, le dernier long métrage de , a été présenté en avant-première de la Sélection Tour du Monde au Festival du Film de Sarlat.

Pas facile de traverser l’adolescence quand on est, comme le dit son père avec délicatesse, “un peu enrobée”. Pourtant, Juliette (, une véritable révélation dans son premier rôle) se sent juste un peu différente physiquement et ne s’en formalise pas plus que ça. De toute façon, les autres ne trouvent pas vraiment non plus grâce à leurs yeux, sauf sa meilleure amie Léane (Léanne Desilets). Juliette est brillante et possède le principal: l’affection de son père et celle de son frère Pierre-Luc (Christophe Levac), qui va bientôt quitter la maison. Son professeur de lettres porte également un regard positif et encourageant sur elle. Car c’est bien dans le regard d’autrui que l’on existe et que l’on se construit.

Photo du film JEUNE JULIETTE

Et c’est ce que décrit très bien la réalisatrice Anne Émond dans JEUNE JULIETTE, avec beaucoup de malice et sans drame aucun. Le ton se veut enjoué et les dialogues claquent avec rythme et humour. Le sujet du film n’est pas la seule grossophobie, c’est surtout la traversée émouvante de l’adolescence et le parcours d’une jeune fille particulièrement attachante.

Mais ce qui manque le plus à Juliette, c’est la présence de sa mère qui vit à New York depuis plusieurs années. Femme libre ne voulant pas se sacrifier pour ses enfants, elle a pris la décision de partir de la maison, toute dédiée à son travail d’avocate dans l’humanitaire. C’est le père de Juliette () qui gère sa famille depuis. L’adolescence, l’entrée dans l’âge adulte, c’est une période sensible qui nécessite la bienveillance autour de soi, le besoin d’être rassurée. Mais l’épaule féminine, cette référence maternelle indispensable en ce moment crucial de doutes, n’est présente que par de rares échanges par Skype et pendant les seules vacances d’été. Le père fait ce qu’il peut pour materner Juliette, mais sa maladresse et son amour pour sa fille ne suffisent pas toujours.

Tendre chronique de l’adolescence, JEUNE JULIETTE est un film aussi rafraîchissant que profond.

D’autant qu’en cette fin d’année scolaire, l’équilibre de Juliette va être bouleversé par l’amour, qui lui tombe dessus à la vue de Liam (Antoine Desrocher, croisé dans Juste la fin du monde), le meilleur pote de son frère. Il est aussi mince qu’elle est grassouillette, et aussi peu futé qu’elle est intelligente mais c’est cela l’amour… il n’y a pas d’explications. Il y a juste ce frisson, ce petit papillon dans le ventre qu’elle ressent quand elle le croise et qu’il lui sourit. Il devient l’objet de son fantasme, alors qu’elle pressent avoir “hâte de quelque chose, mais elle ne sait pas quoi”. Le travail naturel des hormones, en somme. Et devenue un peu plus vulnérable, dans ce monde des adolescents sans pitié, elle va subir un début de harcèlement de la part de certains garçons pas bien malins du collège. Mais Juliette est suffisamment forte et maligne. L’été va la voir mûrir, faire des choix, se tromper, éprouver jalousie et déception, découverte de l’identité sexuelle. Elle va jouer à être celle qu’elle n’est pas mais surtout, elle va reconnaître ses erreurs, se découvrir, se connaître et s’accepter.

Elle va notamment rencontrer Arnaud (Gabriel Baudet), jeune garçon atypique, à l’occasion d’une journée portes ouvertes de son collège, et se prendre d’affection pour lui, donnant un sens plus fort à l’amitié. Qui se ressemble, s’assemble. Tendre chronique de l’adolescence, JEUNE JULIETTE est un film aussi rafraîchissant que profond, qui fait joyeusement partager au spectateur français la vie au sein d’un collège québécois, ainsi que la culture du pays et de la langue.

Sylvie-Noëlle

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Critique publiée le 15 novembre 2019 lors du Festival du Film de Sarlat.

JEUNE JULIETTE : la traversée de l'adolescence - Critique
Titre original : Jeune Juliette
Réalisation : Anne Émond
Scénario : Anne Émond
Acteurs principaux : Alexane Jamieson, , Robin Aubert
Date de sortie :
Durée : 1h37min
3.5Tendre
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