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Crédits : Disney/Pixar

ÉLÉMENTAIRE, l’espoir des studios Pixar – Critique

Premier film indépendant de Pixar à bénéficier d’une véritable sortie en salles depuis plusieurs années, ÉLÉMENTAIRE était le nouvel espoir des studios en perte d’haleine… Pour un résultat malheureusement mitigé.

En 2022, Alerte Rouge, l’excellent long-métrage signé Domee Shi faisait l’impasse sur le grand écran pour une sortie immédiatement sur la plateforme Disney+. Le long-métrage des studios Pixar devenait alors le troisième film consécutif à être dévoilé sur le service de streaming plutôt que sur grand écran. Après celles de Soul et de Luca, la « non-sortie » d’Alerte Rouge est venue alerter les professionnels et professionnelles de l’industrie qui ont vu dans cette situation un déclin des studios Pixar au profit de la plateforme Disney+ suite à l’achat des studios par Disney en 2006 et le lancement du service de streaming en 2019. Aussi, étant le premier film indépendant à sortir en salles depuis plus de trois ans 1En avant (2020) est le dernier film indépendant des studios à être sorti en salles puisque Toy Story 4 (2019) et Buzz L’Eclair (2022) sont des suites de précédents opus. Soul (2020), Luca (2021) et Alerte Rouge (2022), derniers films « indépendants » des studios Pixar sont directement sortis sur Disney+. , ÉLÉMENTAIRE avait pour mission de raviver la flamme des studios Pixar et leur légitimité à bénéficier d’un grand écran. Pourtant, bien qu’esthétiquement intéressant, le long-métrage a rapidement été qualifié de « Pixar mineur » avec un score box-office plutôt décevant.

Photo du film ÉLÉMENTAIRE
Crédits : Disney/Pixar

Si l’animation d’ÉLÉMENTAIRE est sublime, c’est notamment parce qu’elle est le fruit de plus de sept ans de travail. Visuellement très ambitieux, le film sidère grâce à l’utilisation d’un nouveau procédé qui permet de créer des personnages en constante métamorphose : la texture du feu et de l’eau, continuellement en mouvement, fascine. Derrière cette prouesse technique, une volonté du réalisateur qui s’est inspiré de sa vie personnelle pour donner vie à ces personnages dont il souhaitait que la sympathie transperce l’écran. Sa mère ayant immigré de Corée, Peter Sohn (Le Voyage d’Arlo) avait pour habitude enfant d’aller au cinéma avec elle pour lui traduire les dialogues. Mais devant certains films d’animation, « les histoires étaient si bien racontées visuellement qu’elles devenaient universelles [et il n’était plus nécessaire de traduire quoi que ce soit] » (TIFF Originals). Dès lors, l’enjeu était pour le réalisateur de créer des personnages qui étaient si bien pensés visuellement que le public pouvait en ressentir l’humanité et l’universalité simplement à travers l’animation. Mais en voulant à tout prix toucher le plus grand nombre, ÉLÉMENTAIRE se perd dans un scénario parfois stéréotypé.

Maintes fois comparé à Zootopie ou à Vice-Versa, le long-métrage de Peter Sohn ne se distingue pas par l’originalité de son scénario. Au centre de ce dernier, deux personnages : Flam (doublée par Adèle Exarchopoulos), une jeune femme faite de feu, et Flack (doublé par Vincent Lacoste), un jeune sentimental fait d’eau. Évoluant ensemble dans Element City, une ville où tous les habitants et habitantes sont faits de feu, d’eau, d’air ou de vent, Flam et Flack vont développer une histoire d’amour interdite. Si ÉLÉMENTAIRE s’aventure à donner vie à la première relation mixte des studios Pixar, cette dernière manque néanmoins cruellement de piquant. Un peu plus de détails et de personnalité auraient permis d’enrichir cet arc narratif pour lequel le réalisateur a confié s’être inspiré de comédies romantiques plutôt classiques (Clair de lune, Vous avez un message). Pourtant, bien que l’on connaisse la fin de l’histoire dès le générique d’ouverture, on reste captivé devant les images car cette histoire d’amour n’est finalement qu’une excuse pour aborder la relation entre Flam et son père.

Photo du film ÉLÉMENTAIRE
Crédits : Disney/Pixar

Premier film d’animation à raconter les conséquences de la migration climatique, ÉLÉMENTAIRE s’attarde longtemps sur l’histoire des parents de Flam qui arrivent à Element City après avoir quitté leur pays. Brul (Gabriel Le Doze) et Sandra (Coco Noël) étaient alors les premiers êtres de feu à s’installer dans la ville où cohabitaient déjà les aériens, les aquatiques et les terriens. Dans ce nouvel environnement, ils se heurtent à l’hostilité locale et aux problèmes d’infrastructures d’une ville qui a été construite autour de l’eau. Finalement, les deux parents s’installent dans ce qui deviendra Fire Town, une diaspora construite autour de leur entreprise familiale. Dès lors, ÉLÉMENTAIRE utilise intelligemment les propriétés chimiques des quatre éléments pour créer une métaphore des difficultés auxquelles les immigrants et immigrantes sont souvent confrontés.

Néanmoins, le long-métrage pêche par la superficialité avec laquelle il aborde certaines représentations culturelles : en cherchant à tout prix l’universalité évoquée plus haut, il se perd parfois dans des généralités. Le film a clairement de bonnes attentions mais il semble néanmoins tomber dans des stéréotypes sur l’isolement des minorités ou encore l’angoisse inter-générationnelle des individus issus de l’immigration. Dépourvus de spécificités, ÉLÉMENTAIRE rend presque banales « les préoccupations du monde réel qu’il utilise comme points de référence, reproduisant une métaphore sur les barrières raciales sans en explorer les causes. » (Vulture).

Les récits en lien avec l’identité sont importantes et le film de Peter Sohn manque parfois cruellement de nuance et de délicatesse pour raconter ces histoires. En jonglant entre le portrait d’une famille immigrée et une histoire d’amour, ÉLÉMENTAIRE refuse de choisir et reste à la surface de ces deux axes narratifs. Si le long-métrage constitue tout de même un moment agréable et que son animation demeure époustouflante, le film n’est malheureusement pas le grand succès attendu des studios Pixar… D’autant plus qu’il a rapidement été concurrencé, fâcheux hasard du calendrier, par un autre bijou d’animation : Spider-Man: Across the Spider-Verse.

Sarah Cerange

Simon: Un univers qui aurait grandement mérité d'être bien plus exploré (les Terriens et les Aériens sont des figurants) et une histoire qui aurait pu être plus complexe, mais à part quelques défauts, Élémentaire délivre des moments et idées magnifiques au milieu d'une direction artistique qui l'est tout autant.
Note des lecteurs3 Notes
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Titre original : Elemental
Réalisation : Peter Sohn
Acteurs : Leah Lewis, Mamoudou Athie
Date de sortie : 21 juin 2023
Durée : 102 minutes
3.5

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    En avant (2020) est le dernier film indépendant des studios à être sorti en salles puisque Toy Story 4 (2019) et Buzz L’Eclair (2022) sont des suites de précédents opus. Soul (2020), Luca (2021) et Alerte Rouge (2022), derniers films « indépendants » des studios Pixar sont directement sortis sur Disney+.
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