Soutenir Le Blog Du Cinéma ? Cliquez ici !
fresh
Crédits : Searchlight Pictures

FRESH, quand le romantisme tourne au cannibalisme – Critique

Dans FRESH, son premier long-métrage, Mimi Cave bouleverse les codes des comédies romantiques en proposant une histoire inattendue sur le cannibalisme portée par Sebastian Stan et Daisy Edgar-Jones.

Comme beaucoup de jeunes femmes du XXIe siècle, Noa (Daisy EdgarJones) enchaîne les rencontres sur les applications. Malheureusement pour elle, tous ces rendez-vous sont désastreux à l’image de celui avec Chad (Brett Dier) qui se révèle être grossier, sale, raciste et susceptible. Si elle a conscience de l’emprise des contes de fées sur sa vie sentimentale, elle n’en est pas moins soulagée lorsqu’elle rencontre Steven (Sebastian Stan) au détour d’un rayon de supermarché. Drôle, gentil et beau garçon, il exerce sur elle une étrange fascination. Finalement, peut-être que des inconnus peuvent toujours tomber amoureux dans la « vraie vie ».

Dès les premières minutes de FRESH, Mimi Cave se joue des codes des films romantiques. L’héroïne est peut-être désabusée par les rendez-vous catastrophiques qu’elle enchaîne mais elle continue pour autant d’y aller avec naïveté et optimisme. Si elle blâme les princesses Disney pour ses déroutes sentimentales, elle continue néanmoins à chercher son âme sœur. Sa rencontre avec Steven est comme le déclic d’une boîte à musique qui se met à jouer une balade romantique. La musique devient douce quand les gros plans dévoilent des sourires gênés et des regards qui tombent amoureux. La caméra virevolte autour d’eux quand ils s’embrassent enfin… « People who believe in true love are fucking idiots » affirme Noa et peut-être n’a-t-elle finalement pas tort. Car c’est après plus d’une demi-heure, lorsque le générique se lance enfin, que la véritable histoire de FRESH commence : celle d’un homme qui enlève des femmes.

fresh
Crédits : Searchlight Pictures

En y réfléchissant, on aurait pu voir les signes annonciateurs de cette terrible révélation : les questions intimes de Steven, la chanson La Fin du monde de Juniore (« Tu voudrais croire que l’histoire se terminera bien ») dans la voiture ou encore les mouvements de la caméra qui scrute la maison avec autant de curiosité que de suspicion. Le décor semble tellement parfait et beau que Noa et le spectateur ne réalisent pas tout de suite que tout est curieusement lisse et sans caractère. Emportés et perdus dans le tourbillon de l’amour, ils se projettent dans un fantasme avec Steven, généreux et charismatique médecin. Ainsi, Mimi Cave s’amuse avec les codes des films romantiques dont elle se joue de la prévisibilité et de la crédulité.

Avec ses gros plans sur la nourriture et des scènes de danse aux allures de clips vidéos, Mimi Cave apporte une fraîcheur au genre du film d’horreur grâce à son expérience dans les courts-métrages. Malgré un certain manque de continuité en terme d’image, FRESH n’en est pas moins visuellement exquis et réussit à emporter le spectateur dans une barbarie pop et colorée qui n’est pas sans rappeler le Grave de Julie Ducournau. Le scénario, signé Lauryn Kahn, contribue à ajouter une ambiguïté dans la relation entre Steven et Noa. D’ailleurs, entre romantisme et cannibalisme, FRESH se démarque grâce à son casting de qualité. Daisy Edgar-Jones, déjà vue dans Normal People, brille par son interprétation de jeune femme déconnectée de la réalité puis en prisonnière terrorisée. Sebastian Stan, quant à lui, poursuit ses choix artistiques intéressants, oscillant depuis sa première apparition dans le MCU entre les blockbusters (355 de Simon Kinberg, Pam & Tommy de Robert Siegel) et les films plus indépendants (Monday de Argyris Papadimitropoulos, The Devil All the Time d’Antonio Campos). 

fresh
Crédits : Searchlight Pictures

Pourtant, FRESH ne réussit pas à convaincre totalement son audience. Certains parlent de « féminisme » (Le Monde) pour évoquer cette ré-écriture du mythe de Barbe-Bleue. Néanmoins les références à la sororité et à l’émancipation des femmes sont à peine présentes, ce qui fait du film de Mimi Cave une œuvre inachevée à la manière du Promising Young Woman d’Emerald Fennell.

Mêlant les codes du thriller, du film d’horreur et de la comédie romantique, Mimi Cave réussit néanmoins à créer un mélange des genres fascinant. En janvier dernier, les producteurs Matthew Greenfield et David Greenbaum avaient d’ailleurs confié « FRESH joue avec les codes du film romantique et donne, avec beaucoup d’originalité, son point de vue sur la précarité des rencontres amoureuses aujourd’hui. » Bien que non abouti sur certains aspects, FRESH n’en est pas moins un film aussi captivant que provocateur sur l’horreur des rencontres à l’ère du digital. 

Sarah Cerange

Note des lecteurs0 Note
Titre original : FRESH
Réalisation : Mimi Cave
Acteurs : Sebastian Stan, Daisy Edgar-Jones, Charlotte Le Bon
Date de sortie : 4 mars 2022
Durée : 114 minutes
3.5
Saignant

Écoutez-nous !

Soutenez-nous !

Soutenez-nous !
Rédactrice
S’abonner
Notifier de
guest

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
0
Un avis sur cet article ?x