L’ENNEMI, l’amour à mort – Critique

Pour son dernier long métrage, L’ENNEMI, en compétition au Festival Francophone d’Angoulême, Stephan Streker s’inspire d’un fait divers de meurtre passionnel mais la prestation remarquable de Jérémie Renier ne suffit pas accrocher l’attention du spectateur.

La performance d’acteur de Jérémie Renier dans L’ENNEMI, le dernier film de Stephan Streker, est indéniable. Au centre de ce drame psychologique, il incarne avec intensité son personnage de Louis Durieux, célèbre homme politique belge, qui se retrouve accusé d’avoir tué son épouse Maëva (Alma Jodorowsky) dans leur chambre d’hôtel de la Mer du Nord. Mais au fond, et c’est ce qui peut paraître déconcertant pour le spectateur, ce n’est pas la vérité qui intéresse le réalisateur, mais plutôt la façon dont les émotions traversent son héros. En ce sens, le film rappelle La fille au bracelet, qui avait utilisé déjà ce type de traitement du sujet d’une possible culpabilité.

Grâce à moult flashbacks qui permettent au spectateur de reconstituer par petites touches le parcours chaotique du couple, le film décrit Louis comme un homme tantôt sûr de lui et de son pouvoir de séduction, à qui rien ne résiste, tantôt déstabilisé par Maëva qui, justement, lui résiste. Car L’ENNEMI raconte une histoire d’amour passionnelle, qui amène plus de souffrances que de joies, puisqu’il y est surtout question de possession. Louis a ainsi désiré et vite séduit la jeune femme un an auparavant, l’a épousée puis l’a étouffée symboliquement de son amour. Peut-être l’a-t-il aussi étouffée physiquement cette nuit-là, pour ne l’avoir que pour lui tout seul, et pour toujours. Ou peut-être s’est-elle étouffée elle-même pour en finir avec cette prison dans laquelle son mari l’a enfermée.

Si L’ENNEMI instille très bien une ambiance mystérieuse et donne à voir des scènes oniriques frappantes, comme celles avec les masques ou les rêves, le film se révèle pourtant assez bancal. D’abord parce que le réalisateur ne parvient pas à rendre cette passion touchante ni à susciter l’empathie envers ses personnages. En effet, voir Louis et Maëva se courir après, pleurer, se hurler dessus, se réconcilier, faire l’amour, se regarder ou se taire, est aussi ennuyeux qu’éprouvant. D’autant que le réalisateur a choisi de les montrer en vase clos et de se focaliser sur l’homme, refusant au spectateur l’accès au cercle de pouvoir de l’homme politique, qui aurait pu aider à encore mieux le cerner. Il est juste décrit comme le plus jeune député, et mis à part deux scènes qui le montrent dans l’hémicycle de l’assemblée ou défendre des idées à la radio, on ne connaît ni son parti, ni ce qui le motive.

L’ENNEMI, pourtant inspiré d’un fait réel captivant, se révèle un peu trop nébuleux et perd le spectateur en chemin.

Ensuite, plusieurs situations et dialogues manquent de crédibilité, comme l’absence totale de doute de la part de son fils (Zacharie Chasseriau) ou de son avocate (Emmanuelle Bercot) quant à sa culpabilité. Ou encore les interminables leçons de vie des prisonniers avec lesquels Louis se lie. Enfin, même si l’on sait que l’acteur Jérémie Renier n’hésite pas à adapter son visage pour mieux caractériser son personnage, il se retrouve affublé dans L’ENNEMI d’une coiffure quasi à l’iroquoise qui lui découvre la totalité du front et sur laquelle se focalise inutilement l’attention du spectateur.

Pourtant, le film offre une vision politique non dénuée d’intérêt à propos de la situation territoriale et linguistique en Belgique puisque Durieux, qui se rêve ministre, ne parle ni ne comprend pourtant le flamand. L’opposition entre flamands et wallons surgit d’ailleurs régulièrement dans L’ENNEMI, Durieux étant notamment traité comme n’importe quel autre citoyen en Flandre alors qu’il aurait pu bénéficier de son immunité parlementaire. Dans sa prison, il partage aussi la cellule de Pablo (Félix Maritaud), seulement à cause de leur langue commune et avec lequel il se lie d’amitié sans que l’on comprenne encore bien pourquoi. L’ENNEMI ne parvient pas à être aussi captivant que le fait divers dont il s’inspire et en raison de son aspect trop nébuleux et tortueux, perd le spectateur en chemin.

Sylvie-Noëlle

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Titre original : L’ennemi
Réalisation : Stephan Streker
Scénario : Stephan Streker
Acteurs principaux : Jérémie Renier, Alma Jodorowsky, Emmanuelle Bercot, Felix Maritaud
Date de sortie : NP
Durée : 1h42min
2.5
Nébuleux

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