César 2021

Cérémonie des César 2021 : ce qui nous attend

On profite de la diffusion de la bande-annonce de la 46ème Cérémonie des César pour donner quelques indications sur ce qui nous attend le 12 mars prochain. On a interviewé Marina Foïs, qui endossera le costume assez casse gueule de Maîtresse de Cérémonie.

Marina Foïs, on la connaît et on l’aime : elle est tout autant capable de jouer dans des drames (Polisse, Irréprochable, L’Atelier), que dans des comédies (Papa ou Maman, ou Énorme qui la rendait éligible cette année au César de la Meilleure Actrice). Lors d’un junket digital organisé par Canal+, on a interviewé celle qui revendique aimer le collectif mais pas les étiquettes, être mélangée et rattachée mais surtout se sentir libre. Elle a notamment évoqué avec passion et conviction la refonte de la gouvernance au sein de l’Académie depuis l’affaire Polanski l’année dernière, l’impact du Covid, sa collaboration avec Roschdy Zem, Président de la Cérémonie, et avec les deux auteurs Blanche Gardin et Laurent Lafitte, mais aussi les nouveautés de 2021.

Pouvez-vous nous parler de la nouvelle gouvernance de l’Académie des César et des actions menées depuis la Cérémonie qui avait tant fait polémique l’année dernière ?

Marina Foïs : La violence est parfois nécessaire et plutôt que d’en avoir peur, il faut la reconnaître, la poser puis passer à autre chose. Dès après la Cérémonie de 2020, le système a donc été requestionné et une nouvelle gouvernance a été mise en œuvre, avec des statuts provisoires qui ont permis la rédaction de nouveaux statuts, l’élection d’une nouvelle Assemblée Générale et d’une nouvelle Direction, qui travaille d’ores et déjà pour mettre en place les axes de Démocratie, Transparence, Parité et Diversité. On peut reconnaître que cette nouvelle Académie a agi très vite en donnant des signes très forts sur des choses emblématiques, notamment en supprimant la coexistence de membres élus et de membres historiques à vie, car on ne négocie pas avec le principe démocratique.

L’Académie est strictement paritaire dans ses instances (Véronique Cayla est Présidente et Eric Tolenado Vice-Président) et un travail sera engagé sur 2021 pour la parité dans le collège des votants où la proportion est encore de 66% d’hommes. Mais la discussion est maintenant possible et le débat accepté et je constate que les gens que j’appelle en vue de la préparation de la Cérémonie sont joyeusement disponibles et ont envie d’être là.

© Emile Moutaud - ENS Louis Lumière pour l’Académie des César 2021
Véronique Cayla – Présidente de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma
Éric Toledano – Vice Président de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma

Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous ?

Marina Foïs : Je suis cyclothymique, entre enthousiasme et crise de panique ! Je suis très attachée à cette Cérémonie, que je regarde depuis longtemps, avant même de faire du cinéma et dont j’ai rêvé longtemps. Je suis contente qu’on célèbre le cinéma et les gens qui le font, qu’on se rassemble et qu’on se mélange. Ce qui est beau aux César et ce qui me réjouit, c’est que se côtoient des gens qui font des cinémas très différents, comme cette année Les choses qu’on dit, Les choses qu’on fait – du cinéma d’auteur littéraire-, Antoinette dans les Cévennes -une comédie-, ou De Gaulle -un biopic historique. Je ne peux pas non plus ignorer que mon rôle est aussi une responsabilité parce que j’aimerais que ceux qui nous regardent soient contents : les gens qui font le cinéma, les gens de l’Académie et le public.

Que répondez-vous à ceux qui auraient préféré une année blanche et que la Cérémonie n’ait pas lieu ?

Marina Foïs : C’est quand même aux enterrements qu’on rit le plus ! Les votants avaient la possibilité de voir les films sur la plateforme, qui fonctionne très bien. Le public a été puni, comme nous. L’année blanche, je la comprends pour les intermittents mais pas pour la Cérémonie des Césars. Quel sens ça aurait de disparaître dans cette année où on nous empêche d’exister ? Cette idée ne m’a pas traversée l’esprit une seconde et la priorité a été de faire en sorte que la Cérémonie de 2021 se tienne. Grâce à cette Cérémonie et au soutien de Canal + qui met les moyens pour qu’elle existe, nous, les gens de cinéma, avons une fenêtre pour exister. Ce que d’autres arts et d’autres gens qui travaillent à nos côtés pour produire les objets culturels n’ont pas.

Mon travail n’est pas d’organiser une soirée pour chouiner, ni un meeting politique, mais en revanche de donner l’occasion à des gens de monter sur scène et de s’exprimer sur plein de registres différents. Il faut écouter la multiplicité des points de vue sur ce sujet et cette crise-là. La culture durement impactée a parlé, pas tout le temps, mais est consciente de la situation sanitaire et la considère. On fait partie de ceux qui ont un genou à terre et on devrait la boucler et ne pas avoir le droit de rire ? Au contraire, tant qu’on est digne.

On ne s’interdit rien pour le moment : ce sera un équilibre entre le premier degré, la légèreté, la gravité, le politique, le distancié, l’absurde.

Quels sujets comptez-vous aborder pendant la Cérémonie ?

Marina Foïs : On compte parler de tout, on ne s’interdit rien pour le moment et ensuite on fera des choix : ce sera un équilibre entre le premier degré, la légèreté, la gravité, le politique, le distancié, l’absurde. On ira là où il me semblera qu’on est le plus juste et qu’on raconte comment on peut être en même temps conscient des difficultés et des privilèges qui nous restent. Nous, population du monde du cinéma, avons ce privilège ultime de faire un métier qu’on a choisi, qu’on aime, qui nous anime, pour qui on donnerait tout et qu’on a la chance de faire ce soir-là. On ne doit pas oublier que le système français de production et de diffusion est envié dans le monde entier. Je suis très admirative de leur foi en cette période Covid. Je ne sens pas d’abattement et je me nourris de la force des autres pour trouver la mienne.

Comment travaillez-vous avec les auteurs Blanche Gardin et Laurent Lafitte ?

Marina Foïs : On a beaucoup de plaisir à être ensemble. Je connais Blanche et très bien Laurent, presque trop bien, mais Blanche et Laurent ne se connaissaient pas. On se fait beaucoup rire, ce qui parfois est un piège. On a des énergies et des cultures différentes, mais on est très cinéphiles tous les trois. Ce que Blanche et Laurent ont en commun, c’est la capacité d’aller très, très loin et ce qui me frappe chez eux, c’est l’intelligence et la pertinence et le fait qu’ils n’aient pas peur de leur propre pensée. Ils ne se soumettent pas à la pensée commune, celle qui lisse et empêche de dire des choses. La Cérémonie célèbre le cinéma et les gens qui le font et on a très envie qu’ils soient bien traités… tout en ne s’empêchant pas de nous moquer de nous-mêmes.

Marina Foîs, Maitresse de la 46ème Cérémonie des César

Dans quelles conditions la Cérémonie aura-t-elle lieu ?

Marina Foïs : La Cérémonie a lieu cette année à l’Olympia (NDLR à la place de la Salle Pleyel), salle mythique aux proportions humaines, pour des raisons pratiques. On va faire un maximum de présentiel, mais on étudie toutes les possibilités, même celles d’une salle vide. On considère justement la situation sanitaire avec sérieux et on n’est pas prêt à créer un cluster géant. La soirée des César, c’est l’émotion, celle du rire ou celle des larmes, c’est le réel, le vivant et le présent et on essaiera de sauver au maximum ce qui peut être sauvé. Mais on sera là, quoi qu’il en coûte, comme dirait Macron. Est-ce pathétique ou bouleversant ? On n’aura jamais la réponse avant.

Pouvez-vous nous parler des nominations (dont la liste a été diffusée le 10 février dernier) et de votre propre non-nomination (pour le César de la Meilleure Actrice dans Énorme) ?

Marina Foïs : Ça ne m’intéresse pas d’être déçue par les nominations, ce n’est pas un dû, c’est un élan vers des gens. Je suis ravie pour Jonathan Cohen, nommé pour Énorme dans la catégorie Meilleur Acteur, car j’éprouve pour lui un amour infini. La démarche de cinéma de Sophie Letourneur, la réalisatrice de Énorme, aurait d’ailleurs pu être saluée. Il y a toujours des grands absents, comme cette année Effacer l’Historique, dont la signature, l’engagement, le propos et l’audace auraient pu être célébrés. L’année dernière, Tu mérites un amour de Hafsia Herzi avait été oublié dans la catégorie Premier Film, et son absence était presque une faute de goût.

J’ai vu une grande partie des films et je vais voir ceux qui sont nommés et que je n’ai pas encore vus. Parce que j’aime bien savoir de quoi je parle, accueillir les gens qui vont monter sur scène chercher leur prix et ceux à qui je dis bravo.

Pouvez-vous nous parler des nouveautés pendant la Cérémonie ?

Marina Foïs : La musique est un vecteur d’émotion dingue et il y aura donc un orchestre sur scène, comme pour la toute première Cérémonie présentée par Pierre Tchernia. Benjamin Biolay va faire une direction musicale qui va lier toute la Cérémonie, choisir et orchestrer des thèmes pour les remettants et les gagnants. Ce sera une vraie manière de rendre sérieusement hommage au cinéma. La convergence des douleurs et des absences nous a donné envie de mélanger musique et cinéma, qui travaillent souvent ensemble. Il y aura aussi des chansons et des invités musicaux, qui seront connus dans le mois qui nous reste. 

On avait aussi envie cette année de donner une place à la comédie et on a créé un César Anniversaire qui sera remis au Splendid, dont les membres seront tous présents. On a supprimé le César du Public parce qu’il était un peu biaisé avec un règlement un peu bidon puisque gagnait le film qui avait fait le plus d’entrées sans faire voter le public.  

Enfin, la volonté de l’Académie n’est pas de se couper du public et d’être entre professionnels qui votent, mais de trouver un système avec plus de sens. C’est pour ça qu’il a été décidé de mettre en valeur le César des Lycéens qui existait déjà, en accord avec l’Education Nationale, avec l’objectif in fine de ramener les lycéens dans la salle. 1500 lycéens voteront parmi les 5 films nommés au César du Meilleur Film.

De quel Maitre ou Maîtresse de Cérémonie pensez-vous vous inspirer ?

Marina Foïs : Je vais essayer d’être le plus proche de ce que je suis moi. Je suis une grande fan de Valérie Lemercier, dont j’ai vu tous les spectacles et tous les films : c’est l’une des femmes les plus drôles, les plus élégantes et les plus cinéphiles du monde et c’est une Maîtresse des Cérémonies parfaite. J’ai adoré la soirée présentée par Alain Chabat car quoi qu’il fasse, c’est bien. J’aimais aussi quand c’était Edouard Baer, parce qu’il a ce sens du moment et du présent, ce sens du collectif et de convivialité avec des fulgurances. Ces trois personnes sont très différentes et sont des références absolues dans ce genre d’exercice.

Parlez-nous de votre collaboration avec Roschdy Zem, Président de cette 46ème édition ?

Marina Foïs : Je suis très heureuse qu’il nous préside. C’est un grand acteur, avec beaucoup de charisme, qui a un vrai regard politique sur le cinéma. Il y a entre nous respect mutuel et amitié, on s’aime beaucoup. On travaille ensemble et pour éviter les doublons, je vais lui faire lire ce qu’on écrit pour qu’il ait la tonalité globale, il me fera lire ce qu’il écrit.

Pensez-vous rendre des hommages particuliers à ceux que le cinéma a perdus ?

Marina Foïs : Ne serait-ce qu’avec Michel Piccoli et Jean-Claude Carrière, on a perdu un pan du cinéma français. Quant à l’émotion très vive que nous a fait la mort de Jean-Pierre Bacri, on n’était pas prêt du tout à se passer de lui car en plus de l’acteur qu’il était, il avait ce regard particulier sur le monde. On va leur rendre hommage, comme à Claude Brasseur, Michael Lonsdale, Caroline Cellier, Guy Bedos ou Jean-Loup Dabadie, pas seulement pour leur rendre hommage, mais parce qu’on a envie de leur dire au revoir et merci. Ce qui ne nous empêchera pas de rire entre deux sanglots.

Rendez-Vous donc le 12 mars pour assister, en direct et en clair sur Canal +, à la Cérémonie des César 2021, qui sera placée sous le signe de la résistance, de la volonté d’exister, de la dignité et du non politiquement correct.

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