Si LE ROYAUME DES CHATS a souvent eu une place particulière dans l’envoûtant studio , c’est en raison de son manque de profondeur et de complexité. Mais constitue-t-il pour autant une imposture dans l’illustre collection japonaise ?

Les termes studio Ghibli et Hayao Miyazaki sont souvent synonymes dans l’imaginaire collectif. Pourtant, beaucoup d’autres réalisateurs ont contribué à la renommée du studio japonais en réalisant certains long-métrages à l’instar de Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles), Yoshifumi Kondo (Si tu tends l’oreille) ou encore Hiroyuki Morita. C’est par ailleurs ce dernier qui a réalisé une des œuvres les plus singulières de ce répertoire filmographique : LE ROYAUME DES CHATS. Résultat de la première réalisation du créateur au sein du studio, ce film d’animation se distingue des précédentes créations du cinéaste qui étaient plus influencées par l’univers cyberpunk d’Akira. Ici, les motards ont été remplacés par des chats qui vivent dans un royaume séparé du monde des humains. Un choix scénaristique qui pourrait sembler étrange mais qui n’en est pas pour autant étonnant comparé aux autres productions du studio Ghibli.

LE ROYAUME DES CHATS raconte ainsi l’aventure un peu étrange d’Horu, une lycéenne peu sûre d’elle dont la vie bascule le jour où elle sauve la vie d’un chat qui manque d’être écrasé par un camion. Une bonne action de la part de la jeune fille qui se solde contre son gré par un mariage arrangé entre elle et le félin mais pour se faire, elle aussi devra se transformer en animal. Fidèle aux thèmes de prédilection du studio Ghibli, le film est ainsi un conte initiatique sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Tout comme dans le Voyage de Chihiro, une menace de métamorphose pèse sur l’héroïne alors qu’elle tente de s’adapter à ce nouveau monde composé de félins. À la fois extérieure et intérieure, la transformation de la jeune fille va ainsi constituer un enjeu majeur du long-métrage en offrant deux niveaux de lecture aux spectateurs même si la réflexion n’est pas aussi aboutie que dans le long-métrage d’Hayao Miyazaki. En visionnant LE ROYAUME DES CHATS, il est difficile de ne pas penser à Alice aux pays des merveilles, l’œuvre intemporelle de Lewis Caroll. Tout comme Alice, Horu se retrouve dans cet univers fantastique en suivant un habitant de ce monde alors qu’elle rentrait de l’école. Une fois passée la surprise du premier chat qui entame la discussion avec elle, la jeune fille ne s’étonne pas le moins du monde de commencer une amitié avec un corbeau, un chat blanc obèse et un second félin vêtu d’un costume trois pièces. Le scénario déploie ainsi autant d’énergie et d’imagination que son ancêtre britannique pour donner vie à un royaume idéalisé et enchanteur… du moins en façade. Au fur et à mesure du visionnage, ce monde fantastique se révèle en effet être une farce développée par le roi afin de le satisfaire et le distraire. Dès lors, la lycéenne va rencontrer une galerie de personnages rocambolesques et se retrouver confrontée à l’absurdité de ce royaume dans lequel les camps sont bien distincts.

En effet, malgré son kaléidoscope de protagonistes, LE ROYAUME DES CHATS se différencie des autres œuvres Ghibli par l’omniprésence de manichéisme dans la construction des individus. Chacun reste fidèle à son image tout au long du film, qu’il s’agisse du chat gentleman Baron ou du roi machiavélique. Ce dernier est en effet caractérisé par son manque total de moral et de scrupule alors qu’il prend du plaisir à dévaloriser ses semblables et à détruire son univers. Véritable alter-ego à la reine de Cœur de Lewis Caroll, ce roi permet de rapprocher l’œuvre des premières réalisations Disney plutôt que des autres créations Ghibli qui se démarquent généralement beaucoup plus par la complexité des personnalités. Plein de bonnes intentions, LE ROYAUME DES CHATS se conforte malheureusement dans une construction simpliste des personnages et une intrigue un peu courte. Si le long-métrage peut donc se revendiquer comme étant le plus abordable des films Ghibli, il reste néanmoins légèrement décevant en comparaison des autres réalisations du studio. En effet, face à ces derniers qui se démarquent par la complexité des personnages et une mythologie hantée par les traumatismes du Japon, LE ROYAUME DES CHATS apparaît comme une œuvre beaucoup plus légère, promesse d’un visionnage agréable pour tous.

Sarah Cerange

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LE ROYAUME DES CHATS est-il le plus enfantin des films Ghibli ? - Critique
Titre original :猫の恩返し, Neko no ongaeshi
Réalisation :Hiroyuki Morita
Musique : Yūji Nomi, Ayano Tsuji
: 30 juillet
Durée : 75 min
3.0Onirique
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