Un huis-clos Slovène se déroulant dans un lycée, confrontant des jeunes étudiants à leur prof …

L’ENNEMI DE LA CLASSE commence ainsi comme un classique Sister-Act-like (oui, chacun ses références), ou finalement, malgré le nombre élevé de protagonistes, seuls deux personnages antagoniques sont présentés: la classe, comme unité adolescente, dynamique, à fleur de peau… Et Robert, prof psycho-rigide aux faux airs de Billy Bob Thornton, remplaçant de la trop-gentille-trop-sympa-trop-proche-de-nous professeure partant en congé maternité.

On s’imagine au début, car le film prend clairement cette direction, que l’on assistera à une progressive réconciliation; que chacun finira par apprendre de l’autre, que tout cela finira main dans la main, dégoulinant de bons sentiments… Pfff. Déjà-vu. Ennui à prévoir.
SAUF QUE NON.

À la faveur d’un acte aussi surprenant qu’hors champ, le film continue sa lancée haineuse, sans intention de calmer le jeu.
Pire – ou plutôt mieux – l’unité étudiante éclate littéralement, chacun acquérant subitement une personnalité, et surtout des enjeux dans cette histoire.
Le réalisateur/scénariste Rok Bicek semble à ce moment, patauger dans sa propre écriture. Pendant cette partie, ou l’attention se porte de façon très détaillée mais équivalente sur chaque individu, le film ne semble jamais savoir quelle direction prendre, qui suivre, qui mettre au premier plan et pourquoi… Une confusion qui s’installe doucement en nous, surfe à la limite de l’ennui…
Mais ce serait une nouvelle GRAVE ERREUR que de s’arrêter là. Car dans sa dernière partie, Rok Bicek s’amuse à nous faire réaliser que ce qu’on prenait pour des fautes scénaristiques, pour des maladresses de réalisation, était en fait partie du processus destiné à embrouiller le spectateur, à l’image de ce qui se déroule à l’écran.

“Un sentiment ambivalent se dégage de L’Ennemi de la Classe: la sensation d’avoir assisté à un grand moment de cinéma, mais légèrement trop prétentieux pour convaincre”

En réalité, L’ENNEMI DE LA CLASSE est une merveille d’écriture qui ne se révèle que dans ses dernières scènes – c’est d’ailleurs pourquoi je reste volontairement flou quant aux éléments précis de l’intrigue (vous trouverez toutefois en fin d’article le résumé officiel)

Rok Bicek remet en fin de métrage, chacun à sa place:
les personnages du film, comme pièces d’un puzzle représentant la complexité incondensable des motivations derrière chaque acte;
La morale manichéenne qu’on imaginait en début du film s’efface également au profit d’une quantité hallucinante de nuances, et d’inconnues.
On peut même dégager un message très politique, sur l’héritage légué par le passé aux mentalités actuelles. Malgré leur jeunesse, ces adolescents illustrent autant que leurs parents (ou même leur fameux professeur) les dégâts et l’inefficacité du communisme; comment la pensée commune est évidemment parasitée par les intérêts individuels.
Il en va de même pour le passé commun avec l’Allemagne, le pays ayant constitué une monnaie d’échange en temps de guerre. Les références au nazisme ne sont évidemment pas innocentes, de même que la morale finale, pessimiste car assimilant ce drame du présent, à l’histoire et au futur du pays.
Du coup, nous, spectateurs, regrettons bien malgré nous d’avoir douté du sens du film.

L'ennemi de la Classe (2)

© Paname Distribution

 

La contre-partie, car il y en a une, c’est que Rok Bicek appuie malheureusement trop la démonstration de puissance scénaristique, conséquence directe de sa volonté première de brouiller les pistes. L’air de dire:
“tu vois spectateur, tu m’as pris pour un con, mais en fait, c’est moi qui te prends pour un con. Constate mon talent d’écriture, à quel point mon film est complexe et allégorique ! Mouhahaha”

Un sentiment ambivalent se dégage ainsi, lorsque arrive le générique de fin: la sensation d’avoir assisté à un grand moment de cinéma, stimulant et abouti… Mais légèrement trop prétentieux pour convaincre pleinement.

Les autres sorties du 4 mars 2015

INFORMATIONS

4 mars 2015 L'ennemi de la Classe


Titre original : Razredni sovraznikn
Réalisation :  Rok Bicek
Scénario :  Rok Bicek
Acteurs principaux : Igor Samobor, Natasa Barbara Gracner, Tjasa Zeleznik
Pays d’origine : Slovénie
Sortie : 4 mars 2015
Durée :  1h52min
Distributeur : Paname Distribution
Synopsis : À l’arrivée de leur professeur principal remplaçant, une classe de sympathiques lycéens se trouve confrontée à une discipline accrue et à un enseignement plus austère. Ce professeur d’allemand concentre vite toutes les critiques. Les élèves mènent ouvertement la fronde. La tension monte, et quand une jeune fille de la classe se suicide, la responsabilité du professeur parait indiscutable aux yeux de ses camarades. L’escalade des provocations ne fait alors que commencer, laissant les autres enseignants dépassés par les événements et les élèves face à toutes leurs violentes contradictions.

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