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Crédits : Rectangle Productions, France 2 Cinéma, Les Films de Françoise

L’AMOUR ET LES FORÊTS, Efira / Poupaud brillants dans un thriller psychologique Rohmérien – Critique

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On se souvient de leur flamboyante collaboration dans le Victoria de Justine Triet, en couple d’amis. Virginie Efira, avocate à bout de souffle, tentait de défendre les paradoxes légèrement pervers de Melvil Poupaud en jeune marié farfelu et paumé. Avec L’AMOUR ET LES FORÊTS, présenté au Festival de Cannes, Valerie Donzelli (Notre-Dame, Marguerite et Julien) les réunit à nouveau pour incarner cette fois-ci un couple, Blanche et Grégoire, mari et femme enchaînés dans une relation perverse et dysfonctionnelle. Lucide, intense et percutant.

Blanche est professeur de français. Rêveuse, contemplative et fusionnelle aussi, avec sa sœur jumelle et sa mère. Un soir elle rencontre Grégoire, séduite par sa détermination, son éloquence et sa passion, elle s’offre à lui. L’amour n’attend pas. Elle troque la mer de sa Normandie natale et adorée contre les forets sinueuses de Metz où elle déménage avec lui. La suite, les mécanismes invisibles de l’emprise et la descente aux enfers d’une femme amoureuse, Valérie Donzelli le filmera tout en naturalisme et en couleurs primaires. Du rouge et du bleu pour des plans qui nous parlent d’amour et d’effroi, des couleurs qui nous racontent sans concessions la porosité qu’il existe inlassablement entre amour et rapport de force ; bienveillance et obéissance.

Photo du film L'AMOUR ET LES FORÊTS
Crédits : Rectangle Productions, France 2 Cinéma, Les Films de Françoise

La réalisatrice qui co-écrit le scénario avec Audrey Diwan (L’événement) propose avec L’AMOUR ET LES FORÊTS une adaptation du roman d’Eric Reinhardt à la densité exponentielle dans laquelle le couple Efira / Poupaud, la complexité chevillée au corps, nous plonge avec densité dans les mécanismes impénétrables de l’emprise lorsque l’amour, berceau de toutes les promesses se meut avec la plus grande des délicatesse en aliénation psychique, lorsque l’amour, au détour d’une phrase ou d’un regard, se meut comme une lente glissade vers un endroit qu’il n’aurait même pas su imaginer…

A la lecture du pitch, on pourrait penser à Mon Roi de Maïwenn, Nous ne vieillirons pas ensemble de Maurice Pialat et toutes ces amours toxiques dont le cinéma s ’empare de puis la nuit des temps, mais avec L’AMOUR ET LES FORÊTS, Valérie Donzelli réussit un triple pari, celui d’abord de créer une histoire atemporelle. Avec un style très Rohmérien, des couleurs Godariennes et des choix esthétiques très Nouvelle Vague (et donc surannée), elle fait de son récit une histoire transposable à l’infini. Une histoire sans âge, sans date et sans époque, l’histoire des femmes d’hier et d’aujourd’hui entre les murs de la maison, une fois la porte fermée. Et il y a ce grain particulier apporté par Laurent Tanguy, directeur de la photographie, qui auréole le récit d’une enveloppe presque feutré, une chaleur qui vient percuter de plein fouets l’écriture clinique et Hitchcockienne qui fait la force de ce thriller psychologique. Valérie Donzelli joue sur le chaud / froid et dresse un récit à l’image de l’histoire qu’elle met en scène : un homme à la main de fer dans un gant de velours. Non seulement avec L’AMOUR ET LES FORÊTS, la réalisatrice s’essaie donc avec panache à un style nouveau, mais elle parvient aussi, et c’est saisissant, a capturer l’échancrure du revirement :le flottement. Le flottement des silences, flottement des mots, flottements des regards et de la sidération. Un flottement qui nous embarque, spectateurs et héroïne dans l’étouffement sourd du mécanisme invisible de l’emprise, du renoncement et de la violence.

Le couple Efira / Poupaud, la complexité chevillée au corps, nous plonge avec densité dans les mécanismes impénétrables de l’emprise.

Face à un Melvil Poupaud sombre et venimeux, Virginie Efira s’illumine, intense et complexe. C’est la seconde fois qu’elle incarne une « femme sous influence », (référence au film de John Cassavetes puisque l’actrice césarisée jouit d’une gratifiante comparaison à Gena Rowlands). Dans Un amour impossible de Catherine Corsini, elle était déjà prisonnière de l’ascendant de Niels Schneider1Film sur lequel ils se sont rencontrés – NDLR, dans L’AMOUR ET LES FORÊTS, elle oscille une fois de plus, puissante, entre vulnérabilité, naïveté et force, prouvant qu’elle est une actrice incontournable. La plus grande certainement de sa génération.

Photo du film L'AMOUR ET LES FORÊTS
Crédits : Rectangle Productions, France 2 Cinéma, Les Films de Françoise

Mais c’est à travers les seconds rôles – impeccables Virginie Ledoyen et Romane Bohringer – que le récit de Valérie Donzelli prend une ampleur plus grande que la brillante démonstration des mécanismes d’une relation perverse, une ampleur plus contemporaine aussi et voit son intensité décuplée. Cette histoire, c’est aussi l’histoire des femmes et l’expression de leur solidarité, la sororité comme on le dit aujourd’hui. Une protection mutuelle que s’offre, par instinct de survie, toutes les femmes entre elles. Et alors les flottements qui tuent deviennent ceux qui protègent, puis qui sauvent. La bataille s’écrit à la lumière du féminin. Valérie Donzelli ne fait ni l’impasse, ni n’édulcore son récit qui, à l’inverse de Maïwenn (Mon Roi, Jeanne Du Barry) opte pour une lecture systémique des relations hommes-femmes sans coupable ni victime, Valérie Donzelli ose montrer le visage de la violence et ses méandres. Fort et lumineux.

Avec L’AMOUR ET LES FORÊTS, Valérie Donzelli offre un film fort, dense et incontournable de vérité au casting parfait. Et même si elle se livre à un exercice de style très réussi, le film s’avère d’autant plus puissant qu’il bénéficie pleinement du contexte de son époque. Une sortie à l’aire post #metoo, en pleine polémique Cannoise sur la présence de Johnny Depp ; entourée de nombreuses tribunes dénonçant les violences faites aux femmes, avec son film, volontairement ou pas, Valérie Donzelli rejoint cette bataille et fait de L’AMOUR ET LES FORÊTS un film puissant, un étendard, un essentiel qui témoigne d’une réalité encore bien trop invisible.

Sarah Benzazon

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Titre original :L'amour et les forêts
Réalisation : Valérie Donzelli
Scénario :Valérie Donzelli, Audrey Diwan
Acteurs principaux : Virgine Efira, Melvil Poupaud, Romane Bohringer, Virginie Ledoyen
Date de sortie : 24 mai 2023
Durée : 1h45min
4.5
Fiévreux et glacial

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