Un après-midi de novembre, j’affronte le vent glacial qui règne sur Paris pour me rendre dans l’un des lieux les plus intrigants de la capitale. Le genre d’établissement dont tous les cinéphiles rêvent, où l’on peut converser durant des heures tout en enchainant les verres jusqu’à ce tous les cinémas du monde se mélangent dans votre esprit. « Patron, un cocktail Mario Bava pour moi !« , « les deux whiskys Tobe Hooper, tu les mets sur mon ardoise. » Les tenanciers de ce coin de zinc taché de sang, ont choisi un nom aussi sobre qu’évocateur : Le Bistro de l’horreur ; de l’horreur certes il y en a à la carte, mais également du thriller, de l’aventure, du surnaturel, tout ce qui faut pour attirer le client en mal de cinéma(s) de genre(s). Mais ne cherchez pas l’adresse du troquet sur une carte ou un GPS, comme tout endroit idéal, semblable à ceux pour lesquels on rêve de traverser le grand écran, Le Bistro est un lieu imaginaire, le décor d’une émission mensuelle diffusée sur la plateforme de vidéo à la demande FilmoTV, depuis cinq ans.

J’arrive donc dans les locaux de la chaîne et me retrouve en compagnie d’une sympathique équipe un rien à l’étroit dans le studio polyvalent où sont installés les étagères de DVD et les bouteilles d’alcool autour du fameux comptoir. Accoudés à ce comptoir, trois experts du cinéma de genre n’ont pas attendu que l’enregistrement commence pour échanger leurs opinions sur la sélection du mois, dont le thème très alléchant est cette fois-ci le slasher. Selon les programmations, d’autres intervenants comme ou Christophe Bier peuvent venir s’asseoir sur l’un des trois tabourets; mais aujourd’hui le fidèle lecteur de la presse spécialisé que je suis, a le plaisir de serrer les mains de , rédacteur en chef de Mad Movies et de deux anciens du magazine culte Starfix, et . J’ai bien senti que le principal défi qui attendait Fausto Fasulo durant cette enregistrement serait de réussir à canaliser les deux compères, qui ne cesseront de digresser au gré de leurs souvenirs de cinéphiles acharnés.

image de BISTRO DE L'HORREUR

Un concept simple : un bar, trois cinéphiles et un siècle de cinéma(s) de genre(s).

Pour se frayer un passage dans le sujet vaste et un rien fourre-tout du slasher, les deux journalistes choisissent une entrée par les œuvres phares qui ont installé le genre dans les années soixante-dix : Black Christmas, Alice sweet Alice et l’incontournable Massacre à la Tronçonneuse dont les affiches et les titres prometteurs au fronton des cinémas de quartier appâtaient alors les cinéphages de leur espèce. En ce mois de décembre, nos trois animateurs jubilent comme des gamins qui auraient déballés leurs cadeaux de Noël en avance, quand ils évoquent les torrents d’hémoglobine proposés en VOD par . Une moissonneuse-batteuse ravageant un nightclub dans The Collection, un tueur en série portant un masque de Ronald Reagan dans Tripper; plus le spectacle est éprouvant, plus le trio sait user de l’humour et de la mise à distance pour le présenter dans une ambiance qui est loin d’engendrer la mélancolie.

FilmoTV diffuse également des interviews passionnantes de cinéastes (Jean-Jacques Beineix, Michel Hazanavicius, Gaspard Noé) où l’on prend le temps de parcourir leurs filmographies et d’aborder les divers aspects d’un processus créatif; un privilège que les médias s’autorisent de moins en moins, ces derniers temps. Parmi les réalisateurs interviewés, Nicolas Boukhrief (autre enfant terrible de l’ère Starfix) évoque justement son estime pour Le Bistro, où il ne s’agit pas forcement d’attendre un message direct ou l’expression littérale d’un propos dans les films présentés, pour en dégager un commentaire critique. Lemaire resitue les Hammer films dans le contexte affectif du moment où il les a découvert, Cognard se délecte de composer un réseau d’association d’idées visuelles ou narratives quand il s’attarde sur un space opéra d’Antonio Margheriti, et Fasulo enrichit notre culture cinéphilique en distillant ses anecdotes sur le fonctionnement d’une production de Roger Corman.

Le concept du Bistro de l’horreur est simple, le dispositif minimaliste et pourtant le pari est gagné : l’émission joue son rôle patrimonial sans être solennelle, ni fastidieuse. Chaque numéro est propice au dépoussiérage de spécimens filmiques parfois précurseurs, parfois simplement atypiques, de chefs-d’œuvre underground où le mauvais goût et le bon goût sont avant tout les aspects gémellaires de la générosité de ces artisans oubliés. Trinquons donc à la santé du plus convivial des bistros en lui souhaitant longue vie. Mais que chacun paie sa tournée, faut pas déconner non plus, les gars !

Vous pouvez retrouver tous les Bistros de l’horreur (61 numéros depuis la création de l’émission) sur le site de FilmoTV, en cliquant sur ce lien : https://www.filmotv.fr/news-cinema-filmo-mag/fiche-sous-mag/emissions/le-bistro-de-l-horreur/1.html

Arkham