Cet article a pu être réalisé grâce à notre partenaire Ciné+ OCS. Son contenu est indépendant et conçu par la rédaction.
Série B pur jus de la fin des années 50, Crimes au musée des horreurs peut paraître bien bancal sous ses aspects de thriller qui vire au fantastique de manière inopinée. Néanmoins, sa générosité le rend d’autant plus amusant qu’il se vautre avec vacuité dans une misogynie et une homophobie à peine voilées, en proie à tous les clichés de son temps.
Premier film en couleurs ET en cinémascope ET en Hypno Vista
On se souvient peu de ces Crimes au musée des horreurs. Si ce n’est qu’en 1959, le film d’Arthur Crabtree fut le premier à sortir à la fois en couleurs et en cinémascope. Et bien malheureusement, de nos jours, on ne retient de cette production horrifique anglaise que cette maigrelette anecdote. Pourtant, Crimes au musée des horreurs se révèle loin de manquer d’intérêt. Classé X en son temps pour sa violence, il se distingue comme un divertissement de genre pur jus, fun et foutraque, produit par Herman Cohen – grand pourvoyeur de B movies, un brin plus sélectif et dispendieux que Roger Corman.
Le cinéma d’exploitation a retenu de Cohen son habileté à marier l’horreur gothique anglaise au marketing américain. Pour ce long-métrage, il s’est non seulement assuré une sortie en couleurs et format panoramique, mais les séances étaient aussi précédées d’une introduction de 13 minutes à l’Hypno Vista. Sorte de technique d’auto-hypnose, ce procédé entendait convaincre le spectateur des événements qui se déroulaient à l’écran, pour le laisser vivre une immersion quasi totale dans le musée des horreurs. Ajoutez les formes de la pin-up June Cunningham et une violence particulièrement graphique pour l’époque, et vous obtenez la recette de la parfaite série B racoleuse.
Psycho british Hondelatte
Autre argument de poids à ce générique, Michael Gough, grande star estampillée Hammer, vient cabotiner dans le rôle d’un criminologue arrogant, boiteux et arqué sur sa béquille. Sorte d’Hondelatte british, le bougre taquine Scotland Yard et monte, en parallèle, un musée des horreurs où sont exposées les armes de ses propres crimes. Car la farce est là. Le chroniqueur judiciaire est lui-même l’auteur des faits qu’il conte. « Too much », direz-vous ? Vous ne perdez rien pour attendre. Le musée répond aux commandes d’un ordinateur central sans logique et Gough injecte à son assistant une solution qui le transforme de temps à autre en un Mister Hyde assoiffé de sang.
Étranges, les Crimes au musée des horreurs, pourtant traités de manière plus ou moins réaliste dans toute la première partie du film, virent soudainement au fantastique dans un monologue halluciné de Michael Gough. Bien que bancal, ce scénario n’en demeure pas moins généreux, tant le n’importe quoi côtoie le jouissif. On retient, évidemment, quelques assassinats aussi kitschs qu’inventifs avec une paire de jumelles piégée capable de vous crever les yeux, un homme dissout dans un bain d’acide et une femme – étrangement docile – décapitée au moyen d’une hâche médiévale.
Misogyne, homophobe et réac
Loin de la gâcher, la drôlerie du film est complétée par sa misogynie et son homophobie éhontées. En effet, le machiavélisme des femmes s’avère tant appuyé qu’il paraît, du point de vue d’aujourd’hui, moins agaçant que ridicule. Avide d’argent, soûlarde, dévergondée… Le personnage de June Cunningham remporte tous les honneurs, mais on ne se prive pas pour autant de filmer ses courbes sous tous les angles. Et ce, dans une scène de danse aussi longue qu’inutile au scénario. La proprette Shirley Anne Field n’est pas non plus épargnée, jugée trop érudite et possiblement trop bavarde par l’antagoniste principal.
Néanmoins, on devine aisément ce que le personnage de Gough a réellement à lui reprocher, puisqu’elle éloigne son jeune et bel assistant de son emprise. Et lorsque ce dernier assassine sa bien-aimée pour répondre aux insistances de son vil patron, les deux complices sont punis pour leur union tacite, dans un final proche de l’étreinte charnelle. En sous-entendant une relation entre le vieil éclopé et le bel éphèbe, le film sert effectivement ce vieux discours nauséabond qui associe homosexualité et pédophilie. Un discours néanmoins servi avec la subtilité d’une massue, qui contribue à replacer Crimes au musée des horreurs dans la fange réac de son époque.
— Lilyy NELSON



