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Je suis féministe et LA REVANCHE D’UNE BLONDE est mon film préféré – Analyse

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Cela va faire 21 ans. 21 ans qu’Elle Woods a intégré Harvard sur un coup de tête dans l’espoir de récupérer son petit-ami Warner Huntington III. Et cela va bientôt faire autant d’années que LA REVANCHE D’UNE BLONDE incarne pour son public un féminisme moderne et pourtant inattendu. 

Elle Woods (Reese Witherspoon) a tout pour elle. Elle est non seulement présidente de sa sororité, égérie pour une marque cosmétique et le visage du mois de juin dans le calendrier de son campus, mais en plus elle est naturellement blonde. Elle fréquente l’étudiant le plus populaire du campus et ne rêve rien d’autre que de devenir Madame Warner Huntington III. Mais, lorsque ce dernier (Matthew Davis) lui annonce qu’ils doivent rompre car elle est trop blonde… c’est la catastrophe. La jeune femme décide alors d’intégrer Harvard pour récupérer son petit ami et pourquoi pas décrocher un diplôme de droit au passage.

C’est sur cette situation initiale un peu naïve que commence LA REVANCHE D’UNE BLONDE (Robert Luketic, 2001). Mais chaque fois que le film surgit dans une conversation de cinéphiles, on obtient la même réaction : haussement de sourcils, regards interloqués et remarques exaspérées. « Vraiment ? Mais c’est un film de meufs ! » ou encore « Mais c’est tellement plein de préjugés ! Ça n’aide en rien la cause féministe, au contraire !« . Pourtant, si on dépasse ces pré-conçus, LA REVANCHE D’UNE BLONDE est un réel étendard du féminisme en encourageant les jeunes femmes à ne pas choisir entre porter du rose et étudier le droit. Le long-métrage est ainsi devenu une référence incontournable parmi les nombreux teen movies et chick flicks des années 2000.

Photo du film LA REVANCHE D'UNE BLONDE de Robert Luketic

En 2001, les teen movies atteignent des sommets. Déjà omniprésents dans les années 1980 grâce à la caméra de John Hughes (Seize bougies pour Sam, Breakfast Club, La Folle journée de Ferris Bueller…), ces longs-métrages se multiplient et se diversifient désormais en sous-genres. Ainsi, Wes Craven mélange le genre horrifique du slasher et les références aux teen movies dans Scream en 1996 tandis que les frères Weitz décident de s’inspirer du trope des adolescents hypersexuels pour réaliser leur American Pie (1999). Mais la véritable révolution arrive avec le second millénaire qui va transformer le traditionnel chick flick (“films pour filles”) grâce à des personnages féminins forts.

Sur les écrans, Kate Hudson, Kristen Dunst et Julia Stiles deviennent des icônes du genre grâce à Presque célèbre (Cameron Crowe, 2000), American Girls (Peyton Reed, 2000) ou encore La fille de mes rêves (Kris Isacsson, 2000). 

À travers ces films, c’est aussi une approche spécifique du féminisme qui est mise en avant. Ainsi, la culture chick est profondément liée au post-féminisme. Pour les autrices Suzanne Ferriss et Mallory Young, cela se manifeste notamment par une esthétique définie par “un retour à la féminité, la primauté des relations romantiques, le girl power et la consommation”. Ainsi, ces films s’inscrivent notamment dans une tradition hollywoodienne du makeover en mettant en scène des femmes apparemment peu attirantes qui se transforment en femmes séduisantes. De Funny Face (1957) à The Princess Diaries (2001), la mode est non seulement un outil de transformation physique mais aussi un élément narratif du film. Et si quelqu’un a bien compris le pouvoir de l’apparence et des vêtements, c’est bien Elle Woods dans LA REVANCHE D’UNE BLONDE. 

Photo du film LA REVANCHE D'UNE BLONDE de Robert Luketic

Constamment vêtue de rose, Reese Witherspoon donne un rôle narratif à ses tenues qui suggèrent que la féminité et le féminisme peuvent aller de pair. Dans l’héritage de la pensée post-féminisme, l’héroïne se démarque en restant fidèle à sa garde-robe malgré les préjugés la concernant. Ainsi, comme l’explique Pauline Mallet dans Cheek : “Elle Woods reprend le pouvoir sur sa vie et sur l’image de jolie blonde écervelée que les autres ont d’elle et que la société produit à son sujet. Elle part à Harvard pour plaire à un garçon, et finalement elle va se révéler seule, sans lui. […] C’est un féminisme qui embrasse les diktats pour se les réapproprier.”. La force de LA REVANCHE D’UNE BLONDE réside dans cette capacité d’Elle Woods à déconstruire les préjugés. À commencer par ceux de son ex-petit ami (Matthew Davis) qui s’étonne de la voir à Harvard, ce à quoi elle répond par : “What, like it’s hard ?” : une réplique désormais iconique.

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Aussi, contrairement à la plupart des personnages féminins des teen movies ou chick flicks de l’époque, Elle Woods n’incarne pas une féminité toxique. Et ce, même si dès le début du film, Reese Witherspoon est mise en concurrence avec Selma Blair, qui incarne Vivian, la nouvelle fiancée de Warner. Ce dernier apparaît comme un pilier autour duquel les personnages féminins se définissent et se construisent. Mais, exposées au sexisme ambiant dans la société, les deux femmes finissent par se rapprocher et envoyer Warner aux oubliettes. Selon les rumeurs, le film devait même se terminer sur une scène lesbienne avec Elle et Vivian qui s’envolaient ensemble sur fond de soleil couchant. Cette sororité permet ainsi à LA REVANCHE D’UNE BLONDE de se distinguer d’autres teen movies de la même époque comme Lolita malgré moi (Mark Waters, 2004). Ainsi, comme le souligne Vanity Fair France, « le film démontre que le véritable problème n’est pas le personnage de Elle, mais plutôt le milieu sexiste dans lequel elle évolue. ».

En étant un rôle modèle qui refuse de faire des compromis, Reese Witherspoon incarne un féminisme moderne, en rupture avec les films de l’époque. Ainsi, LA REVANCHE D’UNE BLONDE s’oppose au préjugé de la « blonde stupide » et démontre que si des personnes ne respectent pas Elle Woods en raison de ses traits hyper-féminins, cela en dit plus sur leur misogynie intériorisée que sur la présupposée infériorité de la jeune femme. Si on prend également en compte la pétillante amitié entre Elle et Paulette (Jennifer Coolidge), le long-métrage avait tout pour devenir une œuvre universelle. D’ailleurs, une suite a été réalisée en 2003 avant que le film ne soit adapté en comédie musicale en 2007. Si aujourd’hui, un troisième volet a été évoqué par Reese Witherspoon, on espère néanmoins que la réalisatrice corrigera les défauts du premier, en offrant plus de diversité et une approche moins blanche du féminisme !

Sarah Cerange

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