Stranger Things avait permis de se replonger dans le génial esprit Amblin…  Nous y avons pourtant été complètement insensibles.

Nous sommes en temps normal, fascinés par des œuvres comme celle de Tarantino, comme The Last of Us, ou encore le récent La la land; des œuvres qui ont en commun de proposer une relecture très personnelle mais paroxystique de cet inconscient collectif qui a progressivement modelé notre (pop)culture…

Donc lorsque Netflix annonça sans prévenir sa nouvelle “création originale” Stranger Things, hommage total à cet Esprit Amblin* qui nous est si cher… Nous avons logiquement attendu une oeuvre clef, portée par une sensibilité unique et des obsessions d’auteur à même de la singulariser, voire même d’en faire une nouvelle référence. Bon.

Photo de Stranger Things

La première saison de Stranger Things fut ainsi EXACTEMENT ce qu’annonçaient ses bandes-annonces… Mais en regardant au delà de l’enveloppe nostalgique, plusieurs choses en soi mineures se sont additionnées jusqu’à ternir irrémédiablement les intentions premières du show.

La direction d’acteurs par exemple. Erratique, elle naviguait entre l’insupportable (Winona Ryder, paraissant overcocaïnée), le quelconque (Matthew Modine en mode Kyle Chandler, l’unique expression de Millie Bobby Brownen, le reste du casting), et le réussi – mais épuisant à la longue (les gamins et leur alchimie à la Amblin). Le problème étant que si les acteurs ne nous convainquent déjà pas, cela déteint assez vite sur leurs personnages, et par conséquent sur l’histoire dans laquelle ils évoluent. Une histoire qui par ailleurs, bien que promise comme mystérieuse voire mythologique, semble très vite tourner en rond et ne pas savoir quelle direction prendre… Avant de choisir le classique conflit bien/mal dans lequel les prétendus héros n’ont même plus de place, lors d’une anti-climactique conclusion. À l’instar d’une certaine Lost. Quant à la réalisation d’ensemble… Si les séries TV font rarement preuve de personnalité sur ce point à l’échelle d’une saison entière (exceptions faites de The Knick, Black Mirror ou The Night of récemment), Stranger Things ne déroge pas à la règle en proposant un show sans aucun éclat formel, dont la seule réussite est de construire patiemment quelques ambiances sombres. Il y a tout de même un point évident qui aurait pu compenser ce manque d’ambitions. La série aurait largement pu capitaliser sur l’empathie que nous pouvions avoir envers les gamins, pour la commuter en suspense et en tension en les plaçant face à face avec le fantastique et l’extraordinaire… D’autant plus qu’il s’agit là de l’une des caractéristiques iconiques de l’esprit Amblin si parfaitement singé par la direction artistique. Pourtant, plutôt que de cohérence il ne s’agit avec Stranger Things que de convergence, puisque les gamins – au même titre que les autres personnages, le scénario, ou la réalisation -, ne sont que des faire-valoir de la fameuse direction artistique.

Stranger Things, une coquille vide singeant (à la perfection) l'Esprit Amblin Click To Tweet

Que retenir donc de Stranger Things ? Qu’il s’agit effectivement d’une ode à l’Esprit Amblin… Malheureusement, la cohérence de cet hommage là ne repose que sur notre aptitude à faire appel à notre nostalgie d’un genre qui a façonné notre vision du divertissement, pour associer ensemble les très nombreux gimmicks qu’elle nous propose. Hmmm… Pas suffisant.

Puis il y a autre chose qui nous a marqué à propos de Stranger Things: la très désagréable impression d’être en face d’une version longue, opportuniste et sans personnalité, du Super 8 de J.JAbrams.

Lens flares & explosions: Super 8, ou la modernisation du feeling Amblin

Super 8 inspiration première de Stranger Things ?
Cela serait un peu paradoxal… Un peu comme si l’on s’inspirait exclusivement de Django Unchained pour réaliser un Western Spaghetti. Et pourtant cette impression demeure, rendant d’autant plus malhonnête et inculte l’entreprise de Netflix.

Car malgré ses (TRÈS NOMBREUX) défauts, Super 8 est pour le coup tout l’inverse de Stranger Things en termes de sincérité, de profondeur et de cohérence. On y reconnaissait par exemple immédiatement cette façon qu’a Abrams d’inclure une mythologie riche et mystérieuse qui lui est propre (blindée de références, mais originale), au cœur d’un divertissement spectaculaire, calibré, et efficace. Ses ambitieuses créations LostFringe ou même certaines de ses productions comme la saga Cloverfield, peuvent en attester.
On découvrait aussi dans Super 8 cette sensibilité particulière servant à retranscrire le fameux Esprit Amblin. Une sensibilité se manifestant certes dans le soin respectueux apporté à la reconstitution, mais aussi dans cette émotion aussi pure que naïve autour de laquelle le film est construit. Elle se manifestait également dans cette intelligente métaphysique servant à dessiner un portrait de J.J. Abrams (des gamins voulant faire un film Amblin dans un film Amblin !), portrait duquel s’extirpe, in fine, ce regard mélancolique mais personnel sur l’Esprit Amblin, et qui nous disait en filigrane: le plaisir nostalgique à du bon, mais il faut à un moment cesser de regarder vers le passé et évoluer.

Le passage à l’age adulte, si cher à Spielberg, est certes celui des personnages de Super 8 (fabuleux plan ou Joe lâche son médaillon), mais également celui de J.J. Abrams qui avec ce film, réalise un fantasme que nous partageons tous, artistes ou spectateurs: faire adouber notre oeuvre par notre père spirituel (Super 8 EST un film Amblin, produit par Spielberg donc)… Avant de poursuivre notre voie d’adultes, indépendants, mais irrémédiablement influencés par nos pairs (dans le cas de Abrams, une carrière de rebooteur totalement assujetti aux studios). Bref: Super 8 est un film imparfait mais qui donne un sens très précis à son hommage.

Nous avons d’autres exemples de relectures personnalisées de cet Esprit Amblin. Comme le Tomorrowland de Brad Bird, décevant sur de nombreux points (notamment cet absurde dénouement écolo), mais qui avec son histoire d’ados parachutés dans le monde futuriste de leurs rêves, ressuscitait cette envie de merveilleux devenue si rare au cinéma.
De merveilleux, il en est également question chez Jeff Nichols, lorsque nous ressentions à la fin de Midnight Special, cette émotion familière… Une émotion patiemment amenée par une empathie jamais prise en défaut, symbolisant de multiples passages à l’age adulte à travers l’émancipation, reposant en somme sur ce fameux esprit Amblin. Un récit à hauteur d’enfants malgré la présence d’adultes, de l’extraordinaire au cœur du quotidien, un climax fan-tas-ti-que. Nichols toutefois, situait son récit et ses personnages dans le genre de “mythologie réaliste” typique de son cinéma, extrêmement détaillée mais confinée au hors-champ. Il donnait ainsi à cet esprit Amblin, un atour mature particulièrement touchant.
Hors du contexte du cinéma, un livre comme Ready Player One (que nous chroniquions ICI) nous proposait quant à lui d’explorer un ouroboros culturel nourri à l’esprit Amblin. Une mise en abyme de la pop-culture à travers une histoire de chasse au trésor menée par des ados, à l’intérieur d’un monde en réalité virtuelle imaginé par un espèce de John Hammond à partir de ses nombreux souvenirs des années 80. Adaptation cinématographique d’ailleurs réalisée par …. …. … “papa” Steven Spielberg lui même.

Donc voilà. On considère au final que l’Esprit Amblin si ostensiblement mis en avant par Stranger Things, avait de nombreux moyens – tant formels que thématiques ou émotionnels -, de transcender ses propres influences et d’exprimer quelque chose d’autre qu’une stérile nostalgie. Et cela s’applique également à toute oeuvre (on pense autant ici, à Star Wars ou aux Expendables qu’a n’importe lequel des 75 reboots à venir d’ici 2020) s’appuyant exclusivement sur notre attachement émotionnel à une époque précise. Nous sommes en droit en tant que spectateurs, d’attendre de ces relectures un dialogue avec notre imaginaire ou une interaction avec notre propre regard nostalgique. On ne parle pas ici de succès public – Stranger Things ou encore Jurassic World en témoignent -, mais bel et bien de laisser une empreinte dans l’inconscient collectif, ou du moins dans nos mémoires.

C’est donc avec un regard particulièrement amer que nous accueillons ces premières énigmatiques images de Stranger Things saison 2, titillant sans-doute trop ouvertement notre fibre nostalgique (Ghostbusters? D’OÙ?) mais qui, espérons le, saura trouver l’ambition de faire évoluer son discours pour enfin avoir quelque chose à nous raconter, et pourquoi pas, enfin nous faire rêver.

Georgeslechameau

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BANDE ANNONCE

 

* l’Esprit Amblin (définition personnelle) : des banlieues middle-class américaines, les années 80 et leur pop-culture, des gamins à vélo, de l’extraordinaire et de l’aventure comme motifs visuels… Puis des thématiques reposant sur le passage à l’age adulte et l’émancipation, le regard de l’enfance sur le monde, l’innocence capable de voir le merveilleux (positif ou négatif) caché sous le quotidien…
L’esprit Amblin, c’est ce genre de films qui comme E.T., Les Goonies, ou même Chérie j’ai rétréci les gosses, symbolisent une époque dans laquelle ont grandi les trente-quarantenaire de 2017.
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[CRITIQUE] STRANGER THINGS - saison 1
Diffusion : juillet 2017 (saison 1) / Halloween 2017 (saison 2)
Créateurs: Matt Duffer, Ross Duffer
Acteurs principaux :Matthew Modine, Winona Ryder, Millie Bobby Brownen
Diffuseur : Netflix
Format :8x55min
2.0baudruche
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