascinante du film mais aussi son unique intérêt.

Ainsi, après près de dix ans d’absence, Jean-Pierre Jeunet revient avec un long-métrage décevant aux personnages exécrables et au scénario pour le moins insipide. Censé être une satire contemporaine, BIGBUG se réduit finalement à un regard conservateur porté sur les nouvelles technologies. Sauf que celui-ci qui correspond plus à un fantasme qu’à une réalité. Les seuls à apprécier ce film seront sûrement ceux qui se retrouvent souvent à critiquer une époque ultra-connectée sans n’avoir jamais fait l’effort d’en comprendre la profondeur et les subtilités.

Sarah Cerange

Note des lecteurs14 Notes
Titre original : BigBug
Réalisation : Jean-Pierre Jeunet
Acteurs : Elsa Zylberstein, Isabelle Nanty, Stéphane de Groodt, Claude Perron
Date de sortie : 11 février 2022
Durée : 111 minutes
1.5
Navrant

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Jean pinguet
Jean pinguet
Invité.e
17 février 2022 12 h 47 min

Je ne suis pas d’accord avec votre critique. J’ai bien aimé ce côté déjanté de bigbug. Il est plutôt bien construit et m’a fait penser à une pièce de théâtre comique.
Au contraire de vous je pense que c’est un bon film

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