The Nest (Roberto De Feo)
The Nest (Roberto De Feo)

Paris International Fantastic Film Festival : 5 films à retenir

Quoi de mieux pour clore une année qu’un petit passage par un festival de cinéma de genre ? Et cette année encore, Le Blog Du Cinéma est venu voir du côté du PIFFF (Paris International Fantastic Film Festival), un événement qui ressemble un peu au déballage des cadeaux le soir de Noël, certaines surprises font franchement plaisir, d’autres nous font lever un sourcil interrogatif.

THE WAVE

Photo du film THE WAVEUSA, réalisé par Gille Klabin avec Justin Long, Donald Faison et Sheila Vand

Clipper réputé pour sa capacité à composer des visuels sensationnels avec des budgets serrés, Gille Klabin s’essaie au long-métrage avec THE WAVE, dans lequel un agent d’assurance cynique et opportuniste voit son existence totalement bouleversée par une drogue qu’il a ingérée lors d’une soirée. Le principe d’une substance hallucinogène qui parasite les repères du réel est évidemment propice à des expérimentations visuelles et dès lors le film tout entier pourrait apparaître comme une simple carte de visite, une démonstration du réalisateur en la matière. On retiendra d’ailleurs la scène délirante dans la salle de réunion que les couleurs criardes et la dilatation temporelle rendent aussi drôle qu’anxiogène. Mais au-delà de son ambition esthétique, Klabin entend présenter un véritable scénario et dessiner le parcours entre émancipation et rédemption d’un individu à la fois victime et bourreau de l’Amérique procédurière actuelle, dans un Los Angeles tour à tour clinquant et purulent qui se dévoile progressivement comme l’antichambre d’un royaume cosmique bien plus vaste. Un croisement tardif entre Fight Club et A Scanner Darkly avec l’énergie du Danny Boyle des années quatre-vingt-dix.

EXTRA ORDINARY

Photo du film EXTRA ORDINARY
IRLANDE, réalisé par Mike Ahern et Enda Loughman, avec Maeve Higgins et Barry Ward

Il faut toujours une comédie fantastique dans une sélection comme celle du PIFFF; le cinéma de genre invite aux ruptures de tons, et le public complice est à même de goûter le référentiel du réalisateur. Aussi quoi de mieux que l’humour anglo-saxon, balançant entre grotesque et absurde, pour détourner les codes d’une histoire de médiumnité et de démonologie. EXTRA ORDINARY suit les mésaventures de Rose dans un petit village irlandais où la population ne cesse de réclamer ses services, quand elle préférerait ne plus jamais entendre parler de chasse aux fantômes. Porté par la vis comica de la craquante Maeve Higgins, EXTRA ORDINARY réussit sa mission première, à savoir garder un rythme constant en alternant comique de situation et extravagance visuelle proche du cartoon. On pourra cependant déplorer certaines potacheries un poil trop appuyées qui brisent parfois l’élan de l’absurde, alors que l’efficacité de ce type d’humour est pourtant bel et bien maîtrisée et servi par un ensemble de personnages bien écrits. Quant au fantastique dans tout ça, certes la mythologie déployée est des plus caricaturales, mais quand elle est portée par l’américain Will Forte parfait en chanteur dandy ringard, pourquoi bouder son plaisir ?

SUPER ME

Photo du film SUPER ME
CHINE, réalisé par Zhang Chong avec Talu Wang, Jia Song et Shih-Chieh King

Les festivals comme le PIFFF sont l’occasion de découvrir des films d’origines et de statures diverses dont la distribution dans les salles françaises s’annonce des plus incertaines. Malgré son budget conséquent et son potentiel spectaculaire indéniable, le blockbuster chinois SUPER ME apparaît pourtant dans le marché hexagonal comme un produit improbable, sans doute plus improbable encore qu’un film gore fauché ou qu’une œuvre expérimentale. Portant à croire dans sa première demi-heure que nous aurons affaire à un récit de super héros, le film de Zhang Chong dévoile progressivement sa dimension faustienne, où il est moins question d’apprendre à maîtriser des super-pouvoirs que d’assumer de payer l’addition d’une destinée extraordinaire. Si l’idée d’un pouvoir permettant à un scénariste raté de rapporter des objets de ses rêves et de les revendre à des trafiquants d’art semble dans un premier temps aussi originale que prometteuse, elle débouche hélas sur un récit convenu qui combine une naïveté adolescente à une prétention psycho-philosophico-métaphysique. Si vous êtes gavés par les Marvel et autres blockbusters hollywoodiens, ne cherchez pas du côté de SUPER ME, de sa musique, ses effets visuels et sa caractérisation de personnages lourdingues.

I SEE YOU

Photo du film I SEE YOU
USA, réalisé par Adam Randall avec Helen Hunt, Jon Tenney et Owen Teague.

Au-delà des films clairement étiquetés fantastiques, les festivals sont l’occasion de découvrir des films jouant d’une ambiguïté quant au(x) genre(s) au(x)quel(s) ils appartiennent. Ainsi I SEE YOU n’expose pas directement un argument surnaturel et préfère installer un mystère à double-détente, en racontant l’histoire d’une psychiatre et d’un policier en pleine crise conjugale, pendant que des enlèvements d’enfants troublent la tranquillité de leur petite bourgade américaine. Dans la première partie du film, on cherche à savoir si les phénomènes étranges qui agitent la maison du couple sont de nature paranormale, et une fois que la révélation est faite, on attend de comprendre en quoi ces phénomènes sont en lien avec les kidnappings. Sur le papier, I SEE YOU pourrait se résumer à un film de petit malin reposant sur ses deux twists au risque de négliger la cohérence de son histoire. Mais une fois portée à l’écran par le britannique Adam Randall, le script démontre une redoutable efficacité, d’abord dans le malaise insaisissable de sa dimension « home invasion », puis dans l’enchaînement sans temps mort de ses enjeux de thrillers.

THE NEST

Photo du film THE NEST
ITALIE, réalisé par Roberto De Feo, avec Francesca Cavallin, Justin Korovkin et Ginevra Francesconi

En neuf ans de PIFFF, seulement trois films italiens ont été programmé. THE NEST apparaît donc comme une rareté reflétant le tarissement du cinéma de genre outre-alpin, malgré ou peut-être à cause d’un lourd héritage dans ce domaine. Pour son premier film, Roberto De Feo assume totalement son décorum gothique exacerbant une atmosphère de huis clos confinée à une relation mère/fils aliénante. Si THE NEST se résumait à un exercice formaliste, il représenterait déjà une réussite pour un public de festivaliers en quête d’épouvante et de mystère, grâce à son savant dosage de lumières baroques et de motifs horrifiques élégants. Mais De Feo dépasse ce simple jeu de faux-semblants et de poses mélancoliques, non seulement en déplaçant le récit dans un autre territoire genrifique lors de sa révélation finale, mais surtout en confiant son romantisme désenchanté à ses deux protagonistes adolescents dont la relation amoureuse insuffle la vie qui aurait manqué à ce tableau funèbre un rien trop figé. Mention spéciale à la majestueuse et troublante Francesca Cavallin qui paradoxalement irradie l’écran de son obscurescence singulière.

Arkham

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