Crédits : Marvel Studios

BLACK WIDOW, un personnage à bout de souffle – Critique

Très attendu depuis la sortie de Avengers : Endgame en 2019, le film consacré à Natasha Romanov tient ses promesses, mais précipite le départ d’un des personnages les moins développés du MCU. 

Dans Avengers : Endgame (Anthony et Joe Russo, 2019), sa mort est éclipsée par celle d’Iron Man. Le générique commence à peine à défiler que Black Widow (Scarlett Johansson) fait déjà partie du passé. Pourtant, les spectateurs avaient retenu leur souffle en voyant mourir Natasha Romanov, un des personnages historiques de la saga Marvel. Mais bien qu’elle ait été présentée dès Iron Man 2 (Jon Favreau, 2010), il aura fallu attendre sa disparition pour avoir droit à un film en son honneur malgré la présence d’un projet dans les tiroirs depuis 2004. 

Avec BLACK WIDOW, la réalisatrice Cate Shortland joue avec la chronologie du Marvel Cinematic Universe en tentant de construire rétroactivement l’histoire d’un personnage disparu. Ainsi, la majorité du long-métrage se passe juste après Captain America : Civil War (Anthony et Joe Russo, 2016) quand Natasha est alors une fugitive séparée du reste des Avengers. Pendant sa fuite, elle découvre que la Chambre Rouge est toujours en activité, que son chef Dreykov est toujours en vie mais aussi que des black widows sont manipulées. Pour faire face à cette menace, l’héroïne renoue avec la « famille » qui lui servait de couverture aux États-Unis. Accompagnée de son père (Alexei Shostakov/David Harbour), de sa mère (Melina Vostokoff/Rachel Weisz) mais surtout de sa petite soeur (Yelena Belova/Florence Pugh), Natasha Romanov va devoir replonger dans son passé. 

Crédits : Marvel Studios

Nul doute, BLACK WIDOW est un film de super-héros tout à fait correct. Les scènes d’action sont multiples et les héroïnes sont toujours présentes pour courir vers la caméra sur un fond d’explosion. Cate Shortland, première réalisatrice derrière la caméra d’un film du MCU, n’a pas pris de risques et multiplie même les références. Le sifflement entre Natasha et Yelena n’est pas sans rappeler celui de Rue et Katniss dans Hunger Games et les troupes armées de black widows semblent filmées comme dans un long-métrage Star Wars. Un des ennemis, quant à lui, a une tenue similaire à celle du Mandalorian. Très clairement la sûreté est de mise, et malgré quelques initiatives, notamment sur le générique d’introduction, BLACK WIDOW marque un retour aux recettes classiques et conformistes de Marvel. Un triste revirement après la fraîcheur et la créativité qui ont récemment été apportées dans les séries comme Wandavision ou Loki

Aussi, la présence d’une femme derrière la caméra du film semble se ressentir sur la représentation des corps féminins. Très loin d’être aussi sexualisée et objectifiée comme elle l’a été dans Iron Man 2, Natasha Romanov attache enfin ses cheveux pour se battre et porte un costume qui semble d’autant plus pratique que c’est au tour d’un homme d’être engoncé dans une tenue moulante. Néanmoins, il est raisonnable de penser que tout cela ne soit qu’une vaste campagne de feminist washing de la part de Marvel. Un studio qui malgré ses treize ans d’existence n’a toujours pas réussi à offrir un seul personnage féminin aussi construit que ses homologues masculins. Il aura quand même fallu que Black Widow décède pour avoir droit à un film à son nom quand d’autres personnages secondaires (Ant-Man et Doctor Strange pour ne citer qu’eux) en sont déjà à leur deuxième opus. 

Crédits : Marvel Studios

Pour autant, BLACK WIDOW se distingue d’autres films du MCU en abordant des thèmes pesants comme la stérilisation forcée. Une choix scénaristique qui vient conforter le sentiment que Natasha Romanov aurait pu être un personnage complexe et passionnant si seulement il avait été développé. Néanmoins, en abordant également la thématique du libre-arbitre, le long-métrage révèle les faiblesses du MCU. Pour commencer, ce thème a déjà été abordé à travers le personnage de Bucky Barnes (Sebastian Stan) dont Natasha ne semble être qu’une pâle copie. Par la suite, cette réflexion a été développée avec brio dans la série The Falcon and the Winter Soldier. Cette dernière aurait d’ailleurs dû être diffusée après BLACK WIDOW. Ce changement qui aurait dû être imperceptible a finalement créé un chamboulement significatif dans la chronologie de l’univers Marvel. En effet, des réflexions qui aurait dû être introduites dans le long-métrage puis approfondies dans la série ont déjà été développées. Tant et si bien que sur certains aspects, le film ne laisse finalement qu’une impression de déjà-vu. 

D’ailleurs, tout le long-métrage pourrait se résumer à une phrase de Yelena à sa sœur : « I am not the killer that little girls call their hero ». Presque furtive, cette déclaration permet pourtant de relier l’arc narratif de Yelena à celui de John Walker/Captain America (Wyatt Russell) et de Karli Morgenthau (Erin Kellyman) dans The Falcon and the Winter Soldier. Avec cette remarque, Yelena prend définitivement le pas sur Natasha en se révélant être à la fois intelligente, sarcastique et vulnérable. Tout ce que le personnage de Scarlett Johansson n’a jamais eu l’opportunité d’être. Au final, Natasha Romanov n’a jamais eu l’occasion de voir son personnage être développé : ce dont bénéficie Yelena Belova dans ce film. Il aura fallu que Natasha meure pour que Yelena vive.

BLACK WIDOW, qui aurait dû être un film hommage à Natasha Romanov, n’est finalement qu’un enterrement définitif du personnage. En seulement un long-métrage, Scarlett Johansson est déjà remplacée par une Florence Pugh prometteuse dont le rôle bénéficie déjà de plus profondeur que toutes les autres héroïnes du MCU. Avec des choix sans risque mais efficaces, Cate Shortland semble installer pour quelques temps une nouvelle Black Widow plus complexe et sophistiquée que la précédente.

Sarah Cerange

Note des lecteurs2 Notes
Titre original : Black Widow
Réalisation : Cate Shortland
Acteurs : Scarlett Johansson, Florence Pugh, David Harbour, Rachel Weisz
Date de sortie : 7 juillet 2021
Durée : 133 minutes
3.5
Acceptable
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