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Pour vous aider à faire votre choix dans la multitude de séries B engendrées par le cinéma d’exploitation ces cinquante dernières années, voici une sélection de films se démarquant par leur haut degré d’improbabilité, leurs fautes de goût assumées, et leurs qualités de chef-d’œuvres méconnus.

À la grande époque du cinéma d’exploitation italien, il y avait Mario Bava et les autres. Les autres étaient des artisans, auxquels on peut reconnaître aujourd’hui une efficacité certaine dans les récits et une débrouillardise utile pour boucler les tournages malgré leurs lots de contingences techniques et budgétaires. Mario Bava lui, était un artiste, comme les peintres sont des artistes, comme les illusionnistes, les forains, les bateleurs des trains fantômes sont indiscutablement des artistes. On pourrait presque croire en étudiant sa filmographie que Bava l’artiste, pensait chacun de ses choix de réalisateurs à l’aune des courants esthétiques qu’il voulait insuffler au cinéma de genre. Avec Le Masque du Démon, Bava lance la vague des films gothiques en Italie. Avec La Fille qui en savait trop, il permet au giallo, ce type d’intrigues criminelles à forte connotation sexuelle, de passer des librairies aux cinémas de quartier du pays. Avec La Baie Sanglante, la violence graphique est de mise et elle préfigure le genre américain du slasher.

Curieuse place que celle de SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN, tant dans la filmographie de Bava que dans l’histoire du giallo. En 1963, le cinéaste pose les codes fondateurs du genre avec La Fille qui en savait trop, qui comme son nom l’indique, reprend le récit archétypal du témoin gênant (coucou tonton Hitchcock ! ), pour instaurer le jeu pervers du chat et de la souris, entre un tueur et une demoiselle en détresse. SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN sort l’année suivante et déjà l’évolution de Bava à l’intérieur du genre est palpable à l’écran. Il aurait pu s’installer dans l’esthétique noir et blanc gothique qu’il maîtrisait jusqu’alors, mais choisit pourtant la couleur, ou plus justement, les couleurs, pour poursuivre la croissance et l’épanouissement du giallo.

Dans le cadre codifié du giallo, Bava élabore une forme d’abstraction de la menace par cette absence de visage, donc d’identité du tueur.

Giallo ? Vous avez dit « giallo » ? Oui, car il est évident que nous sommes ici en présence d’un spécimen représentatif du genre, où il est avant tout question de séquences de meurtres à la fois violentes, dérangeantes et esthétisantes, le récit apparaissant dès lors comme un prétexte pour lier ensemble ces morceaux de cinéma à l’état brut. Cependant, s’il est généralement question d’un tueur mu par des pulsions sexuelles dans une approche canonique du genre, ici il m’est difficile de ne pas spoiler la révélation finale, sans vous confier toutefois que les motivations du coupable sont en réalité financières. Là encore, il s’agit de replacer ce récit policier dans la trajectoire des récits investis par Bava pour comprendre qu’il préfigure le jeu de massacre que sera en 1971, La Baie Sanglante, où les basses considérations immobilières et pécuniaires d’un monde bourgeois délétère (comme le monde de la haute-couture autour duquel gravitent ici les six femmes), sont les symptômes d’une perte de repères moraux propice aux meurtres les plus sauvages.

Et il n’y a pas que dans le récit, que les expérimentations « giallesques » se font sentir ; le choix visuel dans la représentation du tueur est également un élément fascinant puisque celui-ci sévit masqué par un tissu (un bas ou un collant féminin ? ) donnant la troublante impression qu’il est dépourvu de visage. Avant la caméra subjective de Dario Argento et consorts, code depuis éprouvé du genre, qui permettait de montrer le moins possible le mystérieux assassin, Bava avait déjà élaboré une forme d’abstraction de la menace par cette absence de visage, donc d’identité.

Mais ce qui semble le plus étrange, c’est l’importance du décor magnifié par des lumières baroques, où le rose d’un avant plan ose se superposer au vert glauque d’un arrière plan, ou vice-versa. À croire que le cinéaste a choisi de contre-balancer la forme abstraite du tueur, en chargeant le décor d’une personnalité immédiatement visible à l’écran, en lui offrant l’identité visuelle, donc pour ainsi dire, le visage de l’œuvre. L’écrivain et critique Tim Lucas a choisi un titre magnifique pour le copieux ouvrage qu’il a consacré à Mario Bava : Colors of the dark. À la vision de SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN, on comprend mieux que Lucas voit tant de couleurs éblouissantes dans ce cinéma de l’obscur.

Arkham

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La sélection "Série B" : SIX FEMMES POUR L'ASSASSIN
Titre original :Sei Donne per l'assassino
Réalisation :Mario Bava
Scénario : Guiseppe Barilla, Marcello Fondato et Mario Bava
Acteurs principaux :Eva Bartok, Cameron Mitchell et Thomas Reiner
Date de sortie : 25 juin 1964
Durée : 1h28min
3.0baroque
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