MOXIE et le pop féminisme – Critique

Deux ans après son premier film, Amy Poelher est de retour derrière la caméra pour donner à voir les nouvelles générations de féministes pour un résultat assez intéressant.

Quand la bande-annonce de MOXIE est sortie sur les réseaux sociaux, les sphères féministes étaient en ébullition. Netflix semblait enfin offrir un long-métrage qui allait devenir le testament de toute une génération d’adolescent.e.s et de jeunes adultes engagé.e.s sur les sujets d’égalité et d’intersectionnalité. Avec Amy Poelher derrière la caméra, le film avait tout pour plaire et était donc très attendu en promettant de sortir du lot des nombreuses autres teen comedies de la plateforme. 

Lycéenne au Texas, Vivian (Hadley Robinson) a 16 ans et se rebelle progressivement contre le système après avoir découvert que sa mère (Amy Poelher) était membre d’un groupe de punk proche du « Riot Grrrl » dans les années 1990. Alors que les garçons de l’établissement continuent de hiérarchiser les filles selon leur physique, Vivian décide de changer les choses et créé un fanzine féministe et engagé pour lutter contre le sexisme dont elle et ses amies sont victimes.

Tout d’abord, MOXIE est séduisant sur de nombreux aspects : l’histoire d’amour de l’héroïne est accessoire, les relations amicales sont complexes et sa bande d’amies est la plus inclusive qui n’a jamais été montrée à l’écran – quel plaisir de voir la magnifique Josie Totah à l’écran. Mais restons honnêtes, le film n’est pas parfait. En se focalisant sur la sainte trinité de la sororité, l’immédiateté et la viralité, MOXIE s’inscrit dans un féminisme pop actuellement omniprésent sur les écrans.

Comme l’explique Jennifer Padjemi dans son tout récent ouvrage Féminismes et Pop Culture, ce féminisme a pour caractéristique principale de véhiculer des idées qui mettent (presque) tout le monde d’accord et qui ne fâchent pas. Seules les valeurs les moins controversées sont mises en avant. Autrement dit, aucune prise de risque et assurance de trouver un public réceptif. À travers cet aspect, le rapport que le film entretient avec le féminisme est ambivalent puisque MOXIE s’en écarte tout en s’en inspirant. Aussi, le pop féminisme a pour autre caractéristique principale de s’incarner dans une dynamique « de masse » en se diffusant largement par les réseaux sociaux comme peut l’illustrer l’utilisation d’Instagram dans le film. Au final, il s’agit avant tout de s’approprier les symboles du féminisme et les inscrire dans la pop culture. Ainsi, le long-métrage d’Amy Poelher ne prend aucun risque sur son approche du féminisme et offre une lecture plutôt lisse et homogène.

Néanmoins, si le long-métrage est imparfait, le féminisme l’est aussi. Alors pourquoi attendre autant d’un films comme MOXIE ? À aucun moment Amy Poelher ne s’est revendiquée comme étant la réalisatrice du manifeste féministe du siècle. Alors pourquoi mettre la barre si haute pour ce film-là quand il y a tant de long-métrages qui éludent depuis longtemps la race et la transidentité, ou qui ont commis des erreurs flagrantes dans ces domaines ? Comme l’explique Roxane Gay dans plusieurs de ses essais, « il y a tellement de créations culturelles catastrophiques qui représentent les femmes de façon sexistes, stupide ou absurde que dès qu’une création de culture populaire propose quelque chose de différent, on s’y accroche car c’est tout ce qui nous reste« . MOXIE n’est pas la panacée espérée par beaucoup mais peut-être faut-il simplement prendre ce film pour ce qu’il est : un divertissement sur la transmission d’un héritage unique entre une mère et sa fille.

Certes, MOXIE n’évite pas de tomber dans certains pièges de scénario et certaines facilités quant au sujet qu’il aborde. Mais malgré tout, le film offre une histoire distrayante, riche et construite qui permet de montrer à l’écran la nouvelle génération de jeunes engagé.e.s qui n’hésitent plus à agir pour changer nos sociétés. 

Sarah Cerange

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Titre original : Moxie
Réalisation : Amy Poelher
Acteurs : Hadley Robinson, Amy Poehler, Patrick Schwarzenegger, Lauren Tsai, Alycia Pascual-Peña, Josie Totah
Date de sortie : 4 mars 2021
Durée : 111 minutes
3.5
Intéressant
Rédactrice
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