promising young woman
Crédits : Focus Features

PROMISING YOUNG WOMAN et les limites du label « féministe » – Critique

Alors que le film d’Emerald Fennell n’est pas encore sorti en France, il est déjà projeté sur les campus américains. Labellisé comme “féministe”, le long-métrage ambitionnerait de faire éclore une conversation sur les agressions sexuelles dans les universités. Mais le film se prête-t-il vraiment à ce sujet ? 

Avec sa perruque colorée et son sourire narquois, Cassie semble respirer la joie, la bonne humeur et la douceur. Jusqu’à ce que son maquillage ne se défigure en une expression frôlant l’obsession et la folie. Car l’héroïne, interprétée par la fantastique Carey Mulligan, n’a rien d’une gentille fille. D’ailleurs, c’es toute la vie menée par la jeune femme qui n’a rien de ce qu’elle a l’air : barista le jour, vengeuse la nuit. Aussi brillante que manipulatrice, elle n’a qu’un objectif dans la vie : prendre sa revanche sur les hommes qui n’hésitent pas à abuser de jeunes femmes vulnérables. Tous les soirs, elle se rend dans un bar différent pour faire semblant d’être saoule et attendre de voir si les hommes abuseront d’elle.

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Crédits : Focus Features

PROMISING YOUNG WOMAN a du cran. Dans les sillages du mouvement #MeToo, Emerald Fennell a décidé de semer un doute dans l’esprit de ses spectateurs en leur posant une question qui semblait pourtant sans appel : Et s’il n’y a pas d’hommes bons ? Et si tous les hommes n’étaient que des prédateurs en puissance ? Pour appuyer son propos, la réalisatrice s’est appuyée sur un casting subtil mais efficace, choisi spécifiquement pour l’occasion. Ainsi, Adam Brody, le premier homme à tomber dans le piège de Cassie est avant tout l’incarnation de Seth Cohen, l’adolescent attentionné et un peu gauche de Newport Beach. Max Greenfield ? Il restera toujours le colocataire perfectionniste de Jess dans New Girl. Chris Lowell ? L’amoureux transi de Veronica Mars. 

Le fait que les prédateurs du film soient joués par des figures familières du public souligne l’argument principal d’Emerald Fennell : n’importe qui peut être un agresseur. 

Mais en souhaitant redonner le pouvoir à Cassie sur ces hommes, PROMISING YOUNG WOMAN n’en est pas pour autant un film féministe. Loin de là, puisqu’au lieu de réaliser le portrait d’une femme forte qui récupère son pouvoir et bouscule les fondations du patriarcat, le spectateur assiste à un rape and revenge des plus classiques.

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Crédits : Focus Features

En regardant Carey Mulligan éduquer des hommes dans PROMISING YOUNG WOMAN, il n’est pas difficile de penser au classique du genre : Jennifer’s Body (Karyn Kusama, 2009). Pourtant, c’est surtout au court programme Sweet/Vicious de Jennifer Kaytin Robinson que nous fait penser la réalisation d’Emerald Fennell. Dans la série, deux étudiantes, Jules (Eliza Bennett) et Ophélia (Taylor Dearden), décident de se venger des agresseurs sexuels de leur université. Leur motivation réside dans le refus de l’administration de poursuivre les violeurs afin de protéger la réputation de l’établissement et des jeunes hommes.

Tout comme dans PROMISING YOUNG WOMAN, les coupables sont surtout des jeunes hommes prometteurs (« Promising Young Man ») qui ne devraient pas voir leur avenir être gâché par « une petite erreur de parcours« . Au final, il n’est pas nécessaire d’être un sadique pour apprécier la confusion dans le regard des agresseurs de Cassie quand ils comprennent que la jeune femme est là pour leur donner ce qu’ils méritent… mais au fur et à mesure de l’histoire, les frontières s’estompent. Dans le film d’Emerald Fennell, la justice n’apparaît finalement plus que comme un système imparfait qui encouragerait les femmes à devenir aussi violentes et instables que les hommes. 

En souhaitant redonner le pouvoir aux survivantes, la réalisatrice leur offre un film qui leur rappelle surtout que la justice n’est qu’un mythe.

Si Carey Mulligan est fascinante dans son interprétation et donne une sensibilité unique à son personnage, la caméra d’Emerald Fennell est quand à elle tranchante et sans appel. Les costumes sont subtils mais efficaces en contribuant à créer une ambiance particulière autour du personnage de Cassie. Néanmoins, l’appréciation globale qui a été faite de ce film ainsi que sa critique du système judiciaire nécessitent de remettre en question l’étiquette “féministe” qui a été collée sur son affiche en raison du sexe de sa protagoniste au risque de la glorification de son traumatisme.

Les films labellisés comme “féministes” parce qu’ils racontent la vengeance d’une femme ne profitent à personne d’autre qu’au patriarcat. Et les présenter comme tel, surtout lorsqu’il s’agit de l’éducation d’étudiants, est absurde si ce n’est dangereux. En espérant néanmoins, que les campus américains réussissent à aborder cette question épineuse avec tact et diplomatie, à défaut d’avoir choisi une réalisation plus adaptée au sujet des violences sexuelles comme la mini-série Unbelievable.

Sarah Cerange

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Titre original : Promising Young Woman
Réalisation : Emerald Fennell
Acteurs : Carey mulligan, Bo Burnham, Alison Brie, Laverne Cox
Date de sortie : 5 mai 2021
Durée : 113 minutes
3.5
Intéressant

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