Crédits : ARP Sélection

MAGIC MIKE, ou le strip-tease masculin made in Soderbergh – Critique

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Il y a quelques mois, la plateforme HBO Max a annoncé la diffusion d’une télé-réalité dérivée de la saga Magic Mike. L’occasion de revenir sur le premier opus diffusé ce soir sur Ciné+. 

Lorsque MAGIC MIKE sortait au cinéma en août 2012, les soirées privées se multipliaient pour séduire un public « cible » : à savoir, des femmes en quête de corps érotisés. Pourtant, réduire ce long-métrage à une simple succession de strip-teases masculins ferait défaut à Steven Soderbergh qui propose un film plaisant et plutôt intéressant. 

Inspiré de la vie de l’acteur Channing Tatum qui y tient le rôle principal de Michael, MAGIC MIKE tente de capture l’ambiance de son passé de strip-steaseur à Tampa quand il avait 18 ans : «  Plutôt que de recréer des épisodes que j’avais réellement vécus, j’ai voulu capturer l’atmosphère et l’énergie de cette période, retrouver ce sentiment d’être à un moment de sa vie où on tente plein de choses et où on est prêt à tout essayer. » Pour donner vie à cette histoire, l’acteur s’est donc entouré de Matthew McConaughey (Dallas) mais aussi de Joe Manganiello (Big Dick Richie), Matthew Bomer (Ken) et Alex Pettyfer. Ce dernier joue Adam, un jeune que Michael décide de prendre sous son aile et d’initier au monde de la nuit. 

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Le monde de la nuit chez Steven Soderbergh c’est surtout un club de strip-tease masculin, le Xquisite qui est dirigé par Dallas. Dans l’enceinte de ces murs, les corps sont érotisés, consommés et parés de mille accessoires aussi excitants qu’absurdes. Entre les performances des acteurs et les chamailleries entre collègues, le réalisateur semble dresser un portrait assez réaliste de cet univers en offrant « une ode brillante au strip-tease masculin ». Le long-métrage se révèle donc intéressant dans la représentation de ces hommes sur lesquels le réalisateur ne porte jamais de jugement. Il choisit d’y raconter l’histoire de Michael qui mène une vie toute à fait tranquille et qui aime son métier. 

Néanmoins, Steven Soderberg alterne ces moments avec d’autres scènes plus dramatiques. Le changement est perceptible et se ressent jusque dans les couleurs utilisées par le réalisateur : un filtre violet pour les scènes nocturnes et un filtre jaune pour le drame diurne. Malheureusement, dans cette narration, les enjeux restent faibles en permanence car il est évident dès le départ que chaque personnage de ce film est voué à un échec. Aussi, la péripétie d’arnaque et de vol est rapidement expédiée et n’intéresse finalement pas beaucoup le public de MAGIC MIKE. En réalité, ce qui fait le charme de cet aspect dramatique c’est le rôle de Channing Tatum qui « croit que la clé du succès est d’avoir plusieurs cordes à son arc » comme l’explique l’acteur.

Lorsqu’il accueille Alex Pettyfer, il est présenté comme une personne bien mais qui quoi qu’il fasse, n’est pas vu comme cela. « Son existence est remplie de gens qui ne le voient que comme un objet de désir. » Les angoisses économiques de la récession sont présentes et ces hommes semblent s’être transformés en marchandises lorsque le rêve américain est devenu un fantasme. D’ailleurs, la musique jouant un rôle majeur dans le long-métrage, les paroles de la chanson Victim de Charles Smith (« Can somebody tell me how did I become a victim of society / All my life, I’ve been trying not to come a certain victim of society ») viennent conforter ce propos. Ainsi, Michael s’éloigne de son rêve d’entrepreuneuriat en prenant de mauvaises décisions et en s’entourant de mauvaises personnes. Le couperet semble lui pendre au-dessus de la tête et le public attend de savoir quand est-ce qu’il va tomber. 

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Certes Channing Tatum est impressionnant mais l’interprète le plus fascinant de MAGIC MIKE reste Matthew McConaughey. L’acteur, qui a rejoint le casting en premier, avait d’ailleurs insisté pour réaliser une performance solo dans le film bien que cela ne soit pas prévu dans le scénario original. Le propriétaire du club, aussi mégalomane qu’attrayant, captive le regard dans toutes ses scènes. En particulier lors d’un cours de danse qui n’est pas sans rappeler une scène culte de Dirty Dancing lorsque Matthew McConaughey apprend à Alex Pettyfer l’art du « bump-and-grind » en lui faisant un discours aussi comique qu’inspirant. Au final, Steven Soderbergh aurait peut-être dû approfondir la relation entre Michael et Dallas à défaut de les avoir choisi comme les deux principaux protagonistes tant la performance d’Alex Pettyfer est anecdotique en comparaison. 

Steven Soderbergh réussit ainsi son pari en plongeant le spectateur dans l’univers du strip-tease masculin. Malheureusement les scènes jaunies constituent la partie la moins intéressante du long-métrage alors qu’elles auraient pu être l’occasion d’approfondir la narration de certains personnages. Néanmoins, le contraste créé par cette atmosphère permet à MAGIC MIKE de dépasser le simple enchaînement de scènes de strip-teases pour offrir un film dramatique que l’on ne s’attendait peut-être pas à avoir en démarrant le générique.

Sarah Cerange

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Titre original : Magic Mike
Réalisation : Steven Soderbergh
Acteurs : Channing Tatum, Alex Pettyfer, Matthew McConaughey, Joe Manganiello, Matthew Bomer, Cody Horn
Date de sortie : 15 août 2012
Durée : 110 minutes
3.5
Surprenant

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