Le cinéma a la mémoire courte. Et s’il est communément admis qu’il s’agit d’un art encore jeune, il lui arrive trop souvent de se complaire dans une nostalgie de vieille diva, prête à se damner pour retrouver un peu de sa jeunesse et de sa superbe d’antan. Cette humeur indocile explique probablement pourquoi la muse cinéma, pourtant vouée à susciter les élans créatifs, s’abandonne fréquemment à l’écueil du . Mais tout cinéphile ayant encaissé les visions des nombreux remakes décevants ou inutiles, s’est un jour posé cette cruelle question : Pourquoi des producteurs et des artistes en manque d’inspiration remakent des œuvres originales connues et estimées, alors qu’il serait plus audacieux de s’attaquer à celles qui n’ont pas su transformer l’essai, quand l’idée de départ ou certains éléments avaient pourtant de quoi titiller notre curiosité ? Je sais, ça fait long comme question, mais amusons-nous un instant à passer en revue certains de ces films, bancals ou carrément ratés, qui donneraient lieu à un bon si quelques opportunistes d’Hollywood ou d’ailleurs lisaient par hasard ce dossier.

 

SPAWN

L’original : sorti en 1997, réalisé par Mark Dippé, avec Michael Jai White, John Leguizamo et Martin Sheen, d’après le comics de Todd McFarlane
Al Simmons, un agent des services secrets américain, est éliminé en mission dans une usine d’armes biochimiques sur l’ordre de son patron Jason Wynn. Arrivé en enfer, il conclut un pacte avec le démon Malebolgia dans le but de revoir sa femme Wanda. En échange, il devra mener les armées du Mal dans leur ultime combat contre les forces du Bien. Simmons devient alors un guerrier aux pouvoirs surnaturels : .
Pourquoi un remake : Alors comme ça la 20th Century Fox nous prépare une nouvelle adaptation des Quatre Fantastiques, dix ans à peine après la version de Tim Story ? Si Hollywood sent qu’il tourne en rond avec les principales figures emblématiques du comics, peut-être devrait-il élargir ses horizons et s’intéresser aux héros portés par d’autres éditeurs que . Parmi ces éditeurs, Image comics a particulièrement marqué les années 90, notamment grâce à son héros/anti-héros Spawn,et cette notoriété suffit pour que New Line Cinema commette une adaptation bourrine à savourer entre complices autour d’un pack de bières et une pizza, en se moquant des effets spéciaux désastreux. Dommage, le missionnaire des enfers mérite vraiment une adaptation digne de ce nom, car son ambiance à la fois poisseuse et dantesque, sa représentation des enfers et ses questionnements sur le bien et le mal, pourraient nous changer un peu les idées face aux blockbusters de super-héros trop attendus dans leurs visuels comme leurs récits.

 

JEAN-PHILIPPE

JEAN PHILIPPE – Bande-annonce VF by CoteCine

L’original : sorti en 2006, réalisé par Laurent Tuel, avec Fabrice Luchini, Johnny Hallyday et Guilaine Londez
Fabrice, cadre moyen, est un fan absolu de Johnny Hallyday, peut-être même le plus grand… Mais un jour, il se réveille dans une réalité différente, un monde parallèle où Johnny n’existe pas. Perdu, orphelin, il se met alors à la recherche de Jean-Philippe Smet, pour savoir ce qu’il est devenu dans cette autre dimension, et lorsqu’il le retrouve enfin, c’est pour découvrir un patron de bowling, un type comme les autres qui n’est jamais devenu une star. Fabrice n’a plus qu’un seul but : ressusciter son idole, réveiller le « Johnny » qui sommeille en Jean-Philippe.
Pourquoi un remake : L’idée de départ était géniale, non seulement elle lançait un postulat de monde parallèle amusant, mais elle permettait également une évolution visible de ses personnages, amenés par le sort à travailler autant sur leurs comportements que sur leurs ambitions. Laurent Tuel tenait là de quoi nous surprendre tout en alternant gags et moments d’émotions, mais hélas son scénario se met bien vite à ronronner, à progresser de manière trop prévisible, et le réalisateur semble se reposer sur la complicité évidente entre Luchini et Hallyday. Je serais curieux de voir ce que donnerait ce concept si une nouvelle équipe tentait un nouvel essai, avec cette fois-ci, pourquoi pas une star internationale, David Bowie, Marylin Manson ou Lady Gaga ? Le genre de délire pop et burlesque que s’autorisent les comédies américaines.

 

SCALPS

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L’original : sorti en 1987, réalisé par Claudio Fragasso et Bruno Mattei, avec Mapi Galan, Vassili Karis et Carlos Bravo.
En 1875, au Nouveau-Mexique, la fille d’un chef indien, Yari, est enlevée par une troupe de soldats sudistes. La jeune femme parvient à s’échapper et vient se réfugier dans la maison de Matt, un vétéran devenu fermier, qui accepte de la protéger.
Pourquoi un remake : Mon principal argument, le réalisateur : Bruno Mattei. Véritable pape du cinéma bis italien, ses productions n’ont pas fini de faire rire les amateurs de nanars. Si le scénario proposé par Richard Harrisson, acteur vétéran des séries B, semble plutôt bien pensé en intégrant habilement les interactions entre les personnages, à la tension dramatique et à l’action propre à l’atmosphère du genre ; ses bonnes intentions sont malheureusement ruinées par la médiocrité du metteur en scène, et surtout par son goût immodéré pour une violence gratuite et crasseuse. Puisque Hollywood nous a gratifié de quelques excellents westerns ces dernières années, peut-être pourrait-il envisager un remake à ce film méconnu mais pas dénue d’intérêt, comme les frères Coen se sont intéressés à Cent dollars pour un shérif et Quentin Tarantino à la série des Django. Il y aurait certainement moyen de faire de Scalps, un film chargé de tensions et doté d’un propos antiraciste, si a contrario de l’original, les producteurs disposaient de suffisamment d’argent pour que les acteurs n’aient pas l’air d’une bande de potes déguisés en indiens pour une soirée dans une salle des fêtes de banlieue.

 

MEURTRES SOUS CONTRÔLE

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L’original : sorti en 1976, réalisé par Larry Cohen, avec Tony Lo Bianco, Deborah Raffin et Richard Lynch.
Un détective de New York enquête sur une série de meurtres commis dans la ville par des individus ayant pour seul lien, celui de prétendre avoir agi « selon la volonté de Dieu ».
Pourquoi un remake : Les amateurs de peuvent une fois de plus remercier le génial Larry Cohen, il leur offre ici une de ses meilleures idées, portée par la liberté et la créativité des années 70. Mais le film a hélas subi le sort réservé à bon nombre de séries B de l’époque, son faible budget fait aujourd’hui paraître ses effets visuels sinon cheap, du moins démodé. Je rêverais de voir une nouvelle version où les émeutes et autres phénomènes de masses sembleraient vraiment spectaculaires, où le personnage « deus ex machina » incarné par Richard Lynch apparaîtrait iconique; car il y a de quoi en faire une nouvelle figure mythologique du cinéma . Gaspar Noé galère depuis cinq ans pour remaker cette histoire synthétisant christianisme, démonologie, thriller avec sniper fou, critique de la société américaine et (attention spoiler !) influences extraterrestres; espérons que lui ou un cinéaste ambitieux de sa trempe réussisse à mener le projet à terme.

 

CINÉMAN

L’original : sorti en 2009, réalisé par Yann Moix, avec Franck Dubosc, Pierre-François Martin-Laval et Lucy Gordon
Régis Deloux a subitement le pouvoir de voyager dans les films après s’être fait piquer par une broche. Ce qui lui permet de rencontrer la femme dont il rêve. De film en film (Pour une poignée de dollars, Tarzan, Robin des Bois…), il doit sauver Viviane Cook que l’ignoble Douglas Craps a enlevée.
Pourquoi un remake : est un exemple parfait de film raté. Raté dès sa conception, puisque Yann Moix n’a pas réussi à mettre en valeur son concept jubilatoire en construisant un scénario efficace; il semble avoir choisi de traiter l’idée par le biais de la comédie, avant d’avoir trouvé suffisamment d’effets comiques pour justifier ce traitement, et dès lors l’humour du film repose presque uniquement sur l’abattage de Franck Dubosc. Raté dans son développement puisque malgré un budget solide, la production patine et le traitement de l’image et du son, devant imiter ceux des films visités, ne seront jamais vraiment aboutis; ce qui devait ainsi être un hommage aux images les plus marquantes du cinéma, apparaît donc comme un détournement foutraque au ton exagérément bouffon. Et raté dans son but, puisque après avoir été retardé plusieurs fois à cause de sa post-production laborieuse, le film passe quasiment inaperçu lors de sa sortie et laisse un goût amer aux cinéphiles, alors qu’il aurait pu combiner trois statuts à la fois: celui d’ovni visuel, de comédie intergénérationnelle et de succès du box-office. Avec un peu de chance, le concept de base réveillera l’appétit de producteurs avisés, qui offriront peut-être à un scénario plus astucieux et une direction artistique plus maîtrisée.

 

HELLRAISER : BLOODLINE

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L’original : sorti en 1996, réalisé par Alan Smithee, avec Bruce Ramsay et Doug Bradley, quatrième film adapté de l’oeuvre de Clive Barker
Au XXIIe siècle, Paul Merchant, un scientifique, s’apprête à enfermer un démon dans une station spatiale. Il est stoppé par des militaires à qui il doit raconter l’histoire de la malédiction de sa lignée. Elle commence au XVIIIe siècle quand un fabricant de jouets nommé Lemarchant crée une boîte à puzzle pour le Duc de L’Isle. Ce duc, sataniste, fait de cette boîte un passage vers l’enfer et en fait sortir Angélique. Au XXe siècle Angélique devra affronter Pinhead, le nouveau maître des Enfers…
Pourquoi un remake : Depuis quelques années, le réalisateur canadien Patrick Lussier planche sur un projet de remake d’, le film d’ culte adapté d’un roman de Clive Barker. Mais pourquoi vouloir relancer l’histoire sado-maso-horrifique en repartant du premier opus, qui était déjà une réussite, alors qu’il serait plus constructif de se pencher sur le cas du quatrième opus de la saga ? Bloodline représente une frustration vieille de presque vingt ans pour tous les fans du démon Pinhead, car son scénario ambitieux mêlant trois enjeux sur trois époques différentes, a souffert des démissions successives du scénariste principal puis des deux réalisateurs, et de coupes drastiques dans le budget rendant le résultat final informe et inconséquent. Un remake doté un scénario lisible et d’une direction artistique soignée, enrichirait voire réinventerait l’univers fascinant et terrifiant du puzzle démoniaque.

 

À L’AVEUGLE

L’original : sorti en 2012, réalisé par Xavier Palud, avec Jacques Gamblin, Lambert Wilson et Raphaëlle Agogué
Le cadavre mutilé d’une jeune femme est retrouvé à son domicile. L’enquête est confiée au commandant Lassalle, un flic expérimenté et solitaire. Alors que d’autres meurtres tout aussi sanglants sont perpétrés, Lassalle est intrigué par la personnalité d’un aveugle, Narvik. Mais l’alibi du suspect est plausible et son infirmité le met hors de cause. Un étrange duel, telle une partie d’échecs, s’engage alors entre les deux hommes.
Pourquoi un remake : Si on reproche souvent au polar français de singer les gimmicks du cinéma américaine sans faire preuve de la même efficacité, il faut avouer que la dernière décennie nous a gratifié de quelques belles surprises dans le genre. Mais si À L’aveugle avait de quoi séduire sur le papier, son rendu à l’écran a laissé plus d’un amateur de suspense sur sa faim. L’idée de dévoiler l’identité du tueur dès le début n’est pas en soit handicapante pour l’intrigue, mais encore faut-il que le scénario possède quelques bons rebondissements pour ne pas s’essouffler. Et si la confrontation entre le flic ou le criminel doit être l’élément central du film, il est préférable que les deux personnages aient suffisamment de personnalité pour être crédible (le flic fatigué et dépressif, tu parles d’un cliché !). Si un réalisateur moins paresseux que Xavier Palud venait y apporter son sens de la tension, la particularité du tueur serait davantage mise en valeur.

 

VIBRATIONS

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L’original : sorti en 1996, réalisé par Michael Paseornek, avec James Marshall et Christina Applegate
Un musicien prometteur perd ses mains après une agression. Devenu sans-abri, il est recueilli par un groupe d’amis qui vont lui fabriquer des mains cybernétiques et faire de lui un roi de la techno.
Pourquoi un remake : Il est vrai que ce synopsis à de quoi laisser perplexe; si Vibrations est un nanar, ridicule à force de vous paraître « cool » et « djeun’s » aux yeux des ados de nineties, ce matériau d’origine pourrait aisément basculer dans le n’importe quoi magistral. Et qui mieux que notre Quentin Dupieux national pour orchestrer ce grand n’importe quoi ? Rappelons que le cinéaste s’est fait connaître dans le milieu de la musique électronique sous le nom de Mr Oizo, offrant à la french touch un univers branché et exubérant, bien plus inspiré que le marécage clipesque dans lequel se déroule le film. Soyons fous et imaginons que Dupieux mette sa folie au profit d’un remake; il poursuivrait une thématique qui lui est cher, celle des tourments d’un personnage marginal au sein d’une société entièrement dysfonctionnelle (troublant mélange d’émotions et de rires chez Eric Judor dans Steak, par exemple), tout en soulignant ses détails visuels délirants d’une bande originale à la hauteur de ces précédentes compositions.

 

STAY ALIVE

L’original : sorti en 2006, réalisé par William Brent Bell, avec Jon Foster, Sophia Bush et Frankie Muniz
Après la brutale disparition d’un de leurs amis, un groupe d’adolescents se trouve en possession de Stay Alive, un jeu vidéo d’horreur vaguement basé sur la véritable et glaciale histoire d’une femme de la noblesse hongroise du xviie siècle, la comtesse Élisabeth Báthory. Les joueurs ne savent rien de ce jeu, mais ils meurent d’envie d’être les premiers à le découvrir. La frontière entre le monde virtuel et le monde réel disparaît alors.
Pourquoi un remake : Contrairement aux classiques de l’horreur remakés ces dix dernières années, on ne peut pas dire de Stay Alive ait fasciné ou traumatisé toute une génération d’adolescents. Ce rendez-vous manqué est probablement du à la lourdeur avec laquelle le réalisateur s’adresse aux gamers, et plus largement aux geeks. Les personnages sont tellement caricaturaux qu’il est difficile d’entrer en empathie avec eux, et de s’inquiéter pour leur sort. Si un amateur d’épouvante, maîtrisant les spécificités du média jeu vidéo, s’attaquait au projet, il réussirait là où William Brent Bell a échoué; c’est-à-dire gérer l’impression d’immersion de cette enquête ayant simultanément lieu dans le jeu vidéo comme dans la réalité. Il lui faudrait pour cela trouver des effets horrifiques originaux, à l’exact opposé des jumps scares de l’original, disséminés dans les deux mondes, aussi insipides l’un que l’autre.

 

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

L’original : sorti en 2010, réalisé par Tim Burton, avec Mia Wasikowska, Johnny Deep et Helena Bonham-Carter, d’après le conte de Lewis Carroll
Alice, désormais âgée de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu’elle a découvert quand elle était enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s’embarque alors dans une aventure extraordinaire où elle accomplira son destin : mettre fin au règne de terreur de la Reine Rouge.
Pourquoi un remake : Je vais tricher un peu avec l’introduction de ce dossier; comme la plupart des fans de , je regrette les errances du réalisateur depuis quinze ans et Alice au pays des merveilles représente tout ce qui m’horripile dans ses mauvais choix. Mais si Burton est avant tout un dessinateur, animateur, donc un cinéaste visuel; mais le problème ne se résume pas seulement à son aspect visuel, sa dimension scénaristique est tout aussi déplorable. Je n’ai donc aucune envie de voir une variation esthétique de ce scénario formaté pour , je souhaiterais plutôt une nouvelle adaptation du conte de Lewis Carroll, mettant davantage en avant des personnages ou des motifs propice à libérer la poésie visuelle de Burton. Le réalisateur avait déjà tenté d’adapter le conte au début des années 90, sa glorieuse époque; et on peut souhaiter qu’il s’y atèle à nouveau, quand il aura retrouvé l’inspiration et un état d’esprit plus libre. Après tout, il a lui-même remaké son court-métrage Frankenweenie en 2012, trente ans après l’original.

Si vous aussi vous rêvez, qu’après Star Trek et Star Wars, J. J Abrams s’atèle à un remake de Flash Gordon; si vous pensez que Bernard-Henri Levy devrait réaliser un parodie de son film Le Jour et la nuit, ou si vous envisagez de commettre vous-même une version suédée de Huit et demi; n’hésitez pas à nous faire part de votre enthousiasme dans l’espace des commentaires.

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