Photo du documentaire LA LÉGENDE DE THIERRY MAUVIGNIER
Crédits : Artwooks Media

LA LÉGENDE DE THIERRY MAUVIGNIER, une histoire à dormir debout – Critique

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LA LÉGENDE DE THIERRY MAUVIGNIER est ce que l’on pourrait appeler un film dans un film. Il relate les coulisses d’un tournage de film de fiction réalisé par Thierry Mauvignier, le frère de Laurent Mauvignier. Disponible sur Prime Video, ce documentaire réalisé par Dylan Besseau, nous montre l’envers d’un décor frisant parfois le ridicule. En opposition à l’exercice cinématographique auquel nous assistons, cette légende apparaît comme un conte à dormir debout rythmé de quelques passages très intéressants, mais malheureusement trop fugaces.

Nous sommes un dimanche après-midi. La météo pluvieuse ne nous autorise pas à sortir dehors pour redécouvrir le petit bois situé à deux pas d’ici. Nous écoutons la pluie taper contre notre toit défraîchi. Ces craquements de bois s’apparentent à une douce symphonie, remplissant harmonieusement la pièce de notre petit salon, telle un orchestre que l’on aurait placé au pied de notre porte. D’ailleurs, près de cette porte, se trouve un petit meuble que nous avons pu récupérer dans une modeste brocante à la place de Clichy. Sur ce meuble est posé le livre « Histoires de la Nuit », que nous dévorons chaque soir avant de nous coucher. L’auteur de ce livre, bien connu dans le milieu littéraire, est Laurent Mauvignier, un écrivain édité chez les éditions de Minuit. En 2009, il avait sorti le livre « Des Hommes », qui raconte la résurgence du destin d’une poignée d’appelés brisés par la guerre d’Algérie, quarante ans plus tard. Ce récit touchant avait été adapté au cinéma dix ans plus tard par le réalisateur Lucas Belvaux dans son film éponyme.

En nous intéressant de plus près à cet écrivain, nous découvrons qu’il a un frère, Thierry Mauvignier, un cinéaste d’une cinquantaine d’années aux œuvres un peu plus confidentielles. Réalisateur de films institutionnels et de documentaires non distribués, nous sommes surpris de découvrir qu’il existe un long-métrage documentaire sur lui, distribué sur Prime Video. À l’exercice, c’est un jeune réalisateur du nom de Dylan Besseau qui s’attèle à la tâche pour mettre en avant le projet ambitieux de Thierry Mauvignier, celui de faire un court-métrage de fiction, intitulé La légende des seigneurs assassins, une adaptation du conte de « La tombe à l’enfant », aidé par son frère Laurent Mauvignier dans l’écriture de celle-ci. Piqué de curiosité, c’est avec entrain que nous décidons d’appuyer sur le bouton « play ».

Le film démarre avec un générique à l’américaine, en accord avec l’univers Prime Video. En examinant attentivement le générique, nous sommes surpris de découvrir la présence de Yannick Jaulin, un conteur vendéen connu pour avoir été un ancien rescapé de la secte de l’Ordre du Temple Solaire. S’en suit une autre apparition, celle de Frans Boyer, un comédien ayant interprété divers seconds rôles dans des films grand public (Adieu monsieur Haffmann, Adieu les cons, Au revoir là-haut). Le reste du casting semble être composé de comédiens et comédiennes qui ont prêté main forte à Thierry Mauvignier pendant leurs congés. L’introduction est bien mise en scène, alternant entre ce qui s’apparente à une excursion en voiture avec un fond sonore de radio, où l’action principale se déroule dans ce que l’on entend. Des extraits d’interviews de Thierry Mauvignier s’enchaînent pour nous faire comprendre qu’il est le grand réalisateur qu’il pense être, une appréciation d’autant plus convaincante lorsque cette intro se termine par son souhait que les gens reparlent et se souviennent de sa légende dans 200 ans.

Durant les 20 premières minutes du film, Dylan Besseau nous sert une séquence vue et revue, un exercice particulièrement utilisé dans les films d’entreprises et institutionnels où le seul objectif est de vendre un produit. Dans ce contexte, le produit est le court-métrage de Thierry Mauvignier, les interviews des comédiens s’enchaînent afin d’expliquer à quel point son projet est incroyable et extraordinaire. Entre nous, si l’ennui ne nous était pas tombé dessus en ce dimanche après-midi, nous aurions changé de film. Cependant, notre admiration pour cet écrivain, Laurent Mauvignier, nous pousse à nous accrocher au supplice auquel nous sommes en train d’assister. À la 25e minute, le ton du film change drastiquement, laissant apparaître une véritable immersion aux côtés des comédiens. Bien que le nombre d’apparitions de Thierry Mauvignier puisse se compter sur les doigts d’une main, ce qui semble surprenant au vu du titre présomptueux que lui a donné Dylan Besseau, cette partie se révèle plutôt intéressante.

La deuxième partie du film est un condensé d’interventions très spontanées, de la parole philosophique au langage grossier, cette alchimie nous permet de découvrir plus en profondeur les états d’âme des comédiens, notamment Yannick Jaulin, faisant de nombreuses références à son passé tumultueux. Une sorte de résilience semble dominer son esprit, particulièrement lorsqu’il évoque le défi d’interpréter le rôle du méchant. La caméra de Dylan Besseau suit les coulisses de ce tournage dans un style très found footage, avec des zooms démodés et dépourvue d’intentions, rappelant les vieux films d’action des années 80 avec John McTiernan à la réalisation. Peu étonnant lorsque l’on découvre que l’opérateur caméra est Guillaume Gevart, jeune réalisateur à l’origine du navet Yearning Rose. Malgré ces impertinences et erreurs de débutants, la cohérence du film semble reposer sur le regard intimiste de Dylan Besseau. L’absence fréquente de Thierry Mauvignier à l’écran trouve sa justification lorsque certaines scènes le montrent d’une froideur à faire jalouser les glaciers de l’Antarctique. Dylan Besseau a bien compris qu’il ne cherche plus à dresser un portrait flatteur de son commanditaire, mais tente de s’émanciper en incluant tout le corps invisible nécessaire au bon déroulement d’un tournage de film. Si certaines scènes prêtent à sourire, la musique omniprésente déchaîne les passions, et ce n’est pas un compliment. Proche du style « muzak« , cette musique de supermarché devient très vite frustrante, donnant l’impression que Dylan Besseau a tenté de camoufler l’ennui de certaines scènes à travers un fond sonore dépourvu de toute saveur. Une forme d’amateurisme excusé par le fait que ce soit le premier film du jeune réalisateur, où l’on remarque à la fin qu’il a également occupé le poste de monteur, ce qui accentue encore plus l’intention intimiste de son œuvre.

Dans l’ensemble, LA LÉGENDE DE THIERRY MAUVIGNIER semble assez médiocre au départ, mais parvient à maintenir l’attention de manière crescendo. Bien que ce soit le premier essai de Dylan Besseau, on peut toutefois noter que malgré toutes ces imperfections, le film ne laisse ni un mauvais souvenir ni un bon. Alors que ce projet institutionnel devait initialement être un making-of, il est devenu une œuvre à part entière, dépassant la notoriété attendue du court-métrage de Thierry Mauvignier, un comble de l’ironie pour un film qui se voulait plutôt confidentiel.

Vincent MOLLIER

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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Anonyme
Anonyme
Invité.e
14 mars 2024 19 h 19 min
2

Pas un chef d’oeuvre, mais ça se regarde

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