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Crédits : Mars Distribution

MY BLUEBERRY NIGHTS, ou la mélancolie selon Wong Kar-Wai – Critique

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Premier et seul long-métrage américain du cinéaste hongkongais, MY BLUEBERRY NIGHTS s’inscrit pleinement dans le prolongement de sa filmographie. Pourtant, le film ne semble jamais atteindre le sublime de ces précédentes œuvres…

En 2006, lorsqu’il réalise MY BLUEBERRY NIGHTS, Wong Kar-Wai est déjà un cinéaste reconnu, apprécié de la critique et du public. Près de vingt ans après As Tears Go By, son premier film, le réalisateur cumule désormais de nombreux prix dont celui de la mise en scène au Festival de Cannes pour Happy Together (1997) et le César du meilleur film étranger pour In the Mood for Love (2001). Pour autant, il faudra attendre la délicate production de 2046 (2004) pour que le cinéaste ne se décide à chercher un nouveau paysage, rafraîchissant et revigorant. 

Après avoir majestueusement filmé les villes et les paysages argentins dans Happy Together, Wong Kar-Wai s’aventure aux États-Unis pour y tourner ce qui deviendra MY BLUEBERRY NIGHTS. Accompagné d’un nouveau directeur de la photographie (Darius Khondji), le cinéaste dresse le portrait d’Elizabeth (Norah Jones), une jeune femme qui décide de partir en voyage à travers le pays après une rupture difficile. Sans véritable but, elle erre de rencontres en rencontres, réfléchissant aux relations sentimentales.

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Jude Law et Norah Jones dans My Blueberry Nights – Crédits : Mars Distribution

Dès les premières minutes du générique d’ouverture, il est évident que MY BLUEBERRY NIGHTS respecte le style Wong Kar-Wai. Quiconque a regardé les films des années 90 du réalisateur (As Tears Go By, Days of Being Wild, Chungking Express, Fallen Angels) y reconnaîtra la touche du cinéaste. Fidèle à lui-même, Wong Kar-Wai transporte le spectateur avec son ambiance particulière, sa pellicule nostalgique et son romantisme inépuisable. Les couleurs saturées, les néons des enseignes et les métros en perpétuel mouvement contribuent à créer une atmosphère mélancolique dans un New York froid et pourtant si réconfortant. 

Comme à son habitude, Wong Kar-Wai accorde une grande importance à la musique. Si le cinéaste n’hésite pas à réutiliser certains thèmes comme celui d’In the Mood for Love, interprété pour l’occasion à l’harmonica, il renoue surtout avec sa fascination pour les chanteuses. En 1994, le réalisateur avait notamment permis les premiers pas au cinéma de la chanteuse Faye Wong dans son célèbre Chungking Express. À cette occasion, l’artiste hongkongaise avait également interprété une version de “Dreams” des Cranberries en cantonais. Cette fois-ci, ce sont Norah Jones et Cat Power (Chan Marshall) qui s’aventurent devant la caméra et signent deux des chansons les plus mélancoliques du film : “The Story” et “The Greatest”. Véritable vecteur d’émotion chez Wong Kar-Wai, la musique s’associe à l’image pour emporter le spectateur dans une expérience sensorielle mélancolique pop. 

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Natalie Portman et Norah Jones dans My Blueberry Nights – Crédits : Mars Distribution

Tout comme les précédentes œuvres de Wong Kar-Wai, MY BLUEBERRY NIGHTS s’intéresse aux thèmes de la solitude, de l’amour déçu et de la mélancolie. Le film suit les histoires de quatre personnages (Jude Law, David Straitharn et Rachel Weisz, Rachel Portman) que Norah Jones rencontre lors de son road-trip, se substituant au spectateur. À travers les yeux de la jeune femme, qui vient de vivre une rupture difficile, l’amour ne semble causer que la destruction autour d’elle. Jeremy (Jude Law) vit enfermé dans les habitudes d’une ancienne relation amoureuse tandis que Arnie (David Strathairn) s’isole dans l’alcool pour supporter la fin de son mariage. Leslie (Natalie Portman), quant à elle, se réfugie dans les jeux d’argent pour accepter la disparition, d’abord temporaire puis permanente, de son père. 

MY BLUEBERRY NIGHTS est donc un road-movie autour de l’amour, de la mélancolie mais aussi de la fuite. Le long-métrage suit ainsi le personnage d’Elizabeth qui, trop effrayée à l’idée de parcourir les trois mètres la séparant d’une nouvelle histoire d’amour, préfère partir en voiture à travers les États-Unis. En s’appuyant sur une intrigue amoureuse prévisible et convenue, Wong Kar-Wai rappelle que le temps guérit les blessures et que finalement, la meilleure façon de dire adieu à quelqu’un sans qui on ne s’imagine pas vivre est parfois de ne rien dire. 

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Jude Law et Norah Jones dans My Blueberry Nights – Crédits : Mars Distribution

Tout aussi poétique que les précédents films de Wong Kar-Wai, MY BLUEBERRY NIGHTS déçoit pourtant un peu. Outre ses personnages parfois creux, le long-métrage faillit paradoxalement à cause de ce qui aurait dû être son atout : à savoir, le style caractéristique de son réalisateur. Déjà lors de sa sortie, beaucoup de critiques avaient comparé ce film à Chungking Express, sorti une quinzaine d’années plus tôt. Les deux longs-métrages se composent de chapitres vaguement liés mettant en scène un restaurant, un policier et une chanteuse connue qui interprète une partie de la bande originale. Aussi, les deux œuvres se concentrent sur la mélancolie et le cœur brisé de ces personnages. Après le choc de Chungking Express des années plus tôt, MY BLUEBERRY NIGHTS apparaît comme un film terne voire délavé comme si certains thèmes avaient déjà été trop utilisés.  

Quatrième film consécutif de Wong Kar-Wai à concourir pour la Palme d’Or à Cannes, MY BLUEBERRY NIGHTS se situe dans le prolongement des autres chefs-d’œuvre du réalisateur même s’il ne réussit jamais à en atteindre la splendeur. Le film reste magnifique, grâce au style si plaisant de son réalisateur, mais s’enferme parfois dans une superficialité que l’on devine être liée au manque de renouvellement de certains thèmes. Une opportunité pour le réalisateur de s’intéresser à un nouveau style celui du film d’action (The Grandmaster, 2013).

Sarah Cerange

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Titre original : My Blueberry Nights
Réalisation : Wong Kar-Wai
Acteurs : Norah Jones, Jude Law, David Strathairn, Rachel Weisz, Natalie Portman
Date de sortie : 28 novembre 2007
Durée : 95 minutes
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