Pour vous aider à faire votre choix dans la multitude de séries B engendrées par le cinéma d’exploitation ces cinquante dernières années, voici une sélection de films se démarquant par leur haut degré d’improbabilité, leurs fautes de goût assumées, et leurs qualités de chef-d’œuvres méconnus.

MAGIC

Sorti en 1978, réalisé par Richard Attenborough, avec Anthony Hopkins et Ann-Margaret 

Si MAGIC ne se présente pas comme une adaptation officielle du segment de Dead of night, on peut le considérer comme une variation sur le même thème, celui de la marionnette qui prend l’ascendant sur son marionnettiste. A la place du Michael Redgrave fiévreux du classique anglais, on retrouve ici un Anthony Hopkins au regard à la fois éthéré et hanté, abyssal tant on peine à savoir s’il est vide ou peuplé de démons. C’est donc un véritable Hopkins Show qui prend place dans la grande famille des outcasts, des marginaux du cinéma prisonniers de leur psychose en circuit clos, terrifiés à l’idée de terrifier autrui. Richard Attenborough considère la marionnette en tant que double désinhibé de l’humain qu’il accompagne, donnant ainsi au spectateur l’impression que Docteur Jekyll et Mister Hyde sont simultanément présents à l’écran.

Le trouble de l’identité de Corky, le protagoniste, contamine la mise en scène, où la réalité semble constamment concurrencée par la psyché malade du ventriloque : On croit Corky seul…puis le cadre s’élargit et Fats, la marionnette apparaît à l’image. Corky raconte son premier triomphe sur scène en voix off…sur des images qui le contredisent. Une musique romantique limite sirupeuse accompagne une scène d’amour…avant d’être parasitée par le thème musical inquiétant de Fats, concocté par Jerry Goldsmith, maestro en la matière. Dans la mise en scène comme dans le récit, cette confrontation entre sérénité et folie meurtrière atteindra son point de bascule lors d’une scène de tension mémorable, reposant sur un des silences les plus pesants de l’histoire du cinéma.

LE RITUEL

Sorti en 2017, réalisé par David Bruckner, avec Rafe Spall et Sam Troughton
Rompu à l’exercice du court métrage avec les films à sketches The Signal, V/H/S et Southbound, David Bruckner passe enfin au format long avec LE RITUEL. Habitué à entretenir l’angoisse avec peu de moyens, Bruckner met à profit son savoir-à-faire en élaborant son film autour d’un concept résumable en quelques mots : lors d’une randonnée dans une forêt suédoise, quatre amis s’égarent dans une zone où se déroulent d’étranges rituels. A ceci près que le cinéaste prometteur dispose ici d’une plus-value spectaculaire avec ce décor naturel où l’humain apparaît minuscule. Rien de mieux que de réveiller une mythologie païenne pour confronter le citadin contemporain à une entité sauvage et immémoriale. Dans le domaine du trip survivaliste, LE RITUEL penche donc sur le versant surnaturel de The Descent tout en retombant finalement sur l’approche “villageois coupé du reste du monde” héritière de l’école The Wicker Man.

Le contrat horrifique est admirablement rempli par un cinéaste qui sait habilement doser le subjectif et le frontal, la simplicité d’une peur primitive et l’expérimentation hallucinée. C’est ainsi qu’au décor dans une forêt, qui d’emblée n’apparaît pas des plus rassurants, se superpose par différents effets de spatialisation, celui d’un night shop, lieu du traumatisme du protagoniste, aussi difficile à chasser de l’image qu’une persistance rétinienne. On peut difficilement évaluer la qualité de ce genre de films, sans prendre en compte la révélation finale de la créature, après que celle-ci ait joué à cache-cache pendant une majeure partie de l’intrigue. Spoiler dénué de toute objectivité : son design polymorphe mérite de devenir une figure emblématique du fantastique.

LE DÉMON DES ARMES

Sorti en 1950, réalisé par Joseph H. Lewis, avec John Dall et Peggy Cummins 

Film séminal à la fois de Alléluia, de Bonny and Clyde et de Tueurs Nés, LE DÉMON DES ARMES fait partie de ces objets filmiques dont l’étrangeté ne fait que s’accroître avec le temps. On peut considérer le film de Joseph H. Lewis comme la matrice de bien des portraits de couples néfastes, puisqu’il pose les bases de ce genre de récits par la succession de scènes-types, donnant parfois l’impression d’une histoire convenue pour un spectateur d’aujourd’hui. Il se dégage pourtant de ce film, une atmosphère naviguant entre rêve et cauchemar, où la naïveté de l’Amérique des années cinquante dérive progressivement vers un appel de la violence, et c’est précisément ce mélange d’humeurs et de valeurs qui donne au film son caractère malsain. Dans les premières minutes, LE DÉMON DES ARMES donne la curieuse impression qu’il s’adresse au spectateur, comme si celui-ci était un enfant dont il ne fallait en aucun cas troubler les repères dans l’ordre moral puritain.

Puis Peggy Cummings apparaît à l’écran, vêtue comme Calamity Jane, brushée comme Lana Turner, un colt dans chaque main, elle apporte une esthétique, un état d’esprit. Elle apporte tout un monde avec elle. On ne peut passer sous silence le titre alternatif du film “Deadly is the Female” (Mortelle est la femme) qui propose une lecture misogyne du film. Vision contre laquelle, on arguera que le mal ne semble pas venir de la femme, mais plutôt du couple, de ce concept où s’entrechoquent et s’exacerbent les passions. Ainsi, ce qui commence comme un pamphlet dénonçant grossièrement les armes à feu, dérive au fil du flot romantique qui embarque le film à toute allure, vers une histoire d’amour monstrueuse et fascinante.

CLASS OF 1999

Sorti en 1990, réalisé par Mark L. Lester, avec Bradley Gregg et Traci Lind

Mark L. Lester nous avait déjà gratifié d’un Class of 1984 tout en subtilité, où un professeur de musique affrontait des lycéens quelques peu récalcitrants. Ce premier opus digne d’un cauchemar d’Alain Finkielkraut servait de défouloir face à la crise d’autorité qui contaminait déjà le corps enseignant. Bien entendu en ce qui concerne le cinéma d’exploitation qui règle les problèmes à coup de tatanes, on attend d’un sequel qu’elle fasse dans la surenchère. Et de ce côté-là, CLASS OF 1999 ne déçoit pas le public puisque non seulement il surenchérit dans la violence et le mauvais goût, mais qui plus est, il évite de nous resservir la même formule que Class of 1984. On peut même dire qu’il inverse cette formule, en se plaçant cette fois-ci du point de vue des élèves confrontés à des androïdes-enseignants visiblement préalablement entraînés à Notre-Dame-des-Landes. Alors certes le résultat est enthousiasmant  quand il prend les allures trompeuses d’un cri de révolte juvénile, mais il ne faut tout de même pas s’attendre à une œuvre subversive façon John Carpenter.

On appréciera surtout CLASS OF 1999 pour ses qualités de cinéma bis, à savoir sa propension à piocher dans les différentes tendances en cours à la fin des eighties. Un cocktail de Mad Max, Robocop et de Terminator opportuniste certes, mais rendu irrésistible par une direction artistique à mi-chemin entre les post-nuke italiens des années 80 et un concert de Motley Crue. Ajoutez à ça, un casting aux petits oignons avec Malcolm McDowell, Pam Grier et surtout Stacy Keach affublé comme s’il était le boss de fin de niveau d’un jeu vidéo type Street of Rage ou Double Dragon.

THE GIRL NEXT DOOR

Sorti en 2007, réalisé par Gregory M. Wilson, avec Daniel Manche et Blythe Auffarth

Le 24 janvier dernier, l’écrivain américain Jack Ketchum nous quittait. Bien qu’il soit aujourd’hui considéré comme un des maîtres du thriller et de l’horreur, son œuvre n’a connu jusqu’ici qu’une poignée d’adaptations, à chaque fois dans des budgets et des circuits d’exploitations limités. Et quand on découvre THE GIRL NEXT DOOR, adapté de son roman éponyme, on imagine aisément que les producteurs américains rechignent à investir sur une vision aussi sombre et corrosive du pays de l’oncle Sam. Le film de Gregory M. Wilson débute dans une ambiance très Stand by Me, forte d’une vision de l’adolescence où l’innocence côtoie la vulgarité, voire l’obscénité. Au cœur de ce paisible été, on perçoit assez vite, que le vernis de l’american way of life bien propre sur lui, va progressivement se craqueler pour laisser apparaître des névroses et des injustices.

On sent monter la tension certes, mais on ne peut se préparer au degré d’horreur dans lequel le récit va basculer, au point que le dernier tiers du film apparaisse comme un véritable calvaire à surmonter, surtout quand on le vit à travers le point de vue d’un garçon de douze ans. Cette progression cauchemardesque suit l’évolution de la place du corps de l’adolescente dans le propos de THE GIRL NEXT DOOR; apparaissant d’abord comme un objet embarrassant, une preuve accablante de la culpabilisation puritaine, il deviendra progressivement le bouc émissaire sur lequel toutes les pulsions misogynes pourront se déchaîner. L’horreur signée Ketchum a cela de glaçante qu’elle est abritée dans un contexte domestique, dans la cave d’un coquet pavillon de banlieue, qu’elle est personnifiée par le personnage du bourreau, sous ses allures de ménagère de la classe moyenne américaine des années 50.

Arkham

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