Pour son dernier film, Pierre-François Martin-Laval s’attaque à du lourd: l’adaptation de la bande dessinée Gaston Lagaffe de André Franquin et à ses cinquante années d’existence. Et il ne s’en sort pas si mal.

Il ne s’agit pas ici de s’interroger sur la nécessité, ou non, de transposer au cinéma la bande dessinée Gaston, qui appartient au patrimoine collectif des français et des belges. Ni de répondre à la question de fond que ne manqueront pas de se poser les puristes, fans absolus du personnage de Gaston Lagaffe créé il y a cinquante ans par André Franquin: fallait-il l’adapter? Le phénomène de l’adaptation n’est pas nouveau mais semble s’être accéléré ces derniers mois avec plus ou moins de bonheur. On a ainsi vu fleurir le passage à l’écran de quelques personnages de BD comiques (Le Petit Spirou, Les aventures de Spirou et Fantasio).

Photo du film GASTON LAGAFFE

Le réalisateur Pierre-François Martin-Laval, dit PEF, venu présenter son film à Bordeaux avec son interprète Théo Fernandez, a révélé avoir été choisi en 2014 par la fille de Franquin. Sans doute parce qu’il a souhaité, en fan absolu, “rester fidèle à l’oeuvre et à l’esprit de la BD de Franquin”. On pense que c’est plutôt un bon choix car PEF inspire une indéniable sympathie. Il a gardé son âme et son enthousiasme d’enfant, avec un côté assumé complètement barge, pas très éloigné des personnages et de l’univers de Gaston. On rappelle par ailleurs qu’il avait déjà adapté la BD Les Profs en deux opus avec Mathias Gavarry, avec lequel il a co-écrit le scénario de GASTON LAGAFFE .

Le réalisateur s’est pourtant heurté à une difficulté particulière: celle de faire un film à partir des planches, qui ne forment pas une histoire mais sont une suite de sketchs. De fait, et c’est là qu’on conseille aux puristes de commencer à lâcher prise, PEF a tenté de créer le fil rouge d’une histoire dans un contexte contemporain. Car tout comme Franquin qui avait su faire évoluer son Gaston entre 1960 et 1980, PEF dit “ne pas avoir voulu faire un film d’époque, et avoir tenu bon face à l’opposition et l’incompréhension de l’ayant-droit”. Il avait “envie de parler de son monde et de s’amuser de ce stagiaire qui dort alors que le monde va si vite”.

“Malgré un rythme parfois bancal et des trouvailles assez inégales, on passe quand même un bon moment avec GASTON LAGAFFE.”

Ainsi, GASTON LAGAFFE ne trie plus le courrier dans un journal mais dans la start-up Au petit Coin. PEF en a fait un stagiaire que son patron, le toujours rigide et hurleur Prunelle (PEF lui-même), ne peut virer à cause d’un malentendu. Mais ouf, on retrouve les principaux traits de caractère du Gaston attachant que l’on connaît: sa géniale indolence, son besoin maladif de rendre service et ses incroyables inventions, son décalage permanent avec le monde, sa feignardise légendaire et son envie irrésistible de dormir. Il a toujours plein d’animaux autour de lui et ses deux amis Jules et Manu (Esteban) avec lesquels il joue de la harpe sur un vieux tronc d’arbre.

Le réalisateur dit avoir mis 8 mois pour trouver son interprète, Théo Fernandez, surtout connu pour son rôle dans la trilogie Les Tuche. Mais c’est là où le bât blesse, car Théo en Gaston, on ne parvient pas vraiment à y croire. Même si l’acteur assure, comme Gaston, “pouvoir s’endormir n’importe où et partager les mêmes valeurs: la défense des animaux et l’écologie”. On ne saurait dire  précisément pour quelles raisons: est-ce son jeune âge, son peu de ressemblance physique malgré son pull vert, ses espadrilles et sa démarche ou la façon de sourire, un peu trop niaise, qu’il a composée pour son personnage?

Photo du film GASTON LAGAFFE

Les autres personnages emblématiques de la BD sont évidemment présents, et l’un des enjeux du réalisateur, comme toujours dans ce type d’adaptation, a consisté à choisir si possible, des interprètes plutôt connus du grand public. On retrouve ainsi le riche homme d’affaires et désagréable Monsieur de Mesmaeker (Jérôme Commandeur), qui veut racheter la start-up, et dont les signatures du contrat sont repoussées à cause des bévues de Gaston. Ou la timide Mademoiselle Jeanne (Alison Wheeler), qui a toujours un faible pour le jeune homme. On croise aussi Raoul (Sébastien Chassagne) et Sonia (Charlotte Gabris).

Pourtant, on est moins convaincu par le besoin qu’a éprouvé le réalisateur à vouloir à tout prix transposer certains personnages ou objets de la BD, en totale contradiction avec la modernité qu’il a souhaité insuffler. Il donne ainsi une place encore importante à la vieille guimbarde de Gaston et à l’agent Longtarin, qui harcèle Gaston et ne rêve que de lui coller des PV. Mais le parcmètre est remplacé par une place Livraisons que Gaston s’obstine à occuper. Et voir son interprète Arnaud Ducret affublé d’un faux nez, hurler et gesticuler tout du long, n’apporte pas grand chose au film.

Il faut reconnaître que les scénaristes ont trouvé d’assez bons gags, reprenant certaines inventions de la BD ou les idées loufoques que les employés de la start-up ont trouvées pour revendre sur Internet les objets invendus. On regrette quand même que PEF ne se soit pas lancé dans la création des déguisements improbables que portait Gaston pour aller au bal car niveau imagination, il y avait de quoi faire ! On aurait ainsi aimé ne pas seulement l’entendre dire “m’enfin!” mais aussi “mais si on danse ?“. Malgré un rythme parfois bancal et des trouvailles assez inégales, on passe quand même un bon moment avec GASTON LAGAFFE. À vocation familiale, il trouvera sans nul doute son jeune public, mais décevra sûrement les aficionados. Mais si voir le film donne envie à tous de se (re)plonger avec délectation dans un bon vieux Gaston après la séance, alors ce sera déjà un bon point !

Sylvie-Noëlle

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GASTON LAGAFFE reste fidèle à l'esprit de la BD - Critique
Titre original : Gaston Lagaffe
Réalisation : Pierre-François Martin-Laval
Scénario : Pierre-François Martin-Laval, Mathias Gavary, d’après l’oeuvre de André Franquin
Acteurs principaux : Pierre-François Martin-Laval, Théo Fernandez, Arnaud Ducret, Jérôme Commandeur
Date de sortie : 4 avril 2018
Durée : 1h24 min
2.5Note finale
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