De retour du trente-cinquième BIFFF, événement bruxellois où le cinéma de genre est à l’honneur, je vous propose aujourd’hui une sélection de cinq films qui ont particulièrement attiré mon attention durant ce festival à l’ambiance absolument hallucinante !

FREE FIRE

Réalisé par Ben Wheatley, avec Brie Larson, Cillian Murphy et Shartlo Copley
Dans une entrepôt désaffecté, une vente clandestine doit avoir lieu entre des trafiquants d’armes et des membres de l’IRA. Mais rien ne se passe comme prévu et la transaction vire à l’affrontement.

Ah, on les aime ces gangsters foireux, ces bras cassés à la tchatche savoureuse; entre eux et le cinéma, c’est une histoire d’amour qui remonte au temps où Tarantino n’avait même pas dégusté son premier cornet de pop corn. Alors imaginez une dizaine de ces spécimens parmi les plus grotesques, circonscrits dans un huis clos où, comme par enchantement, personne n’est jamais à court de munitions ni de répliques ramenardes. Après la phase de mise en place parfaitement dialoguée et interprétée par un casting de choix, on aurait pu s’attendre à ce que la fusillade espérée depuis la première seconde ne soit qu’un morceau de bravoure, claquant comme un élastique tendu par trop de tensions entre les personnages, mais insuffisant à donner corps à un scénario complet jusqu’au générique de fin… Et c’est justement là que le talent de Ben Wheatley intervient, en préservant un rythme continu de situations gaguesques, faisant progressivement apparaître ces truands comme des clowns prisonniers d’un cirque dont l’unique numéro présenté aux spectateurs est un jeu de massacre jubilatoire.
Sortie en salle, le 14 juin 2017

THE VOID

Réalisé par Jeremy Gillespie et Steven Kostanski, avec Aaron Poole, Kathleen Munroe et Ellen Wong
Un agent de police découvre un homme ensanglanté sur une route déserte et l’emmène en urgence à l’hôpital. Rapidement d’étranges individus entourent le lieu et les patients commencent à devenir fous…

Sur le papier, THE VOID ressemble à un agglomérat de codes horrifiques plus ou moins cohérent, qui laisse à penser de prime abord que le duo de réalisateurs canadiens a préféré privilégier l’efficacité à l’originalité. Un huis clos, des monstres polymorphes, une secte démoniaque, allez on rajoute une femme enceinte et deux-trois néons qui clignotent dans l’équation, ça fait toujours son office pour un film d’horreur. C’est pratique ce genre de “menu maxi best of”, on révise autant notre John Carpenter de l’époque The Thing que tous ses émules exploitant la formule du huis clos, où les personnages sont décimés un à un par la mystérieuse menace. Ça c’est sur le papier, parce qu’une fois porté à l’écran, THE VOID trouve son intérêt dans la représentation d’une mythologie, savamment dosée dans les deux premiers tiers pour finalement se déployer dans le final. Il y a évidemment quelque chose de Lovecraftien dans cette histoire, mais l’héritage de Clive Barker n’est jamais bien loin non plus.
Pour l’instant, aucune date de sortie n’a été annoncée.

VANISHING TIME : A BOY WHO RETURNED

Réalisé par Tae-Hwa Eom, avec Dong-won Gang, Euo-Soo Shin et Hee-Won Kim
Un groupe d’enfants explore une grotte et y trouve un œuf étrange. En cassant l’œuf, ils trouve une faille dans l’espace-temps…

Le temps a soudainement suspendu sa course dans le palais des beaux-arts de Bruxelles, quand entre deux effusions de sang, la programmation du BIFFF a offert aux spectateurs ce morceau de poésie, taillé dans les couleurs de l’été comme un cristal clair. L’émotion pointe le bout de son nez dès que le réalisateur sud-coréen dépeint avec tendresse, les solitudes additionnées de deux enfants qui évoluent progressivement vers la relation d’amitié et de confiance sur laquelle repose tout l’enjeu de ce conte initiatique. Puis VANISHING TIME s’enrichit d’une dimension fantastique lorsque la faille spatio-temporelle creuse une autre voie dans la vie des protagonistes, comme si la cruauté de l’âge adulte venait interférer dans l’écrin d’innocence et de pureté de l’enfance. La poésie naît ainsi de l’enchevêtrement entre la beauté des instants figés, comme préservés dans l’ambre, et le flot du temps qui parcourt le récit et conditionne inexorablement les parcours affectifs des personnages.
Pour l’instant, aucune date de sortie n’a été annoncée.

COLD HELL

Réalisé par Stefan Ruzowitzky, avec Violetta Schurawlow, Tobias Moretti et Robert Palfrader.
Özge, jeune femme d’origine turque, est chauffeur de taxi le jour ; le soir, elle suit des cours et pratique la boxe thaïe. Elle n’est guère bavarde et elle s’entraîne sans relâche. Un jour, elle est témoin d’un meurtre sauvage.

Dans la veine des thrillers chers à Brian De Palma et Dario Argento, ce film germano-autrichien joue sur la figure toujours efficace du témoin gênant. Mais dans le cas de COLD HELL, le témoin en question est bien loin d’être une jeune femme vulnérable; il s’agit au contraire d’une combattante faisant preuve d’un tempérament pugnace tant sur le ring que dans la jungle urbaine. Luttant pour survivre dans une atmosphère poisseuse et un contexte social délétère, notre héroïne badass trouve dans son affrontement avec le tueur en série, un antagonisme symbolisant sa volonté à s’extirper d’un statut de proie féminine autant que de descendante d’immigrés méprisée. Nerveux, âpre et rythmé par les scènes de poursuites et de bastons où chaque coup apparaît comme un exutoire communicatif. Pour ceux qui ignoreraient encore que la sociologie est un sport de combat, comme le disait Loïc Wacquant.
Pour l’instant, aucune date de sortie n’a été annoncée.

ANOTHER EVIL

Réalisé par Carson D. Mell, avec Steve Zissis, Mark Proksch et Jennifer Irwin
Lorsqu’ils tombent sur un fantôme dans leur résidence secondaire, Dan et Mary n’en sont guère heureux. Ils décident alors de faire appel à Os Bijourn, un exorciste aux méthodes réputées radicales.

Allez, on se détend un peu, on rigole; c’est tellement sérieux tout ça ! Si le cinéma de genre peut faire preuve de créativité, c’est justement en mélangeant les genres; avec ANOTHER EVIL le récit éprouvé de la maison hantée est revisité par la biais de la comédie. Alors certes, la photographie et la lumière terne rendent le spectacle limite supportable pour une paire d’yeux un tant soit peu exigeante, mais ces deux défauts sont les symptômes d’un faible budget que le réalisateur/scénariste compense en misant tout sur le duo de personnages masculins. On saluera ainsi la qualité de l’interprétation des acteurs qui permet aux dialogues absurdes de trouver toute leur résonance, laissant ainsi s’installer progressivement une ambiguïté quant au degré de gravité par lequel on doit considérer l’histoire. Après la vague de films d’exorcisme qui nous a submergé ces dernières années (Devil Inside, Le Dernier exorcisme, Délivre-nous du mal, etc…), on jubile en voyant Mark Proksch composer un personnage d’expert aussi embarrassant que grotesque.
Pour l’instant, aucune date de sortie n’a été annoncée.

Si vous aussi, vous étiez présents à Bruxelles cette année, et que vous souhaitez défendre un film que je n’ai pas évoqué, n’hésitez pas, les commentaires sont faits pour ça.

Arkham

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