Deux ans après El Reino, Rodrigo Sorogoyen revient avec MADRE, un thriller intimiste le long des plages Landaises.

Pour ce troisième long-métrage, le réalisateur Espagnol délaisse les intrigues policières pour un récit intimiste, celui du deuil d’une mère. Mais s’il semble s’éloigner du genre ce n’est que pour mieux en détourner les codes.

L’origine du film provient d’un précédent court-métrage (également intitulé Madre) que le réalisateur a utilisé comme point de départ à ce long-métrage. Un court-métrage retourné à l’identique qui sert ici de matrice au film. Il s’agit d’une scène inaugurale mise en scène dans un impressionnant plan séquence dans lequel une mère assiste, impuissante, à l’enlèvement de son fils par téléphone. Une séquence terriblement efficace qui fait la démonstration du talent de metteur en scène de Rodrigo Sorogoyen. En une dizaine de minutes, le réalisateur nous emmène à un point de suspense haletant souligné par la tension naturelle qu’engendre le plan séquence. Aussitôt plongé dans ce sentiment d’effroi et de sidération, le véritable récit peut enfin commencer.

Notre critique de El Reino

Photo du film MADRE

© Manolo Pavón

Car avec cette séquence, Sorogoyen nous conduit dans une fausse piste qu’il s’empresse aussitôt de dévoiler. La suite du film ne racontera pas l’enquête de cet enlèvement, il ne racontera même pas la suite immédiate de cet épisode, mais reprendra dix après cet évènement traumatique pour en observer les répercussions sur le personnage de la mère (interprétée par Marta Nieto, prix d’interprétation féminine dans la section orrizonti lors de la 76e Mostra de Venise). MADRE est le récit d’une lente reconstruction, un deuil qui n’en finit pas et qui empêche Elena d’avancer dans sa vie. La jeune femme vit désormais dans les Landes, à l’endroit où a disparu son fils dans le tragique espoir de le retrouver. Mais au cours d’une ballade, elle croise la route d’un adolescent qu’elle croit reconnaitre, une rencontre qui donnera naissance à une relation aussi trouble que fascinante.

Si la séquence inaugurale compose le fondement dramaturgique du film, elle en est également la matrice de mise en scène. En effet Sorogoyen reproduit séquence après séquence le dispositif de cette première scène. Et même s’il ne reprend pas à la lettre la forme du plan séquence, il en retrouve l’esprit en rallongeant les plans et le rythme du montage au moyen de longs suivis au steadicam. Tout au long du film, Sorogoyen n’a de cesse de rallonger ses séquences, de les faire durer, de les prolonger afin d’installer une tension permanente sur laquelle repose un équilibre précaire. Le monde d’Elena est toujours sur le point de céder, de basculer.

Avec MADRE, Rodrigo Sorogoyen prouve qu’il est déjà un grand metteur en scène, loin des intrigues policières il choisit l’épure d’un récit intimiste pour porter un point de vue singulier sur la maternité.

Photo du film MADRE

© Manolo Pavón

C’est cette idée de basculement que le réalisateur cherche à formaliser dans sa mise en scène pour traiter du basculement mental vécu par le personnage principal enfermé dans le souvenir de la perte. La photographie d’Alex de Pablo est composée de courtes focales et de très grands angles qui perdent Elena dans ce décor de longues plages désertiques des Landes. Tout converge à elle et à son errance désespérée sur des paysages de l’âme qui renvoient à son état intérieur.

Cette rencontre avec le jeune Jean est à la fois l’élément déclencheur d’un basculement vers la folie mais également une catharsis pour enfin accepter la perte. Avec MADRE, Rodrigo Sorogoyen prouve qu’il est déjà un grand metteur en scène, loin des intrigues policières il choisit l’épure d’un récit intimiste pour porter un point de vue singulier sur la maternité. Le réalisateur Espagnol, récompensé sur les scènes des festivals internationaux, confirme sa place désormais incontournable dans le paysage du cinéma Européen.

Hadrien Salducci

Votre avis ?

MADRE, errances maternelles - Critique
Titre original : Madre
Réalisation : Rodrigo Sorogoyen
Scénario : Rodrigo Sorogoyen, Isabel Peña
Acteurs principaux : Marta Nieto, Jules Porier, Alex Brendemühl, Anne Consigny, Frédéric Pierrot
Date de sortie : 22 juillet 2020
Durée : 2h09min
4.0excellent
Avis des lecteurs 1 Avis

MADRE, errances maternelles – Critique

0