Si vous attendez Oscar Isaac en justicier, vous allez être déçu. L’acteur y interprète Nick Wasicsko, brillant jeune homme destiné à une formidable carrière politique.

Débutant comme conseiller municipal, Nick s’appuie sur la polémique autour de la construction des nouveaux logements sociaux ordonnée par la Justice, pour mener sa campagne de futur maire de la ville de Yonkers (NY). En parallèle, on suit la vie des habitants afro-américains et latinos du quartier HLM mal famé et enclavé qui rêvent d’un meilleur futur.

La possibilité de déménager dans des pavillons ensoleillés au loyer modéré est pour eux une bouffée d’oxygène. Cependant, les résidents WASP (blancs anglo-saxons et protestants) s’opposent à la venue de populations colorées dans leur quartier. Ils craignent une montée de l’insécurité et des dégradations.

Nick Wasicsko est à l’interface des réalités sociales et du monde politique, on attend donc de lui qu’il sauve la situation. Lentement mais sûrement, l’auteur de la série,  (Sur écoute), fait dérailler son récit de la forme traditionnellement admise après des décennies de films hollywoodiens. Après avoir visionné les 6 épisodes de SHOW ME A HERO, on s’aperçoit qu’on a été formaté à un certain type de récit contre lequel l’auteur souhaite aller.

Dans la typologie hollywoodienne théorisée par , le héros est un personnage ordinaire jusqu’à ce qu’il ressente « l’Appel de l’Aventure », qu’il commence en général par refuser avant d’être plongé dedans. C’est cet évènement traumatisant ou bouleversant qui va forcer l’homme du commun à faire face à son destin et s’élever au-dessus des autres. En se dépassant il devient capable de sauver le reste de la communauté. Cet « Appel de l’Aventure » n’adviendra jamais pour Nick. Du coup, plutôt que de clarifier le propos après une phase d’exposition, la série se dilue dans les arcanes de la politique municipale et de ses répercussions sur la vie des habitants.

Au mitan de la série, un personnage livre une clef d’analyse : « Show me a hero, you will have your tragedy » (« Montre moi un héro, tu auras ta tragédie »). Ballotté entre plusieurs personnages qui possèdent tous leurs peurs, désirs et choix, nous sommes sans cesse en train de se demander en qui nous devons nous projeter.

Un ennui certain peut vous gagner à ce moment, c’est le revers de la médaille de l’entreprise de déconstruction de David Simon. Plutôt sceptique durant les quatre premiers épisodes, j’ai connu un regain d’intérêt avec les deux derniers épisodes, car le plan d’ensemble commençait à se révéler. A l’opposé du « voyage du héros », la nouvelle série du créateur de Sur écoute explore une autre trame narrative, moins classique. Elle pourra lasser ceux en attente d’action, bien que la réflexion soit assez profonde pour récompenser les efforts du spectateur une fois venue la résolution.

L’attente irrationnelle que nous avons envers un homme providentielle ne s’incarne pas seulement dans notre rapport aux films, mais également dans notre relation d’amour et de haine envers les hommes et femmes politiques.
Lorsque nous allons au cinéma, nous attendons que le réalisateur nous désigne clairement quel homme fort (ou de plus en plus quelle femme forte) suivre. Nous sommes alors heureux d’accompagner ce héros qui semble de plus en plus invulnérable à mesure qu’il traverse les épreuves. A la fin du film, nous avons en général fait nôtre la morale qu’a acquise le héros, car il paraissait être véritablement « l’homme de la situation. » D’un certain côté, c’est un modèle efficace, mais qui peut facilement être détourné pour des fins de propagande. Pour caricaturer, on pourrait même qualifier ce récit de « fasciste. »

« A l’opposé du « voyage du héros », la nouvelle série du créateur de explore une autre trame narrative, moins classique. Elle pourra lasser ceux en attente d’action, bien que la réflexion soit assez profonde pour récompenser les efforts du spectateur une fois venue la résolution. »

La démocratie représentative se calque sur ce schéma, toute élection est menée par une série de candidats qui prétendent incarner les désirs des électeurs. En refusant de nous montrer un héros clair et identifiable, David Simon interroge le spectateur-électeur sur ce qu’il attend d’un héros.
Il questionne le consommateur de séries comme le citoyen sur ses attentes, notamment sur son envie irrationnelle de faire confiance à un homme providentiel. Une fois élu, on constate que l’obsession du politicien n’est pas d’appliquer ses idées, mais d’être réélu. On suit alors les élections à Yonkers, de plus en plus outrés par les contorsions politiciennes pour se maintenir en place ou pour éjecter un rival.
Dans cette course permanente au pouvoir, les élus oublient les promesses qu’ils ont faites, vont à l’encontre de ce qu’ils croient, ou pire, oublient ce en quoi ils croyaient. Déconnectés de son élite, certains citoyens de Yonkers, héros de leur quotidien, tentent de s’organiser pour faire avancer le projet contre d’autres empêtrés dans leur racisme ordinaire. A l’opposé d’un héros unique réalisant un grand sacrifice, on nous montre la myriade de compromis que doivent faire ces personnages. Cependant, cette bascule démocratique, du modèle de l’homme providentiel vers une prise en charge par les habitants du problème n’arrive que très tard dans la série. Véritable enjeu passionnant, on aurait souhaité voir aborder le thème de la démocratie participative plus tôt.

La bande-annonce montée comme un traditionnel blockbuster est donc totalement mensongère. On nous laisse croire qu’un héros  – Oscar Isaac – va régler tout seul la situation (« I will fix it« , « I’m all alone« ) alors que le thème de la série est bien plus complexe.
SHOW ME A HERO est un plaidoyer pour la démocratie participative, au propos original et à la forme audacieuse. Cependant, comme True Detective Saison 2, une désagréable sensation de remplissage nous laisse croire qu’un long métrage – ou même un documentaire ! – aurait été plus efficace qu’une mini-série. Les auteurs ont fait le choix d’une démonstration plutôt que d’un divertissement, une preuve de courage, mais pas sûr que leur voix subtile ne porte dans le bruit médiatique de l’industrie audiovisuelle.

suivre @Thomas

INFORMATIONS

Show Me a Hero. HBO

Show Me a Hero.

Titre original : Show Me a Hero
Réalisation : Paul Haggis
Scénario : David Simon et William F. Zorzi
Acteurs principaux : Oscar Isaac, Catherine Keener, Alfred Molina, Winona Ryder, James Belushi, Jon Bernthal et Bob Balaban.
Pays d’origine : USA
Sortie : 17/08/15
Durée : 5h12 (découpé en 6 épisodes)
Distributeur : HBO/OCS
Synopsis : Nick Wasicsko, brillant jeune homme destiné à une formidable carrière politique. Débutant comme conseiller municipal, Nick s’appuie sur la polémique autour de la construction des nouveaux logements sociaux ordonnée par la Justice, pour mener sa campagne de futur maire de la ville de Yonkers (NY). En parallèle, on suit la vie des habitants afro-américains et latinos du quartier HLM mal famé et enclavé qui rêvent d’un meilleur futur. La possibilité de déménager dans des pavillons ensoleillés au loyer modéré est pour eux une bouffée d’oxygène. Cependant, les résidents WASP (blancs anglo-saxons et protestants) s’opposent à la venue de populations colorées dans leur quartier. Ils craignent une montée de l’insécurité et des dégradations.

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