Photo du film SEND HELP
Crédits : 20th Century Studios

SEND HELP, sur la plage abandonnée

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ENSOLEILLÉ

Attendu par les fans après deux productions Disney, Sam Raimi revient au cinéma de genre et à l’horreur avec SEND HELP. Le mythique réalisateur de la trilogie Evil Dead prouve qu’il en a encore sous le capot avec un film sanglant, à l’humour grinçant, comme il sait si bien les faire…

Pour clore le débat

Il nous avait manqué. Bien sûr, il n’avait pas tout à fait disparu. Après deux grandes productions Disney, Le Monde fantastique d’Oz en 2013 et Doctor Strange in the Multiverse of Madness en 2022, le réalisateur Sam Raimi n’était néanmoins pas revenu au cinéma de genre depuis Jusqu’en enfer en 2009. Un projet qu’il fomentait toutefois depuis quelques années, car son Doctor Strange a permis de tourner enfin SEND HELP, en production depuis 2019. Une date qu’il est important de noter compte tenu des points de connivence avec Sans filtre, la Palme d’or de Ruben Östlund, sortie en… 2022.

Coïncidence, donc. D’autant plus que ce type de mimétisme créatif reste assez fréquent dans l’histoire du cinéma. On soulignera néanmoins que le film d’Östlund intéresse bien plus le public bourgeois et intellectuel (qui se complaît dans une critique qui le vise lui-même) que le dernier Sam Raimi, orienté vers une audience plus populaire. Quoi qu’il en soit, sur le plan purement artistique, les deux films sont des réussites, chacun dans un style propre à son auteur. Et, dans le cas de SEND HELP, on apprécie de voir le réalisateur d’Evil Dead reprendre du service à grands coups d’excrétions et de sang.

Un pur film de Sam Raimi

Naufragée sur une île avec son patron, Linda, simple comptable, parvient à inverser leur rapport de subordination puisqu’elle dispose d’une vaste culture en survivalisme. Une caractéristique que Raimi nous expose avec son humour pop et slapstick, dans un portrait de freak attachant. De même pour la pédanterie et les attitudes d’enfant gâté du patron, qui joue au golf dans son bureau et porte des mocassins en velours bleu. De ces touches d’humour très « raimiesques », on retient aussi la présence discrète de son ami et acteur fétiche, Bruce Campbell – en un clin d’œil bien plus subtil que dans Doctor Strange.

On retrouve la touche de l’homme derrière Mort sur le grill lorsque le film s’accélère et que l’avion se crashe, dans une séquence particulièrement gore où le sang fuse et les dents tombent dans une drôlerie assumée. On rit d’autant plus que ces personnages de golden boys embarqués avec Linda sont aussi détestables que stupides – ce qui rend leur mort absolument jouissive. Et si l’on peut déplorer des CGI pour le moins assez laids, on pardonne volontiers, car l’irréalisme cartoonesque de la scène renforce son humour macabre. Un procédé qu’on retrouve étiré en longueur dans les Destination finale.

Des héros à première vue ordinaires

Le talent de Raimi pour la comédie d’horreur sublime effectivement le long-métrage. Il parvient à rendre hilarante une scène de chasse au sanglier pourtant cruelle et sanglante par son sens du rythme, du montage et des effets pratiques. Comme Campbell en son temps, Rachel McAdams et Dylan O’Brien se prennent dans la tronche des litres de flotte, de faux sang et même de vomi, avec une bravoure insoupçonnée. Car là où Campbell incarnait avec Ash la caricature du mâle américain moyen un peu beauf sur les bords dans Evil Dead, Dylan O’Brien campe un parfait petit gosse de riche au sourire éclatant.

Miroir de Ash à quelques égards, Rachel McAdams interprète à travers Linda Liddle ce héros prolétaire qu’on ne pense pas armé pour s’en sortir. Tout comme Ash, on la prend en empathie malgré une personnalité pas toujours aimable… Écrit par Mark Swift et Damian Shannon, le duo derrière le remake de Vendredi 13, le scénario de SEND HELP était taillé pour Sam Raimi. Lui qui n’a jamais cessé de nous raconter des histoires de personnages à première vue ordinaires, car contraints par leur condition. À ceci près qu’aujourd’hui, démons et malédictions effraient moins que le patronat et qu’un ascenseur social désespérément en panne.

Lilyy NELSON

Auteur·rice

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