Comme bon nombre d’industries à travers le monde, celle du cinéma subit une réalité dictée par la pandémie du Covid-19.

Tout a commencé avec les reports successifs des sorties prévues en mars, James Bond, Mulan, Pinocchio etc… Par la suite, la fermeture administrative des cinémas annoncée le 13/03 par Édouard Philippe est venue acter une situation inédite en France. Depuis, l’industrie du cinéma navigue à vue pour tenter de traverser une crise économique sans précédent. Ce cataclysme survient dans un contexte de mutation des habitudes de consommation des films déjà à l’œuvre dans nos sociétés. L’accessibilité des films est une question qui passionne les débats depuis que les plateformes SVOD se sont invitées dans nos foyers. Aujourd’hui, alors que la crise du Covid-19 plonge l’humanité entière dans une profonde inquiétude, le besoin d’évasion par la fiction n’a jamais été autant vital et la place qu’occupent les services de streaming dans nos vies est plus que jamais d’actualité.

Dès l’annonce du confinement de nombreuses institutions culturelles se sont mobilisées afin d’ouvrir leur catalogue au plus grand nombre. En un clin d’œil les offres se sont multipliées, dessinant un incroyable paysage numérique et défrichant bien souvent des territoires trop peu exploités. Dès lors, les possibilités sont apparues presque infinies. Vertige du choix face à la démesure et à la dématérialisation massive du monde derrière nos terminaux intelligents. Comme bien souvent, c’est malheureusement aux gros poissons que profite l’aubaine. Devant cette forêt des possibles, nous ne distinguons que les imposantes montagnes. Il existe pourtant une pléthore de plateformes pensées pour tous les goûts et toutes les bourses. De filmoTV à LaCinétek en passant par UniversCiné. Dans une récente vidéo, le youtubeur Victor Bonnefoy est revenu sur cette offre alternative et non moins qualitative.

Que faire et/ou regarder pendant le confinement ?

Au Blog du Cinéma nous avons conscience de la responsabilité que, nous médias, avons à assumer au cours de cette crise. Dans cette jungle qu’est le monde de la SVOD, nous sommes convaincus de l’importance du rôle prescripteur que nous avons à jouer. Parler uniquement de Netflix ou Disney+ reviendrait à passer sous silence une nébuleuse de films condamnés à errer sous les radars. Nous nous refusons à ce dangereux état de fait. Il nous faut à tout prix dépasser ce confortable statu quo dans lequel nous assistons passivement à l’hégémonie progressive, mais certaine, de quelques marques.

Pour tenter de remédier à ce qui ressemble au plus grand accident industriel jamais connu, le CNC a autorisé l’exploitation anticipée en VOD des films dont la sortie a été perturbée par le confinement. Une mesure exceptionnelle qui vient déroger à la sacro-sainte chronologie des médias. L’industrie française qui, pour des raisons spécifiques liées à son système de financement, avait relativement délaissé le secteur de la VOD et de la SVOD, se retrouve aujourd’hui forcée de s’y engouffrer. Mais ce mode de diffusion est une véritable chance pour le cinéma français qui découvre là un moyen de donner un second souffle à son système d’exploitation des films. Dans une récente vidéo, nos confrères de Ecran Large ont démontré à quel point la VOD pouvait être un réel atout dans la chaîne d’exploitation de certains films. En assouplissant ponctuellement la législation, il serait possible d’optimiser l’exposition de certains films et ainsi leur permettre de rencontrer plus facilement leur public. Si l’on cesse d’opposer vulgairement cinéma et VOD et que l’on se met à les penser comme des modes de diffusion complémentaires, nous avons tout à gagner dans cette lutte pour la visibilité des œuvres. Dans les faits, on observe que les deux pratiques ne s’opposent pas. En effet, malgré l’augmentation massive du nombre d’abonnés sur les plateformes de streaming, les français.es continuent de se rendre dans les salles obscures. Selon les chiffres du CNC, la barre des 200 millions d’entrées est franchie chaque années depuis six ans. 2019 a même enregistré son deuxième plus haut niveau de fréquentation depuis 1966. Des chiffres qui nous paraissent bien abstraits aujourd’hui…

La chronologie des médias, qu’est-ce que c’est ?

Cette crise est en train de modifier en profondeur nos habitudes et nos modes de consommation, c’est également le cas pour la culture et notamment le cinéma. Il y a fort à parier que l’industrie tirera de ce moment tous les enseignements nécessaires à son adaptation.

Mais pour l’heure il est très peu probable d’envisager une réouverture des cinémas dans les mois qui viennent. Alors même que nous étions dans un contexte difficile pour les exploitants indépendants, les dégâts vont modifier durablement la physionomie du parc national des salles de cinéma. La situation est également intenable pour les intermittents qui font vivre cette industrie et qui vont subir en premier lieu la précarité de leur statut. Sans oublier la question du financement des films fondé sur un mélange de fonds privés (chaînes de télé) et de fonds publics, associé à la redistribution des recettes des entrées en salles.

L’incertitude qui plane sur le festival de Cannes est l’illustration parfaite de la situation actuelle. Symbole d’une industrie mondiale à l’arrêt, figée dans une attente mortifère, le festival de Cannes est un gigantesque marché international du film, une grande partie de l’année cinématographique se joue durant cette quinzaine. Par ailleurs, un certain nombre de festivals ont fait le choix de proposer une version numérique de leur édition. Mais Thierry Frémaux et Pierre Lescure se refusent pour le moment à cette éventualité. Cette décision n’est pas anodine, elle est la suite logique des prises de positions successives du festival sur la question de la salle face aux plateformes. Mais cette inflexibilité ne cache-t-elle pas une impossibilité à avancer ? La question n’est plus de savoir si le festival aura lieu, mais s’il aura de nouveau lieu un jour ?

Une certitude s’enracine dans l’étrangeté de ce confinement, le monde d’avant ne reviendra pas dans la forme que nous lui connaissions. Partout la crainte de l’avenir s’installe, et dans l’industrie du cinéma comme ailleurs, nous devons trouver dans cette crise les moyens de nous réinventer.

À bien des égards, ce confinement prolongé nous rappelle à l’évidence de notre nature sociale. L’expérience en salle doit perdurer, notre rapport au cinéma ne peut s’inscrire indéfiniment dans la solitude de nos appartements. Parce qu’il est impossible de nier la dimension rituelle, presque chamanique de la séance de cinéma. Elle est une expérience à la fois sensorielle et métaphysique dont la composante collective est fondamentale. Depuis l’Antiquité, la catharsis se vit en groupe, elle agit sur l’individu mais concerne la société tout entière.

Hadrien Salducci

Votre avis ?

Quel avenir pour le cinéma ?

1