Après le quasi-confidentiel mais néanmoins remarqué (si, c’est possible) Versailles, avec le regretté Guillaume Depardieu, qui relatait la vie de SDF aux alentours de l’ex-cité royale, Pierre Schoeller revient gratter les dorures des façades pour dévoiler les tourments humains. Il montre ici le quotidien éprouvant d’un homme d’état, en l’occurrence un ministre, qui derrière des apparences de puissance ou de privilégié, n’en reste pas moins humain. Le cinéaste présente d’ailleurs ce film comme le deuxième volet d’une trilogie, faite de rapports privilège/exclusion et pouvoir/impuissance.

Le film parle de politique, un courant plutôt récent dans le cinéma français mais est tout sauf un film engagé. Il aurait même tendance à se placer du côté de ces hommes politiques qu’on aime tant détester en nous montrant à quel point leur tâche est harassante pour susciter l’empathie. Le seul parti pris du réalisateur est de ne justement pas pencher vers un parti ou un autre. On ne saura jamais si ce ministre est de gauche ou de droite et le choix du ministère des transports, un domaine moins sujet aux idéologies n’est sans doute pas innocent. Tout juste entend-on parler de privatisation des gares, mais la gauche comme la droite ont œuvré dans ce registre. La potentielle austérité liée au sujet est désamorcée dès la première scène qui offre une scène de rêve (au sens propre) où une femme nue disparait dans… un crocodile ! Les SMS affichés en plein écran, gimmick récurrent, apportent aussi un peu de « modernité ».

Photo du film L'EXERCICE DE L'ÉTAT

Le DVD du film sort opportunément, juste après les César qui ont couronné Michel Blanc meilleur second rôle et au milieu d’une campagne électorale qui ne manque pas de vous passionner (ne faites pas les innocents). Le susnommé « meilleur second rôle » se tire parfaitement de cet emploi charnière pour lui (il semblait attendre ce genre de personnage depuis longtemps et vouloir persévérer dans ce registre). Il nous fait oublier que ce directeur de cabinet dévoué à sa tâche et travailleur de l’ombre, a un jour été Jean-Claude Dusse.

Dans le rôle du ministre, on retrouve l’énorme (aussi bien physiquement qu’au niveau de son abattage) Olivier Gourmet, sorte de nouveau Depardieu (Gégé, cette fois). Il participe beaucoup à l’empathie qu’on peut avoir avec son personnage, qui reste définitivement humain, alors que le côté « déconnecté » (en témoignent les scènes où il doit se faire souffler son texte par sa conseillère Zabou, elle aussi très bien) généralement associé aux politiciens aurait pu le rendre froid et énervant.

« Une brèche ouverte pour les films français, qui seraient inspirés de s’y engouffrer »

Au final, Pierre Schoeller parvient à nous montrer des coulisses qu’on voit trop rarement à l’écran (alors que ce qui s’y trame nous concerne tous) et parait parfaitement documenté (mais qu’est-ce que je sais de l’exercice de l’état ?). Sa mise en scène évite l’ennui, notamment la fin, mouvementée et qu’on prend vraiment dans la gueule. Une brèche ouverte pour les films français, qui seraient inspirés de s’y engouffrer en ajoutant un point de vue.

Romain

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